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Pablo Iglesias dit que Cuba serait comme Haïti si le communisme tombait

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Publié le 2025-10-11 15:01:00. Une violente controverse a éclaté sur le réseau social X suite à des propos tenus par l’ancien vice-président du gouvernement espagnol, Pablo Iglesias. Ce dernier a comparé une hypothétique chute du communisme à Cuba à un destin similaire à celui d’Haïti, déclenchant une vive indignation.

La polémique s’est embrasée vendredi sur X (anciennement Twitter) après que Pablo Iglesias, cofondateur de Podemos, ait affirmé qu’une éventuelle fin du régime communiste à Cuba entraînerait le pays dans une spirale de « faim, violence, analphabétisme et absence absolue de services », le comparant à Haïti.

Ces déclarations ont émergé au cours d’un échange houleux avec Magdiel Jorge Castro, un communicateur cubain exilé et membre de la rédaction de CiberCuba. Ce dernier avait vivement critiqué l’homme politique espagnol pour ses récentes prises de position concernant María Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix 2025. Iglesias avait en effet ironisé sur cette distinction, suggérant qu’elle aurait pu être attribuée à des figures comme « Atout » ou même « Adolf Hitler » à titre posthume.

« Pour remettre le prix Nobel de la paix à Corina Machado, qui tente depuis des années de commettre un coup d’État dans son pays, autant le donner directement à Atout ou même à Adolf Hitler à titre posthume », avait écrit Iglesias dans un message qui a suscité l’indignation par son ton moqueur, hyperbolique et offensant. Magdiel Jorge Castro avait répliqué en qualifiant Iglesias de « déchet autoritaire » et en dénonçant son mépris pour les libertés à Cuba et au Venezuela.

Loin de faire marche arrière, Pablo Iglesias a accusé son interlocuteur d’être un « traître » et un « chien de poche de la droite », affirmant que ce dernier souhaitait transformer Cuba en « une démocratie comme Haïti ». Cet échange a mis en lumière une vision récurrente chez certains secteurs de la gauche radicale européenne : l’idée qu’une alternative démocratique au socialisme cubain mènerait inévitablement au chaos, à la pauvreté extrême et à l’effondrement de l’État.

Une comparaison réductrice et fallacieuse

La comparaison d’un Cuba postcommuniste à Haïti formulée par Iglesias est non seulement erronée, mais aussi idéologiquement pernicieuse. Il s’agit d’un sophisme du « faux dilemme », qui ne présente que deux issues possibles alors que la réalité en offre bien plus.

Selon cette logique, Cuba devrait soit maintenir son régime communiste – la « révolution » – avec ses travers (répression, pauvreté, censure, pénuries), soit sombrer dans un État effondré, dépourvu d’éducation, de soins de santé et de cohésion sociale, à l’image d’Haïti. Le message implicite est clair : « mieux vaut une dictature que le désordre », un argumentaire similaire à celui des partisans du régime de Francisco Franco en Espagne. Cette rhétorique est profondément insultante à l’égard des deux peuples, niant aux Cubains leur capacité à bâtir un avenir démocratique et prospère, et réduisant la tragédie historique haïtienne – fruit de siècles de colonialisme, d’ingérences étrangères, de catastrophes naturelles et de corruption – à une caricature fonctionnelle, exemple du « capitalisme raté » que la révolution cubaine prétend avoir évité.

Haïti, un épouvantail récurrent

L’utilisation d’Haïti comme « épouvantail » n’est pas nouvelle. Depuis des années, des personnalités pro-régime, tant à Cuba qu’à l’étranger, s’en servent comme levier de chantage émotionnel et politique : si le système cubain venait à s’effondrer, le chaos serait la conséquence inéluctable.

Cet argument vise plusieurs objectifs :

  • Délégitimer toute alternative démocratique.
  • Instiller la peur au sein de la population cubaine. La propagande officielle martèle depuis des décennies que sans le Parti communiste, Cuba deviendrait Haïti ou un « État en faillite » sous la coupe d’intérêts impérialistes. Pablo Iglesias se fait l’écho, avec une tonalité différente, du discours du régime.
  • Protéger idéologiquement le régime cubain. Si toute tentative de changement mène au désastre, alors toute critique est invalidée. Les prisonniers politiques, les salaires insuffisants, les coupures de courant prolongées et le manque de médicaments pour les médecins ne suffisent pas à discréditer le système cubain, qui reste paradoxalement « préférable ».

Cuba, un cas distinct d’Haïti

La comparaison entre Cuba et Haïti ne tient pas non plus d’un point de vue historique et structurel. Leurs trajectoires sont incomparables :

  • Avant 1959, Cuba figurait parmi les économies les plus dynamiques d’Amérique latine, avec un PIB par habitant élevé, une classe moyenne importante, un taux d’alphabétisation supérieur à 70 % et une présence culturelle et commerciale notable dans la région.
  • Cuba dispose d’un capital humain hautement qualifié, d’infrastructures institutionnelles récupérables et d’une diaspora solide et organisée, capable d’apporter investissements, savoir-faire et leadership.
  • Haïti, en revanche, a été le théâtre d’effondrements institutionnels répétés, d’une économie structurellement informelle, d’un manque de contrôle territorial dans des zones clés, d’une violence endémique et d’une crise humanitaire chronique.

Suggérer que Cuba suivrait la voie d’Haïti en renonçant au communisme, c’est ignorer l’histoire, le potentiel et la capacité du peuple cubain à organiser une transition démocratique maîtrisée, dotée d’institutions modernes, de libertés civiles et d’une économie productive.

Romantisme révolutionnaire et cynisme européen

Ce qui frappe le plus dans l’intervention d’Iglesias, ce n’est pas tant son ignorance que son cynisme assumé. Cet homme politique vit dans une démocratie, tire ses revenus de médias privés, s’exprime librement, a fondé un parti politique et bénéficie des avantages d’un système qu’il dénonce par ailleurs. Pourtant, dans ce confort, lui et sa compagne, la députée espagnole Irene Montero, justifient la répression à Cuba.

« La révolution, avec toutes ses erreurs et injustices, continue d’être un modèle plus décent que celui proposé, sous tutelle américaine, au reste des peuples des Caraïbes. »

Pablo Iglesias

Un modèle plus décent ? Un pays où 72 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, où un médecin gagne à peine 30 dollars par mois, où l’on compte plus d’un millier de prisonniers politiques, où l’inflation dépasse 1 200 %, où la protestation est criminalisée et la libre association sanctionnée ? Le discours d’Iglesias révèle une logique coloniale inversée : les peuples du Sud doivent se sacrifier au nom d’une révolution symbolique, pendant que les intellectuels du Nord la célèbrent depuis leurs démocraties confortables. C’est précisément ce que Magdiel Jorge Castro a qualifié de « tourisme idéologique » :

« Ils font la révolution en Amérique latine pour la voir de loin, tandis qu’en Espagne ils jouissent des privilèges de la démocratie. »

Magdiel Jorge Castro

Et la démocratie ?

Pablo Iglesias caricaturise l’opposition cubaine et l’exil en les qualifiant de « mercenaires de Trump et Marco Rubio », laissant entendre que la seule voie vers la démocratie à Cuba serait contrôlée par la CIA. Il oublie cependant l’existence de centaines de milliers de Cubains – jeunes, artistes, journalistes, travailleurs – qui aspirent à ce qu’il possède déjà : le droit de voter, de s’exprimer, de fonder un parti, de critiquer le pouvoir sans craindre la prison.

« La révolution n’est un modèle de rien […] Il y a des jeunes de 20 ans emprisonnés pour avoir fait ce que votre parti et vous-même faites chaque jour en Espagne. »

Magdiel Jorge Castro

Ce que révèle cette polémique

Cet échange entre Iglesias et Magdiel Jorge Castro transcende la simple anecdote. Il met en lumière un affrontement entre deux visions du monde : d’un côté, une gauche radicale européenne qui s’accroche à des mythes révolutionnaires dépassés, et de l’autre, une réalité cubaine où les aspirations démocratiques et les droits humains sont bafoués.

Cette controverse démontre que la gauche espagnole continue de véhiculer des mythes et des dogmes sur Cuba, incapable de renouveler sa vision au-delà du romantisme des années 1960. Cuba est encore perçue comme une position symbolique dans leur bataille culturelle contre le libéralisme et les États-Unis, même au prix du soutien aux prisons, à la faim et à la censure.

Cuba peut être Cuba

Cuba ne deviendra pas Haïti. Cuba sera libre si on lui en donne la possibilité de décider.

Le peuple cubain n’a pas besoin de tuteurs idéologiques ni de révolutions imposées. Il a besoin d’institutions, de justice, d’un marché fonctionnel, d’éducation, de démocratie et de liberté. Ce que des pays comme la République tchèque, l’Estonie, le Chili ou l’Espagne ont réussi à bâtir après leurs dictatures respectives est également possible pour Cuba. Réduire leur destin à un choix binaire entre la dictature et l’effondrement n’est pas seulement un mensonge : c’est une forme de complicité.

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