Kirill Serebrennikov, le créateur en exil qui dépeint les fantômes de l’histoire
Le cinéaste et metteur en scène russe, Kirill Serebrennikov, bouscule les scènes parisiennes avec deux œuvres percutantes qui scrutent les travers de l’histoire et les rouages de pouvoir qui les perpétuent. Actuellement à Paris, il présente une vision radicale de notre présent, hanté par les spectres du passé.
Au Théâtre du Châtelet, sa pièce « Hamlet/Fantômes » réinvente le classique shakespearien dans une audacieuse mise en scène multilingue. Huit comédiens se partagent le rôle du prince danois, alternant anglais, français, allemand et russe pour mieux sonder les « fantômes qui hantent notre présent », selon les mots du metteur en scène. Une approche déstructurée qui invite le public à une réflexion profonde sur les échos du passé dans nos vies contemporaines.
Parallèlement, son nouveau film, « La Disparition de Josef Mengele », jette une lumière crue sur la fuite évasive du tristement célèbre médecin nazi vers l’Amérique du Sud. Le long-métrage met en évidence la complaisance et le silence qui ont permis à l’un des plus grands criminels de l’histoire d’échapper à la justice. Une œuvre glaçante qui questionne la responsabilité collective et la capacité de dissimulation des systèmes.
Dans un entretien accordé à Eve Jackson, Kirill Serebrennikov a abordé des thèmes aussi divers que les crânes, les systèmes oppressifs, l’expérience de l’exil et la vocation de l’art. Il a notamment souligné l’importance de l’acte artistique comme force de dialogue et de démolition des barrières, plutôt que comme architecte de nouvelles divisions.