Publié le 15 octobre 2025. La mort par torture d’un étudiant sud-coréen au Cambodge a mis en lumière une recrudescence alarmante des enlèvements, souvent liés à des centres d’escroquerie, touchant près de 80 de ses compatriotes toujours portés disparus.
- Près de 80 Sud-Coréens sont portés disparus au Cambodge, potentiellement victimes de centres d’escroquerie.
- Ce chiffre représente une multiplication par quinze par rapport à 2023, signalant une nette augmentation du phénomène.
- La mort par torture d’un étudiant, kidnappé et exploité par un réseau criminel, a choqué l’opinion publique sud-coréenne.
Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a annoncé le 14 octobre que près de 80 Sud-Coréens, probablement attirés par de fausses offres d’emploi dans des centres d’escroquerie, sont actuellement introuvables au Cambodge. Ce bilan fait suite au décès tragique d’un étudiant, victime de sévices infligés par un réseau criminel local. Entre janvier et août de cette année, 330 Sud-Coréens auraient disparu ou auraient été retenus contre leur gré après leur arrivée dans le royaume, selon un responsable du ministère. Les autorités sud-coréennes travaillent à recouper ces données pour éviter les doublons.
Le phénomène a pris une ampleur considérable, le nombre d’enlèvements visant des Sud-Coréens au Cambodge ayant été multiplié par quinze par rapport à l’année précédente, a souligné le député Yoon Hu-duk lors d’une audition parlementaire. Face à cette situation préoccupante, le président sud-coréen Lee Jae Myung a vivement réagi le 14 octobre, qualifiant ces enlèvements de « dommages importants » pour ses concitoyens et exhortant le gouvernement à agir sans délai. « Beaucoup de nos citoyens sont profondément préoccupés par les membres de leur famille, leurs amis et leurs voisins qui ont été détenus au Cambodge », a-t-il déclaré lors d’une réunion du cabinet.
En réponse, une équipe d’intervention conjointe, dirigée par le deuxième vice-ministre des Affaires étrangères, devait être envoyée au Cambodge le 15 octobre. Le gouvernement sud-coréen envisage également de renforcer les conseils aux voyageurs concernant le Cambodge, afin de dissuader de nouvelles victimes potentielles. Le porte-parole présidentiel Kim Nam-joon a confirmé ces mesures.
« Des tortures sévères »
La mort récente d’un étudiant coréen, retrouvé sans vie dans une camionnette le 8 août, a particulièrement marqué les esprits. Selon un communiqué du tribunal cambodgien, l’enquête policière et l’autopsie ont révélé que le jeune homme « est décédé des suites de graves tortures, avec de multiples contusions et blessures sur tout le corps ». Trois ressortissants chinois ont été inculpés de meurtre et de fraude en ligne le 11 août et sont actuellement en détention provisoire. Le ministère cambodgien de l’Intérieur a précisé que l’étudiant était arrivé au Cambodge à la mi-juillet.
La police cambodgienne est toujours à la recherche de deux suspects supplémentaires et collabore avec l’ambassade sud-coréenne pour élargir les investigations. D’après le gouvernement sud-coréen, de nombreuses victimes seraient attirées par des offres d’emploi frauduleuses promettant des rémunérations alléchantes. Une fois captives, elles sont contraintes de participer à des escroqueries en ligne, des fraudes sentimentales ou des « massacres de porcs » (arnaques à l’investissement). Les victimes qui ne répondent pas aux attentes ou refusent d’obéir sont régulièrement battues et torturées.
L’équipe d’intervention conjointe aura également pour mission de rapatrier le corps de l’étudiant et de tenter d’obtenir la libération des Sud-Coréens actuellement détenus par les autorités cambodgiennes pour leur implication présumée dans ces opérations frauduleuses. Le bureau présidentiel a indiqué que « une fois rentrés chez eux, les individus feront l’objet d’une enquête pour participation présumée à des opérations d’escroquerie en ligne et, si les accusations sont fondées, feront l’objet de poursuites judiciaires conformément à la loi ». Amnesty International a déjà alerté sur l’ampleur des abus dans les centres frauduleux cambodgiens, où des groupes criminels organisés se livrent à la traite des êtres humains, au travail forcé, à la torture et à l’esclavage.