Affaire du groupe «Rotule» au Canada : les conservateurs réclament des éclaircissements sur une interdiction d’entrée
Alors que des questions persistent autour de l’interdiction présumée du groupe de hip-hop irlandais controversé «Rotule» d’entrer au Canada, les conservateurs fédéraux exigent une explication claire du gouvernement libéral. Le secrétaire parlementaire à la lutte contre la criminalité, Vince Gasparro, avait annoncé il y a près de deux semaines que les membres du groupe étaient jugés inéligibles à l’entrée pour des concerts prévus ce mois-ci, une déclaration qui suscite aujourd’hui de vives interrogations.
Le groupe affirme n’avoir reçu aucune notification officielle concernant une interdiction ou le rejet de leurs autorisations de voyage électroniques, pourtant requises pour entrer au Canada et qu’ils déclarent avoir obtenues. Depuis l’annonce de M. Gasparro, lui et d’autres responsables gouvernementaux ont refusé de clarifier la situation, alimentant le scepticisme.
« Soit il a menti, soit il n’a aucune idée de la façon dont cela fonctionne », a déclaré la cheffe adjointe conservatrice Melissa Lantsman dans une interview. « Et j’ai du mal à croire qu’il n’ait aucune idée de la façon dont cela fonctionne. »
Mme Lantsman a suggéré que les conservateurs soutiennent une enquête pour déterminer si l’annonce de M. Gasparro a été faite sans consultation des autres ministères concernés, notamment le bureau du Premier ministre et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). « Nous avons un secrétaire parlementaire qui, une fois de plus, ignore ce qui se passe au sein de son propre gouvernement ou a clairement menti », a-t-elle ajouté. « Dans tout autre lieu de travail, vous seriez réprimandé. Ici, vous ne seriez plus secrétaire parlementaire. »
Lors de son annonce vidéo le 19 septembre, Vince Gasparro avait invoqué une accusation liée au terrorisme au Royaume-Uni contre Liam Óg Ó Hannaidh, membre de « Rotule », comme motif du refus d’entrée au Canada. Bien qu’un juge britannique ait rejeté l’affaire pénale vendredi dernier, il n’a pas été précisé si l’interdiction d’entrée demeure en vigueur.
Un porte-parole du bureau de M. Gasparro a indiqué mercredi n’avoir « aucun autre commentaire à faire » et a renvoyé les questions vers l’IRCC, une position similaire à celle adoptée vendredi dernier. Le ministre de l’Immigration, Lena Diab, n’a quant à elle pas souhaité s’exprimer devant les journalistes mercredi, lors de la réunion du caucus libéral à Ottawa.
Lundi, un porte-parole de l’IRCC avait déclaré à Global News ne pas pouvoir commenter des cas spécifiques pour des raisons de confidentialité, sans confirmer ni infirmer la mise en place d’une interdiction officielle d’entrée.
Le communiqué officiel du ministère stipule que les candidats aux autorisations de voyage électroniques « sont informés de leur statut de visa par e-mail, tel qu’indiqué sur leurs demandes ». Cette précision a été ajoutée aux communications officielles du ministère concernant le cas de « Rotule » par un porte-parole du bureau de Mme Diab, après avoir été incluse dans un échange de courriels interne lundi, selon les informations obtenues par Global News.
Interrogé par Global News mercredi sur la question de savoir si le groupe ou son équipe avait eu des nouvelles du gouvernement canadien concernant leur statut d’entrée au-delà de l’annonce de M. Gasparro, le directeur du groupe, Daniel Lambert, a répondu dans un courriel : « Rien du tout. »
Dans un message sur les réseaux sociaux en réponse à la vidéo de M. Gasparro, « Rotule » avait affirmé que ses membres possédaient déjà des autorisations de voyage électroniques valides. « Ce serait bien d’entendre le gouvernement sur sa position », a commenté Mme Lantsman. « De toute évidence, ils ne sont pas coordonnés à ce sujet et n’ont pas de réponse. »
Le bureau du Premier ministre n’a pas répondu aux questions concernant le dossier d’immigration de M. Gasparro ou de « Rotule ». Un porte-parole du bureau du ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a refusé de commenter lundi lorsque interrogé par Global News sur une éventuelle consultation du ministre avant l’annonce de M. Gasparro, renvoyant également les questions vers l’IRCC.
Mme Lantsman a soutenu que cette confusion sapait l’engagement des libéraux à lutter contre l’antisémitisme et les discours de haine. Le Centre pour les affaires israéliennes et juives et l’organisation de défense juive B’nai Brith Canada, qui avaient plaidé pour une interdiction, avaient salué l’annonce de M. Gasparro.
« Les conservateurs ont été clairs sur notre position concernant l’antisémitisme, et visiblement les libéraux ne l’ont pas été », a affirmé Mme Lantsman. « Nous avons maintenu une position ferme, y compris sur le refus d’entrée [de Rotule] au pays, et nous demandons où se situent les libéraux sur cette question. »
« Rotule » a accusé ses détracteurs de chercher à faire taire le groupe en raison de son soutien à la cause palestinienne, dans le contexte des opérations militaires israéliennes à Gaza. L’accusation britannique liée au terrorisme, qui a été rejetée par un tribunal britannique au motif qu’elle avait été déposée trop tard, faisait suite à des allégations selon lesquelles Liam Óg Ó Hannaidh aurait brandi un drapeau du groupe militant libanais Hezbollah lors d’un concert à Londres l’année dernière. Le Hezbollah est classé comme organisation terroriste au Royaume-Uni et au Canada.
Le groupe maintient qu’il ne soutient ni le Hezbollah, ni le Hamas, et qu’il ne tolère pas la violence.