Publié le 2 octobre 2025. Un gibon blanc, espèce menacée vendue à prix d’or, a été intercepté lors d’un marché noir animal en Allemagne. Cette affaire met en lumière l’ampleur du trafic d’animaux protégés et la pression croissante sur les refuges, poussant les associations à réclamer un renforcement des mesures de protection.
- Le trafic d’animaux protégés, y compris des espèces en danger comme le gibon blanc, prospère via des plateformes en ligne et des foires spécialisées.
- L’Allemagne, grand marché pour les animaux de compagnie, fait face à un commerce illégal d’animaux d’élevage, souvent dans des conditions déplorables, avec des documents falsifiés.
- Les refuges d’animaux en Allemagne sont saturés et au bord de la rupture, manquant de fonds pour accueillir tous les animaux abandonnés.
Le prix de 3 000 euros déboursé pour un gibon blanc, animal typique des jungles d’Asie du Sud-Est et en danger critique d’extinction, témoigne de la valeur marchande et de la demande pour ces créatures exotiques. L’interception d’une telle transaction, qui a eu lieu dans un parking de supermarché en Allemagne, a révélé l’existence d’un marché noir actif. L’acheteur potentiel s’est avéré être une militante de l’organisation de défense des animaux PETA, piégeant ainsi le vendeur, Jimmy, qui s’attendait à une transaction et non à une intervention policière.
Jana Hoger, représentante de PETA, dénonce l’ampleur du commerce illégal d’animaux strictement protégés. Elle décrit la facilité avec laquelle ces animaux circulent : « Nous avons un énorme marché noir en ce qui concerne le commerce des animaux strictement protégés. Il y a des groupes WhatsApp pour des animaux exotiques, dans lesquels la vente est complètement ouverte. Il y a des foires d’animaux exotiques, où même ceux qui sont strictement protégés dans leur pays d’origine peuvent être vendus complètement légaux, car ici, en Allemagne, ils n’ont pas de statut de protection et, à un certain moment, ils ont été transférés à partir de leurs pays », explique-t-elle à DW.
La demande allemande pour les animaux de compagnie est considérable, avec près de 16 millions de chats et 10,5 millions de chiens recensés dans les foyers du pays. « Il y a environ 17 000 et 20 000 chiots en Allemagne qui sont proposés mensuellement sur les plateformes en ligne », précise Jana Hoger. Les trafiquants et les réseaux criminels exploitent ce marché, favorisant l’élevage dans des conditions extrêmes en Europe de l’Est et ailleurs, avant d’importer les animaux en Allemagne. La falsification de documents et de certificats devient de plus en plus courante pour légitimer ces transactions.
La Journée mondiale de la protection des animaux, célébrée le 4 octobre, prend une dimension particulière en Allemagne en 2025, marquant le centenaire de cette commémoration dans le pays. Les cas comme celui du jeune gibon, souffrant de troubles comportementaux liés à son isolement précoce, attirent l’attention sur le trafic d’animaux exotiques, mais le problème englobe également les singes, serpents et lézards.
Face à cette situation, la nouvelle commissaire allemande à la protection des animaux, Silvia Breher, a un large programme de travail. Elle souligne la nécessité d’interdire la vente d’animaux dans les espaces publics et le commerce en ligne anonyme, « particulièrement urgent dans le domaine agricole, l’introduction de la surveillance vidéo obligatoire dans les abattoirs et la transformation des écuries conformément au bien-être animal. De plus, nous devons soulager de toute urgence nos abris animaux », ajoute-t-elle.

L’Allemagne compte environ 1 400 refuges pour animaux, dont bon nombre sont au bord de la saturation, une situation exacerbée par la pandémie de Covid-19. La pression monte pour que les décideurs politiques allouent des fonds aux refuges, qui sont surchargés et nécessitent une aide d’urgence. « Ils ne peuvent plus héberger tous les animaux que leurs propriétaires veulent livrer, ils sont donc obligés de les rejeter et d’établir des quotas d’admission. Que ce point a été atteint est mortel, car il n’y a pas d’autre endroit où ces animaux peuvent aller », souligne Lea Schmitz, porte-parole de l’Association allemande de protection des animaux, auprès de DW.
L’Allemagne avait déjà été pionnière en interdisant, le 1er janvier 2022, la destruction des poussins d’un jour, une mesure soutenue par les organisations de protection animale. Aujourd’hui, ces organisations militent pour le renforcement de la protection animale, par exemple par la stérilisation obligatoire des chats errants, l’interdiction du transport d’animaux vers des pays tiers et une réduction significative des expérimentations animales.
Julia Weibel, spécialiste des animaux dans l’industrie alimentaire chez PETA, appelle à un changement de mentalité plus profond, pointant du doigt les conditions d’élevage de certains animaux en Allemagne. Elle cite le cas des vaches Frisonnes, sélectionnées pour une production laitière accrue au détriment de leur santé générale, et les poulets élevés « loin de la normalité et de ce qui est sain ».