Home International Les fusions de réduction des coûts de l’ONU font l’objet d’un examen minutieux alors que la recherche de sites dans le monde se poursuit – Enjeux mondiaux

Les fusions de réduction des coûts de l’ONU font l’objet d’un examen minutieux alors que la recherche de sites dans le monde se poursuit – Enjeux mondiaux

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L’ONU en pleine mutation : fusions d’agences et délocalisations au cœur des réformes

Nations Unies, 10 octobre 2025 – Face à un déficit budgétaire alarmant et un contexte international tendu, l’Organisation des Nations Unies lance une vaste opération de restructuration. Cette démarche implique la fusion de plusieurs de ses agences et leur délocalisation de New York vers des centres stratégiques en Europe, Afrique, Asie et Moyen-Orient. L’objectif affiché : améliorer l’efficacité et réduire les coûts.

Parmi les premières entités concernées, ONU Femmes et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) pourraient être regroupés. Une partie de leur personnel serait ainsi transférée vers Bonn, en Allemagne, et Nairobi, au Kenya. L’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, est également pressenti pour une réinstallation à Nairobi.

D’autres fusions sont à l’étude, notamment l’intégration de l’ONUSIDA au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le rapprochement du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ainsi qu’une restructuration des Départements des opérations de paix (DPKO) et des affaires politiques et de la consolidation de la paix (DPPA).

L’ONU se félicite de l’accueil réservé à ces changements par ses partenaires. Selon un rapport interne, les nouvelles implantations, notamment à Nairobi et Bonn, ont été accueillies avec enthousiasme par les agences qui y ont transféré leurs fonctions mondiales. D’autres villes comme Bangkok, Doha, Dubaï et Istanbul sont également envisagées comme futurs centres opérationnels.

Un contexte financier tendu à l’origine des réformes

Cette vague de réorganisations découle directement de la crise de liquidité qui frappe l’organisation, exacerbée par un arriéré de 2,8 milliards de dollars de contributions américaines, tant pour le budget ordinaire que pour les opérations de maintien de la paix. À ce jour, seulement 139 des 193 États membres ont réglé intégralement leurs cotisations, laissant 54 pays en situation de retard.

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a confirmé la dynamique de décentralisation, soulignant l’expansion du complexe de l’ONU à Nairobi, déjà en chantier. « C’est une chose qui est à l’étude et qui s’est déjà produite », a-t-il indiqué le 3 octobre, précisant que le choix des sites dépendra largement des budgets alloués et des décisions des États membres. Concernant la proposition d’Istanbul, formulée par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, M. Dujarric a rappelé que la ville abrite déjà plusieurs centres régionaux de l’ONU, et que cette piste est « évaluée en permanence ».

Vers plus d’agilité et d’efficacité, mais des inquiétudes subsistent

Kul Gautam, ancien Directeur général adjoint de l’UNICEF, a salué cette démarche, expliquant que l’UNICEF avait déjà lancé sa propre « Initiative Future Focus » pour gagner en agilité et en efficacité face à la baisse des financements. Cette initiative prévoit une réduction de 25 % du budget de base du siège et des bureaux régionaux, ainsi que le transfert d’environ 70 % du personnel du siège vers des lieux moins coûteux, tels que Bangkok, Nairobi, et potentiellement Doha, Dubaï et Istanbul.

« Un tel redéploiement du personnel peut contribuer à rationaliser les opérations et à réduire les coûts d’exploitation », a-t-il affirmé. M. Gautam a également suggéré une plus grande implication de professionnels nationaux dans les pays en développement, à des coûts nettement inférieurs à ceux des expatriés. Il a cité l’exemple de l’UNICEF, pionnier dans cette approche, et a encouragé les autres agences à suivre cette voie.

Il a par ailleurs pointé du doigt la bureaucratie et les intérêts du personnel, ainsi que les exigences des États membres en matière de rapports, comme des facteurs contribuant à la complexité du système. L’avènement de l’intelligence artificielle pourrait, selon lui, permettre de réduire drastiquement la longueur et la fréquence de ces rapports. M. Gautam a également proposé de réduire de trois à deux par an la fréquence des réunions des conseils d’administration du PNUD, de l’UNICEF, du FNUAP, d’ONU Femmes et du PAM, afin de réaliser des économies sans compromettre la responsabilité des agences.

Cependant, le Dr Purnima Mane, ancienne Directrice exécutive adjointe du FNUAP, exprime des réserves. Si la rationalisation et la décentralisation sont des objectifs louables, ces mesures risquent de n’être que des solutions à court terme axées sur la réduction des coûts, sans s’intégrer dans une vision stratégique globale pour l’ONU. Elle s’inquiète de la perte des acquis réalisés par ces agences et des programmes essentiels au développement.

Dans le cas d’une fusion entre le FNUAP et ONU Femmes, le Dr Mane met en garde contre une potentielle dilution du mandat du FNUAP sur la santé reproductive et les droits sexuels, particulièrement dans un contexte politique où ces questions sont contestées. Elle craint que les engagements pris en matière de droits sexuels et reproductifs ne soient relégués au second plan au profit de domaines plus politiquement acceptables pour ONU Femmes, comme l’autonomisation économique. De plus, une fusion ne garantit pas que les ressources actuelles soient maintenues, pouvant entraîner une réduction globale du soutien aux questions de genre.

Shihana Mohamed, membre fondatrice du Réseau asiatique des Nations Unies pour la diversité et l’inclusion (UN-ANDI), partage ces inquiétudes. Elle craint que la fusion d’ONU Femmes avec le FNUAP ne dilue davantage son mandat, déjà affaibli par un sous-financement chronique et une influence politique limitée. Elle alerte sur le risque de perte d’expertise institutionnelle et de partenariats, et sur la marginalisation du leadership politique d’ONU Femmes.

« Toute restructuration doit préserver le mandat distinct d’ONU Femmes », insiste-t-elle. Elle appelle les États membres à augmenter le financement de base d’ONU Femmes et à soutenir son intégration dans toutes les agences de l’ONU, avec un soutien politique à la hauteur du soutien rhétorique. Elle souligne l’importance d’une consultation ouverte avec toutes les parties prenantes, et particulièrement les mouvements féministes, gardiens de la justice mondiale en matière de genre. « Les décisions affectant l’avenir d’ONU Femmes doivent être transparentes, inclusives et fondées sur les droits humains, et pas seulement sur la rentabilité », conclut-elle.

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