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Venezuela | Que disent le décret de «choc externe» qui donnera plus de pouvoir à Nicolás Maduro face aux «menaces» des États-Unis? | Donald Trump | MONDE

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Publié le 2025-10-02 14:15:00. Caracas se prépare à un possible « choc extérieur » face aux manœuvres militaires américaines dans les Caraïbes. Le vice-président Delcy Rodríguez a annoncé un décret visant à renforcer les pouvoirs du président Nicolás Maduro pour défendre le pays, tandis que des analystes évoquent une stratégie à double objectif : parer à une menace réelle et consolider le pouvoir interne.

  • Un décret constitutionnel d’état de choc extérieur pourrait conférer des pouvoirs élargis au président Nicolás Maduro.
  • Les États-Unis ont déployé une flotte importante dans les Caraïbes, menant des opérations antidrogue ayant déjà entraîné des décès.
  • Ce dispositif juridique inédit permettrait de mobiliser l’armée, de réquisitionner les infrastructures et de restreindre temporairement des garanties constitutionnelles.

La vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodríguez, a annoncé la préparation d’un décret constitutionnel d’état de choc extérieur. Ce dispositif vise à « donner des pouvoirs à part entière au président Nicolás Maduro pour déployer la force armée sur tout le territoire et prendre militairement toutes les infrastructures de service », a-t-elle expliqué lors d’une réunion avec les représentants diplomatiques accrédités à Caracas. « Il y a un Venezuela uni dans la défense de notre patrie », a-t-elle affirmé, soulignant que ce décret permettrait à M. Maduro « d’agir en défense et en sécurité » si les États-Unis « osaient attaquer notre patrie ».

Cette annonce intervient dans un contexte de tension accrue avec les États-Unis. Washington a déployé huit navires de guerre, un sous-marin nucléaire et plus de 6 000 militaires dans la mer des Caraïbes, ainsi que des avions de combat F-35 à Porto Rico. Ces opérations ont déjà mené à la destruction de quatre navires suspectés de transporter de la drogue, causant la mort de 14 personnes.

Nicolás Maduro a précisé que le décret n’était pas encore signé et qu’il faisait l’objet de consultations. « Le processus de consultation du décret constitutionnel de l’état de choc extérieur (…) est en cours pour protéger nos habitants », a-t-il déclaré. L’objectif est que « toute la nation » et chaque citoyen bénéficient du soutien et de la protection de toutes les forces de la société vénézuélienne pour répondre aux menaces ou à une éventuelle attaque.

Qu’est-ce que l’état de choc extérieur ?

Selon l’article 338 de la Constitution vénézuélienne, un état de choc intérieur ou extérieur peut être décrété « en cas de conflit interne ou externe qui met gravement en danger la sécurité de la nation, de ses citoyens ou de ses institutions ». Il a une durée initiale de 90 jours, renouvelable. La loi organique sur les états d’exception précise que le décret aura force de loi et entrera en vigueur dès sa promulgation, devant ensuite être publié au Journal officiel.

La Constitution stipule que durant un état de choc extérieur, « les garanties constitutionnelles peuvent être temporairement restreintes ». La portée exacte du décret et les droits spécifiquement limités restent inconnus tant qu’il n’a pas été publié. Cependant, le régime affirme que certaines protections fondamentales, telles que l’interdiction de la torture, le droit à une procédure régulière, la liberté de conscience et de religion (dans les limites compatibles avec la sécurité nationale) et le droit à la nationalité, seraient maintenues.

Vers un renforcement du pouvoir présidentiel

Delcy Rodríguez a expliqué que le décret serait « activé immédiatement » en cas d’agression. Il permettrait notamment de mobiliser l’armée, de prendre le contrôle militaire des infrastructures de services publics, de l’industrie pétrolière et des entreprises de base, et d’activer les plans de sécurité citoyenne. Le président Maduro pourrait également fermer les frontières terrestres, maritimes et aériennes, et mettre en œuvre divers plans économiques, politiques et sociaux pour « garantir la vie nationale ».

Selon l’agence EFE, le décret devra être présenté à l’Assemblée nationale ou à sa Commission déléguée dans les huit jours suivant sa promulgation pour examen et approbation. La Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de justice sera également saisie pour se prononcer sur sa constitutionnalité. Bien que le décret entre en vigueur dès sa dictée par le président, le pouvoir législatif et judiciaire conservent la possibilité de le suspendre s’ils le jugent nécessaire.

Si ce décret est appliqué, ce serait la première fois qu’un état de choc extérieur serait mis en œuvre au Venezuela depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de 1999. Actuellement, le pays est sous le régime d’un état d’exception lié à des urgences économiques.

Les motivations de Maduro

Pour l’analyste international Francisco Belaude Matossian, la décision de Nicolás Maduro répond à une double motivation. D’une part, la crainte réelle d’une attaque américaine. D’autre part, la volonté de consolider son pouvoir interne en utilisant ce cadre juridique comme prétexte pour restreindre les libertés restantes et discréditer les opposants sous l’accusation de « trahison envers le pays ».

« N’oubliez pas que Maduro a envoyé une lettre à Donald Trump pour tenter de négocier », rappelle M. Belaude. « Il a même cherché à désigner Marco Rubio, son secrétaire d’État, comme le responsable de l’hostilité de Washington, le décrivant comme un va-t-en-guerre. Mais cette approche a été rejetée avec beaucoup de mépris par Trump ». Face à cette porte fermée, « Maduro peut entrer dans une dynamique de désespoir », estime l’analyste, ajoutant que ce décret lui offre la possibilité d’accumuler davantage de pouvoir, bien que son régime soit déjà considéré comme une dictature où l’arrestation d’individus peut se faire sans nécessité d’un état d’urgence.

L’expert souligne également l’imprévisibilité de Donald Trump et les divisions au sein de son administration. Si certains, comme Marco Rubio, prônent une ligne dure, d’autres privilégieraient les voies de négociation. Concernant le déploiement militaire américain dans les Caraïbes, M. Belaude met en garde contre son efficacité limitée malgré son coût élevé, avec seulement « 3 ou 4 bateaux interceptés » à ce jour, et écarte une invasion du Venezuela tout en n’excluant pas des frappes ciblées.

Il estime que l’objectif initial de Donald Trump était de provoquer une implosion interne du régime de Maduro ou de le forcer à une sortie négociée, ce qui n’a pas abouti. Si ce déploiement n’entraîne pas de changement tangible au Venezuela, M. Trump pourrait être politiquement affaibli auprès de l’électorat latino aux États-Unis, notamment à l’approche des élections de mi-mandat.

La récente déclaration de Donald Trump, affirmant que la drogue ne transiterait plus par la mer des Caraïbes et qu’elle serait désormais traquée sur le sol, impliquant un renforcement de la sécurité aux frontières mexicaines, pourrait amener M. Trump à reconsidérer ses priorités. Un recentrage sur la relation avec le Mexique et la lutte contre le trafic de drogue à la frontière est possible, bien qu’il soit peu probable que des mesures unilatérales soient prises sans l’aval du gouvernement mexicain de Claudia Sheinbaum.

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