Publié le 2025-10-11 09:56:00. Les réseaux sociaux regorgent de tendances fitness et bien-être promettant des résultats rapides, mais de nombreux experts appellent à la prudence face à la désinformation et aux méthodes non prouvées.
- Certaines tendances virales, comme la méthode 12-3-30 ou la « marche rétro », proposent des approches intéressantes mais manquent de preuves scientifiques solides pour justifier leurs bénéfices spécifiques.
- D’autres, comme la chlorophylle liquide ou le « taping » de kinésiologie, présentent des effets limités ou des bénéfices non prouvés scientifiquement pour la perte de poids ou la performance.
- Seules certaines méthodes, telles que la « marche japonaise », s’appuient sur des recherches solides pour démontrer leurs bienfaits sur la santé cardiovasculaire et musculaire.
À l’ère du numérique, les plateformes comme TikTok et Instagram sont devenues des terrains fertiles pour la diffusion de tendances en matière de forme physique et de santé. Vidéos et expériences promettent monts et merveilles : amélioration de la santé, regain d’énergie, silhouette affinée. Pourtant, derrière le succès viral, la réalité scientifique est souvent moins spectaculaire, voire trompeuse.
« Les algorithmes tendent à privilégier les contenus nouveaux et surprenants, plutôt que ceux qui sont sûrs et documentés », explique David Jahanlu, professeur agrégé à la Faculté des sciences de la santé d’OsloMet. Il insiste sur la nécessité de distinguer les modes passagères des réseaux sociaux des recherches scientifiques établies.
Dagbladet a passé au crible plusieurs de ces tendances populaires pour en évaluer la pertinence.
La méthode 12-3-30 : efficacité mesurée ?
Cette méthode consiste en une séance de tapis roulant de 30 minutes avec une inclinaison de 12 % et une vitesse de 4,8 km/h. Elle est censée offrir un entraînement doux pour les articulations, activer les muscles des fessiers et des ischio-jambiers, et améliorer l’endurance ainsi que la combustion des graisses.
« Descendre une pente sur un tapis roulant peut effectivement être une forme d’entraînement d’endurance efficace et douce. »
Christina Gjestvang, professeure agrégée au Département de médecine du sport
Cependant, Christina Gjestvang nuance : « Il n’existe aucune preuve scientifique solide qu’une inclinaison de précisément 12 % et une vitesse de 4,8 km/h pendant 30 minutes offrent un meilleur effet que d’autres combinaisons d’inclinaison, de vitesse et de durée. » Elle rappelle que l’intensité de l’exercice est subjective et dépend du niveau de forme physique de chacun. Une vitesse de 4,8 km/h peut être lente pour certains et rapide pour d’autres, rendant l’intensité variable d’une personne à l’autre.
La « marche rétro » : plus qu’un simple effet de mode ?
La marche à reculons, ou « marche rétro », est présentée comme un moyen d’améliorer l’équilibre, la coordination, la force des jambes et des muscles profonds, ainsi que la concentration.
« La marche à reculons peut effectivement mettre à l’épreuve l’équilibre et la coordination. »
Christina Gjestvang, professeure agrégée au Département de médecine du sport
Toutefois, Christina Gjestvang souligne que, pour la plupart des gens, la vitesse est souvent trop faible pour obtenir un réel bénéfice en termes de condition physique ou d’endurance.
« Si l’objectif est d’améliorer la condition physique ou l’endurance, la plupart des gens marcheront à une vitesse si faible que l’effet d’entraînement sera insuffisant. »
Christina Gjestvang, professeure agrégée au Département de médecine du sport
Elle encourage le public à adopter un regard critique face aux tendances partagées en ligne, où « presque tout le monde peut se déclarer expert ».
Linn Cecilie Skarderud, physiologiste et conseillère en santé, apporte une nuance plus positive, affirmant que la marche à reculons peut effectivement améliorer l’équilibre et la coordination tout en réduisant la charge sur les genoux par rapport à la marche normale. Elle met cependant en garde :
« La méthode ne doit pas se substituer à un entraînement varié. De plus, elle doit être pratiquée en toute sécurité et progressivement, car il existe un risque de chute. »
Linn Cecilie Skarderud, physiologiste et conseillère en santé
L’eau verte à la chlorophylle : un coup de pouce pour la santé ?
La tendance de l' »eau verte », consistant à ajouter de la chlorophylle liquide à de l’eau, promet d’améliorer la peau, d’augmenter l’énergie, de réduire les odeurs corporelles et d’aider à la perte de poids.
Kristin Lundanes Jonvik, nutritionniste clinicienne, explique que la chlorophylle est un pigment végétal qui agit comme un antioxydant, similaire à ceux présents dans les fruits et légumes.
« La chlorophylle est un pigment qui donne la couleur verte aux plantes, algues et légumes. Les chlorophylles que beaucoup ajoutent à l’eau proviennent de certaines de ces sources. »
Kristin Lundanes Jonvik, nutritionniste clinicienne
Elle confirme son rôle d’antioxydant pouvant soutenir le système immunitaire.
« Au-delà de cela, il existe peu de preuves scientifiques pour étayer les allégations selon lesquelles les suppléments de chlorophylle améliorent la peau, augmentent l’énergie, réduisent les odeurs corporelles ou favorisent la perte de poids. »
Kristin Lundanes Jonvik, nutritionniste clinicienne
La nutritionniste recommande de privilégier la consommation de fruits, baies et légumes entiers, qui fournissent naturellement des antioxydants, des vitamines, des minéraux et des fibres, le tout étayé par de solides preuves scientifiques.
Le « taping » de kinésiologie : effets réels ou placebo ?
Les vidéos montrant l’application de bandes de kinésiologie pour influencer l’activité musculaire, la circulation ou raffermir la silhouette sont omniprésentes sur les réseaux sociaux.
Linn Cecilie Skarderud reconnaît que ces bandes peuvent avoir des effets documentés sur la réduction de la douleur perçue, l’amélioration de la conscience corporelle et la circulation sanguine.
« Mais les recherches montrent peu ou pas d’effet mesurable sur la force musculaire, la récupération ou la combustion des graisses. L’effet est souvent de courte durée et n’est pas cliniquement significatif. Il peut agir comme un complément, mais ne doit pas remplacer l’exercice ou la rééducation. »
Linn Cecilie Skarderud, physiologiste et conseillère en santé
Elle met également en garde contre une application incorrecte qui pourrait irriter la peau et créer une fausse sensation de sécurité en cas de blessure.
La « marche japonaise » : une approche scientifiquement validée
Cette méthode d’entraînement, alternant trois minutes de marche rapide et trois minutes de marche lente pendant environ 30 minutes, plusieurs fois par semaine, est soutenue par la recherche.
« Oui, c’est l’une des tendances qui repose en fait sur une base de recherche solide. »
Linn Cecilie Skarderud, physiologiste et conseillère en santé
Des études japonaises indiquent que cette marche fractionnée améliore significativement la santé cardiaque, la force musculaire et la tension artérielle par rapport à une marche continue.
« Il s’agit d’un exercice à bas seuil, simple et efficace pour la plupart. Le risque est faible tant que vous adaptez le rythme à votre propre forme. »
Linn Cecilie Skarderud, physiologiste et conseillère en santé
Christina Gjestvang abonde dans ce sens, soulignant que l’entraînement par intervalles, alternant haute et basse intensité, est un principe bien établi scientifiquement pour ses bienfaits sur l’endurance et la santé cardiovasculaire. Elle ajoute que cette variation peut également stimuler la motivation.
« Il est positif que les gens s’intéressent à l’activité physique et à l’exercice. Tout mouvement est positif. »
Christina Gjestvang, professeure agrégée au Département de médecine du sport
En conclusion, si l’enthousiasme pour l’activité physique est une bonne chose, il est crucial de s’informer auprès de sources fiables et de privilégier les approches fondées sur des preuves scientifiques solides.