Tension en Méditerranée : l’interception d’une flottille humanitaire vers Gaza tourne à la crise diplomatique
Les forces navales israéliennes ont intercepté, mardi 4 juin, des bateaux transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza, parmi lesquels se trouvait la militante écologiste suédoise Greta Thunberg. L’opération, qualifiée par l’État hébreu de sécurisation face à une « zone de combat active », a suscité de vives réactions internationales et plusieurs pays ont annoncé des mesures diplomatiques fortes.
Selon le ministère israélien des Affaires étrangères, plusieurs navires de la « Global Sumud Flotilla » (GSF) ont été « arrêtés en toute sécurité » et leurs passagers transférés vers un port israélien. L’armée israélienne aurait demandé aux bateaux de changer de cap, prétextant qu’ils approchaient d’une zone de conflit. Des images diffusées par le ministère montrent Greta Thunberg, assise sur le pont d’un navire, recevant une veste de la part d’un membre de l’armée israélienne.
Le groupe organisateur de la flottille, la GSF, a dénoncé une interception « illégale » et « pas un acte de défense » mais « un acte de désespoir effronté ». L’organisation accuse Israël d’avoir délibérément percuté un de ses navires et d’avoir utilisé des canons à eau contre d’autres embarcations. « Cela révèle clairement jusqu’où l’occupant est prêt à aller pour s’assurer que Gaza reste affamée et isolée », a écrit la GSF sur les réseaux sociaux. « Ils attaqueront une mission civile pacifique car le succès de l’aide humanitaire signifie l’échec de leur siège. »
Le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé que les participants avaient été informés qu’ils « violaient un blocus naval légal » couvrant les eaux adjacentes à Gaza, bien qu’il ne soit pas précisé si les bateaux étaient entrés dans cette zone au moment de l’interception. La GSF a précisé que l’intervention avait eu lieu à 70 milles marins des côtes de Gaza, et que le groupe espérait arriver à destination le jeudi matin.
Cette action a provoqué une onde de choc diplomatique. Le président colombien Gustavo Petro a réagi avec fermeté en ordonnant l’expulsion de tous les diplomates israéliens restants du pays, dénonçant un « crime international de Netanyahou ». Il a également mis fin à l’accord de libre-échange entre la Colombie et Israël, en vigueur depuis 2020, et a demandé la libération de deux ressortissants colombiens à bord de la flottille.
Le vice-Premier ministre irlandais, Simon Harris, a qualifié les informations de « préoccupantes » et a exigé qu’Israël respecte le droit international, alors qu’au moins sept citoyens irlandais, dont le sénateur Chris Andrews, se trouveraient parmi les détenus.
Israël, qui avait qualifié la tentative de la GSF de transporter de l’aide vers la bande de Gaza ravagée par la guerre de « provocation », a assuré que Greta Thunberg et ses compagnons étaient « sains et saufs ». L’État hébreu a par le passé déjà bloqué des tentatives de militants de rejoindre Gaza par la mer, en juin et juillet.
Face aux critiques qualifiant la flottille de « yacht à selfies », Greta Thunberg a réfuté ces accusations auprès de la BBC : « Je ne pense pas que quiconque risque sa vie pour un coup de publicité. » Les organisations humanitaires internationales soulignent les restrictions imposées par Israël à l’entrée des vivres et des médicaments dans le territoire palestinien. Israël justifie ces mesures par la volonté d’empêcher que ces fournitures ne tombent entre les mains du Hamas.
En parallèle, la situation humanitaire à Gaza reste critique. Un groupe soutenu par l’ONU a confirmé le mois dernier l’existence de famine dans la bande de Gaza, le chef des affaires humanitaires de l’ONU ayant dénoncé une conséquence directe de « l’obstruction systématique » de l’aide par Israël. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié ces affirmations de « pur mensonge ».
Le ministre français des Affaires étrangères a indiqué que la France avait obtenu l’assurance que toute opération d’abordage se déroulerait dans les meilleures conditions de sécurité. Son homologue italien, Antonio Tajani, a déclaré avoir été rassuré par Israël quant à l’absence d’usage de la violence contre les quelque 500 personnes à bord, y compris des politiciens français et italiens.
À Gaza même, l’armée israélienne intensifie son offensive sur la ville de Gaza, tandis que le Hamas examine une nouvelle proposition américaine de cessez-le-feu. Les médiateurs arabes et turcs tenteraient de faire pression sur le Hamas pour qu’il accepte, mais un responsable du groupe armé a indiqué qu’un rejet était probable. Le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, a lancé un dernier avertissement aux centaines de milliers de Palestiniens de la ville pour qu’ils évacuent vers le sud, affirmant que ceux qui resteraient seraient considérés comme des « terroristes et des partisans de la terreur ». Le Comité international de la Croix-Rouge rappelle qu’en vertu du droit international humanitaire, les civils doivent être protégés, qu’ils restent ou quittent la ville.