Publié le 2025-10-15 10:53:00. Des manœuvres politiques autour du prochain ministère des Affaires étrangères se précisent, avec des discussions remarquées entre le ministre potentiel Filip Juránek et le vétéran européen Jan Zahradil. Cette rencontre soulève des questions sur la direction que prendra la politique étrangère tchèque.
- Filip Juránek, pressenti pour le poste de chef de la diplomatie, a été photographié avec Jan Zahradil, figure influente du mouvement « Automobilistes ».
- Les deux hommes partagent des convergences idéologiques, notamment une admiration commune pour Václav Klaus et Donald Trump.
- Jan Zahradil, eurodéputé chevronné, est considéré par certains comme le « cerveau » derrière le programme de politique étrangère des « Automobilistes ».
La scène s’est déroulée quelques jours avant la nomination officielle de Filip Juránek, actuel député européen, au poste de ministre des Affaires étrangères. La photo, publiée par Juránek lui-même avec la légende énigmatique « Quelque chose se passe », a alimenté les spéculations dans les cercles diplomatiques. Ces derniers murmurent que la politique étrangère du ministère pourrait être largement façonnée par Jan Zahradil, ancien ténor du parti ODS et eurodéputé de longue date, malgré sa non-adhésion officielle au mouvement « Automobilistes ».
Cette éventualité n’est pas anodine. Jan Zahradil, avec ses vingt années d’expérience au Parlement européen, possède une connaissance approfondie des rouages européens, contrastant avec le mandat plus récent de Filip Juránek, qui n’est député européen que depuis un peu plus d’un an. Leurs convergences sur le plan idéologique sont notables : tous deux arborent des positions conservatrices, vouent une admiration à l’ancien président Václav Klaus et à l’ancien président américain Donald Trump.
Zahradil lui-même a reconnu avoir eu des discussions avec Juránek concernant ses orientations futures. « Bien sûr, nous avons parlé à M. Juránek, je ne vais pas m’étendre là-dessus », a-t-il déclaré. Cette proximité avec Zahradil, que certains surnomment affectueusement « le Jardinier », a pu susciter une certaine nervosité au sein de la présidence et de son entourage, particulièrement en ce qui concerne l’agenda diplomatique.
Selon certaines sources, le château présidentiel aurait préféré un profil moins médiatisé et peut-être moins ancré dans les luttes politiques pour diriger la diplomatie tchèque. Cependant, l’influence de Zahradil au sein du mouvement « Automobilistes », qui a contribué à élaborer son programme de politique étrangère, rend cette connexion incontournable. « Une grande partie de mes propositions se retrouve dans le chapitre sur la politique étrangère de leur programme électoral », a confié Zahradil.
Un tandem possible, mais d’autres candidats émergent
Si la nomination de Filip Juránek semble se confirmer, le mouvement « Automobilistes » pourrait également envisager d’autres options pour ce portefeuille clé. Karel Beran, membre actif et leader du Mouvement des Hauts Plateaux, est également cité comme un prétendant sérieux. Ce diplomate expérimenté, dont le parcours a également été marqué par une proximité avec Václav Klaus, connaît bien les arcanes du ministère des Affaires étrangères. Son profil, moins exposé médiatiquement que celui de Zahradil, pourrait être perçu comme un atout : « Le chef de la diplomatie n’a pas besoin d’être un flamboyant personnage des salons », confie une source diplomatique.
Quelle que soit l’issue, il est probable que le futur ministre des Affaires étrangères issu des rangs des « Automobilistes » devra composer avec les idées de Jan Zahradil.
Un programme axé sur les intérêts nationaux
La politique étrangère des « Automobilistes », si elle se concrétise, s’annonce pragmatique et axée sur les intérêts nationaux, en phase avec les positions du mouvement OUI, vainqueur des élections. Les deux formations convergent sur plusieurs points : la nécessité d’une Europe centrale forte, la promotion du groupe V4, la critique du Green Deal européen et des politiques migratoires, le rejet de l’euro, le renforcement des liens transatlantiques et de l’ancrage à l’OTAN, ainsi que le soutien à Israël et à la diplomatie économique.
Les deux mouvements visent une approche « pragmatique », mettant l’accent sur les « intérêts nationaux ». Tandis que OUI appelle à « en finir avec une idéologie absurde », les « Automobilistes » annoncent une politique étrangère débarrassée des « phrases moralisatrices » et du « récit de valeurs » prôné par l’administration sortante de Petr Fiala et par le cabinet du président Petr Pavel. Ce dernier, dont le conseiller international Petr Kolář partageait de nombreuses années de collaboration avec Zahradil, affiche cependant des divergences notables sur la vision de l’évolution géopolitique mondiale.
Des divergences sur la Chine et Taïwan
La principale fracture concerne la perception des États-Unis. L’approche pro-Trump, centrée sur les intérêts nationaux, contraste avec la sensibilité plus libérale de Kolář, plus proche des démocrates américains.
La question de la Chine et de Taïwan constitue également un point de friction majeur. Tandis que le mouvement « Automobilistes » semble prôner une approche plus conciliante envers Pékin, la présidence tchèque, par la voix de Petr Kolář, adopte une posture plus ferme. « La République populaire de Chine reste un partenaire problématique », a affirmé Kolář.
Photo : Instagram Jan Zahradil, Liste des actualités
Photos d’Instagram de Jan Zahradil.
Le président tchèque, Petr Pavel, a récemment provoqué la réaction de Pékin en rencontrant le dalaï-lama. La Chine a officiellement suspendu tout contact avec le chef de l’État tchèque suite à cette visite, qu’elle a jugée attentatoire à sa souveraineté. Le bureau présidentiel a précisé que cette situation n’impactait pas la communication entre les deux pays, ceux-ci n’entretenant pas de dialogue direct au plus haut niveau.
La position de Jan Zahradil concernant la Chine diverge : « Il est nécessaire de ramener les relations avec la Chine à un niveau normal, similaire à celui qu’entretiennent des pays européens comme l’Allemagne, la France ou l’Italie. Il ne s’agit pas de suivre l’exemple de Milos Zeman, mais de ne pas aller à l’extrême opposé », a-t-il nuancé.
Selon les défenseurs de cette nouvelle orientation, les relations diplomatiques actuelles avec la Chine seraient un héritage des démarches de la diplomatie parlementaire, qui auraient attiré l’attention de Pékin lors de voyages à Taïwan. Une politique étrangère sous l’influence des « Automobilistes » au ministère des Affaires étrangères freinerait ainsi les initiatives symboliques envers Taïwan.
Bien que des liens commerciaux puissent perdurer avec la Chine, l’approche tchèque actuelle serait de ne pas reconnaître Taïwan comme un État indépendant, contrairement à ce que certains eurodéputés auraient suggéré. Jan Zahradil a été pointé du doigt par le passé pour des liens potentiels avec la Chine, notamment via son ancien assistant parlementaire. L’association européenne d’amitié UE-Chine, présidée par Zahradil, aurait diffusé de la propagande chinoise, suscitant la création d’une nouvelle commission au Parlement européen sur l’ingérence étrangère.
Face à ces accusations, Jan Zahradil a fermement démenti toute malversation : « L’affaire est close, il ne s’est absolument rien passé, ce ne sont que des ragots médiatiques. Il n’existe aucune preuve tangible pour me discréditer », a-t-il déclaré.
Une révision des relations sino-tchèques encore timide
Il y a quatre ans, le gouvernement de Petr Fiala avait promis une révision de la politique étrangère tchèque envers la Chine, mais cette démarche semble s’être limitée à des déclarations. Le ministre des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a décrit cette révision comme une approche pragmatique des relations : « La communication fonctionne normalement, par exemple, une réunion du Comité économique mixte à Pékin ou une réunion des ministres des Affaires étrangères a été renouvelée. La liaison aérienne directe Pékin-Prague a été rétablie. Le commerce mutuel a atteint ces dernières années des valeurs historiquement plus élevées. »
Cependant, Pavel Fischer, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, juge cette révision insuffisante. Il estime que le ministre Lipavský n’a pas pris la mesure de sa tâche : « De ce point de vue, la déclaration du gouvernement était très prévoyante. Nous l’avons sollicité à plusieurs reprises, par écrit et publiquement ou lors de négociations à huis clos de notre commission. Il ne nous a jamais soumis aucun document pour discussion. Il a semblé se résigner à son rôle constitutionnel. »
Selon Fischer, le ministre aurait manqué l’occasion de bâtir un consensus solide pour façonner une politique étrangère plus affirmée envers la Chine. Il conclut : « La politique ministérielle qu’il a menée à l’égard de la Chine est une expression de faiblesse. Nous avons raté l’occasion. Et cela ne changera pas, même s’il s’adresse réellement à l’automobiliste Jan Zahradil, qui, en tant que député européen, est devenu célèbre pour son amitié sans réserve. »