Un réalisateur fauché transforme des archives vidéo oubliées en une satire sociale hilarante et audacieuse : « Dead, White & Blue », présenté au Pittsburgh Moving Picture Festival, prouve que l’ingéniosité n’a pas de prix.
« Je voulais faire un film, mais je n’avais pas d’argent », a confié le réalisateur Mike Davis au public du Pittsburgh Moving Picture Festival, qui s’est tenu à Sewickley, en Pennsylvanie. Face à cette contrainte budgétaire, il a puisé dans un véritable trésor de séquences vidéo tombées dans le domaine public pour donner vie à sa satire culturelle intitulée « Dead, White & Blue ». Ce film, dont la projection a eu lieu le 4 octobre dernier, se distingue par son humour décapant et sa critique sociale acerbe, majoritairement orientée à gauche.
Le film, qui défie par son esprit « stream of consciousness » la notion même de récit linéaire, suit l’enlèvement du maire d’Atlanta. Parallèlement, un homme noir est abattu par un policier blanc raciste. Les forces militaires américaines et le Ku Klux Klan se lancent alors à la poursuite de la balle ayant causé la mort, chacun pour des raisons bien distinctes. Le scénario, d’une absurdité assumée, introduit une expérience de rétrécissement farfelue, parfaitement en phase avec le ton décalé de l’œuvre.
Avec une inventivité qui rappelle certains classiques de la comédie, Mike Davis orchestre un déluge de gags, rivalisant presque avec la densité comique d’un « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ». Qu’il s’agisse d’allusions subtiles ou de gags récurrents qui ne lassent jamais, la plupart atteignent leur cible avec succès. Les images d’archives, issues des années 1950 jusqu’au début des années 1990, ont été minutieusement assemblées par Davis et son équipe, créant parfois des transitions d’une fluidité surprenante.
Le matériau brut lui-même est une source de rires intarissables. « Qu’est-ce qui leur passait par la tête ? », pourrait-on se demander en voyant ces extraits d’époque. Les dialogues doublés, souvent livrés avec une neutralité qui renforce l’effet comique des répliques, transcendent le matériau original. Même lorsque le récit semble bifurquer dans une multitude de directions inattendues, la force comique demeure.
Le Ku Klux Klan occupe une place prépondérante dans l’intrigue, donnant lieu à une avalanche de jeux de mots et de gags visuels astucieux. L’esthétique rétro du film fait écho à son diagnostic social. Nous sommes en 2025, et les relations raciales sont loin d’être les champs de mines dépeints ici, pas même de près. Cette distance temporelle rend certains gags moins percutants, notamment ceux liés à la brutalité policière. Néanmoins, le dialogue plein d’esprit et la conscience de la culture pop permettent à un large public d’apprécier l’humour, même s’il ne partage pas le point de vue culturel du réalisateur.
Quelques blagues tombent à plat, comme une pique sur les forces israéliennes bombardant des hôpitaux ou une référence rapide aux livres interdits. Cependant, « Dead, White & Blue » repose sur une idée audacieuse qui parvient à soutenir sa durée de long métrage. On imagine aisément cette approche répliquée pour une série limitée sur une multitude de sujets. Le ciel est la seule limite lorsque un cinéaste indépendant se fixe un objectif. C’est précisément pourquoi « Dead, White & Blue » de Mike Davis s’apparente à une petite révélation. Et une révélation particulièrement hilarante.