Publié le 2025-10-17 19:28:00. La musicienne d’origine torontoise Jessie Reyez, déjà renommée pour sa voix singulière, révèle une facette plus intime de sa créativité à travers la poésie. Elle a compilé une sélection de ses écrits, nés d’interactions avec ses millions d’abonnés sur Instagram, dans un recueil intitulé « The People’s Purge: Words of a Goat Princess Volume II ».
- Jessie Reyez, connue pour ses mélanges de R&B, hip-hop et rythmes latins, a toujours eu la poésie comme « premier amour », une échappatoire à la pression commerciale de l’industrie musicale.
- Son nouveau livre, « The People’s Purge: Words of a Goat Princess Volume II », rassemble des poèmes autrefois éphémères, issus d’invitations lancées à sa communauté sur Instagram.
- L’artiste défend ardemment la pureté de son art, se considérant comme la gardienne de sa propre création face aux impératifs commerciaux.
Avant d’atteindre la célébrité musicale, Jessie Reyez, artiste nominé aux Grammy Awards et lauréat d’un prix Juno, considérait la poésie comme sa passion originelle. Sa musique, souvent décrite comme de la poésie parlée, fusionne habilement R&B, hip-hop et sonorités latines. Cependant, lorsque les exigences de l’industrie musicale et les impératifs commerciaux viennent entraver son élan créatif, Reyez se réfugie dans l’écriture. Elle sollicite régulièrement ses millions de followers sur Instagram pour des suggestions de sujets poétiques, une pratique qu’elle a transformée en une démarche hebdomadaire.
Cette démarche lui permet une libération créative quasi instantanée, qu’elle décrit comme une manière de gratter « une démangeaison au milieu de [sa] cerveau que [elle] ne peut pas atteindre ». Reyez souligne l’importance de préserver l’intégrité de son art : « Lorsque vous avez la chance de trouver un emploi dans la créativité et que vous êtes payé pour votre art, cela peut créer cette version bâtarde de ce que vous faites. Une partie de la pureté est compromise », explique-t-elle. « Vous devez vraiment être le gardien de votre art. »
Les invitations reçues sont variées, allant de thèmes généraux comme « Breadcrumbs » et « Air » à des situations très spécifiques telles que « Vous cogner l’orteil sur la table pendant que vous passiez une bonne journée ». Pour Reyez, ces sollicitations sont illimitées et offrent un véritable « instantané de l’état émotionnel du monde ».
L’année 2025 s’annonce particulièrement intense pour Jessie Reyez, reflet de son flux créatif ininterrompu. Elle est actuellement en tournée pour son dernier album, « Paid in Full Memories », depuis début juin. Parallèlement à sa carrière musicale, elle a débuté une tournée littéraire aux États-Unis ce mois-ci, avant de reprendre la partie internationale de sa tournée musicale en novembre.
Dans une récente entrevue, Jessie Reyez a partagé ses réflexions sur la parution de son nouveau livre, la liberté que lui procure la poésie et les stratégies qu’elle emploie pour protéger son espace créatif.
« L’écriture a toujours été mon premier amour. La poésie a été mon amour avant la musique. J’aime l’idée de la libération. J’adore l’idée de liberté. Pour moi, la liberté est comme chez moi. Même si j’aime créer en tant que musicien, lorsque vous créez une chanson, vous avez les limites de la musique qui l’entoure pour les paroles et pour la mélodie. Il y a juste plus de règles que vous devez respecter. Mais je me sens plus libre lorsque j’écris et je ne suis pas redevable aux barrières des accords de la chanson dans laquelle je suis, ni à la mélodie de la chanson dans laquelle je suis. »
Jessie Reyez
« J’aime leur nature éphémère lorsque je les réalise. Mais comme il s’agit d’une affaire tellement communautaire, il y a eu des gens qui ont commencé à dire : « J’aurais aimé être là pour ça. J’aimerais que nous puissions le garder. » Il m’est devenu plus évident que c’est une affaire d’équipe. Je voulais m’assurer que les gens puissent, vous savez, conserver ce qu’ils ont réalisé en tandem avec moi. »
Jessie Reyez
Au sujet de la sélection des poèmes pour son recueil, Reyez explique avoir développé une grande habileté à l’auto-critique objective. Elle considère qu’une bonne chanson doit pouvoir tenir debout en tant que poème, même sans musique, soulignant ainsi la force intrinsèque des mots.
L’héritage colombien de Jessie Reyez transparaît dans son œuvre, notamment avec un poème entièrement en espagnol. Elle affirme que cette dimension est profondément ancrée en elle, faisant partie intégrante de son identité. Bien que l’espagnol soit sa langue maternelle, sa maîtrise lexicale est plus étendue en anglais, ce qui explique la prédominance de cette langue dans ses créations.
Face à la diversité des invitations – certaines très précises, d’autres plus ouvertes – Reyez apprécie la richesse du processus dans les deux cas. Elle estime que même les prompts les plus spécifiques demandent une exploration intérieure qui révèle des expériences humaines universelles, aussi nuancées soient-elles : « C’est comme une nuance de bleu différente, mais c’est toujours bleu. »
L’artiste avoue avoir souvent recours à l’inversion des thèmes proposés, une technique ludique et déroutante qui l’amène à explorer le sujet sous un angle inattendu. Elle cite l’exemple de l’invitation sur les « gros culs » qu’elle a transformée en une réflexion sur les hésitations relationnelles, illustrant son goût pour le jeu et le défi créatif.
Étant donné qu’elle pratique cet exercice d’écriture poétique environ une fois par semaine, la question d’éventuelles suites à « The People’s Purge » se pose naturellement. Jessie Reyez ne ferme pas la porte à de futures publications, confiant avoir déjà recommencé à écrire après la finalisation du premier volume. Elle reconnaît toutefois l’importance des délais pour canaliser sa créativité et éviter un ouvrage sans fin.