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Les « blessures invisibles » qui hantent les vétérans israéliens de Gaza

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Publié le 2025-10-22 09:10:00. Plusieurs mois après leur retour du front à Gaza, des soldats israéliens témoignent de leur lutte contre les traumatismes psychologiques et la montée des suicides, soulignant l’ampleur des blessures invisibles laissées par la guerre déclenchée par l’attaque du Hamas.

Le capitaine de l’armée israélienne Israël Ben Shitrit, rentré de Gaza début 2024 après avoir été grièvement blessé, confie être toujours hanté par les échos du conflit. « Le cri à l’aide de ce soldat… où que je sois, j’entendrai toujours ce cri », raconte-t-il à l’AFP, faisant référence à un camarade qu’il n’est pas parvenu à sauver. Pour lui, les déclencheurs sont nombreux : « Quand j’entends un hélicoptère, cela me ramène à Khan Younès », précise le militaire, évoquant la ville gazaouie théâtre de combats intenses.

Ce témoignage survient dans un contexte d’inquiétude croissante face à une vague de suicides parmi les soldats souffrant de trouble de stress post-traumatique (SSPT), conséquence de multiples conflits. La guerre actuelle, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, est la plus longue et la plus mobilisatrice depuis la création de l’État d’Israël en 1948.

Un rapport de l’armée israélienne datant de juillet 2025 fait état de 9 000 demandes de reconnaissance de « souffrance psychologique » auprès des services de santé militaires depuis le début des opérations à Gaza. À titre de comparaison, lors du conflit de 2014, qui avait duré moins de deux mois, 159 soldats avaient été reconnus comme souffrant de traumatismes psychologiques.

Tuly Flint, travailleur social clinicien spécialisé dans le SSPT militaire, alerte sur les conséquences étendues de ces traumatismes : « Les gens parlent du taux de suicide, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg », explique-t-il à l’AFP. « Nous observons de la violence, des violences conjugales. Nous constatons des séparations, des divorces. Beaucoup de gens s’effondrent. »

Pour Tom Wasserstein, dont l’organisation œuvre à la création de centres de soutien pour les soldats traumatisés, la question est profondément personnelle. Son frère cadet, Roi, infirmier militaire ayant passé plus de 300 jours en réserve à Gaza, s’est suicidé en juillet à l’âge de 24 ans. Cette tragédie a renforcé sa détermination à aider : « Si un soldat meurt de ses blessures au combat et qu’un autre se suicide à cause de ce qu’il a vécu, cela signifie que tous deux ont été blessés », affirme-t-il. « L’un par balle, l’autre dans la tête… mais c’est toujours une blessure. C’est… une blessure invisible… et elle mérite d’être guérie », ajoute-t-il, soulignant que son frère n’avait jamais abordé ses expériences sur le champ de bataille.

Au 8 mai 2025, l’attaque du 7 octobre avait causé la mort de 1 221 personnes côté israélien, majoritairement des civils. La riposte israélienne dans la bande de Gaza a entraîné, selon le ministère de la Santé local, plus de 68 200 décès, principalement des civils. L’armée israélienne a rapporté la mort de 478 de ses soldats durant la campagne à Gaza depuis fin octobre 2023.

Face au manque de reconnaissance de leurs traumatismes et aux lourdeurs administratives pour accéder aux soins de santé mentale, des soldats souffrant de SSPT manifestent depuis plusieurs semaines devant le parlement israélien. Parmi eux, Michael Katz, un vétéran, affirme que 60 soldats se seraient suicidés ces derniers mois. L’armée israélienne n’a pas fourni de statistiques officielles sur les taux de suicide au sein de ses troupes lorsqu’interrogée par l’AFP.

Des membres du collectif émergent des soldats traumatisés ont été invités à témoigner devant la commission parlementaire de la défense. « Ce n’est pas que nous voulons nous suicider. C’est que nous sommes fatigués de vivre après avoir vu les horreurs de la guerre », a déclaré Yoann Dobensky, l’un d’eux. « Le SSPT doit être reconnu comme une blessure, au même titre qu’une blessure physique. Ce n’est pas moins grave qu’une blessure physique : c’est une blessure de l’âme », insiste le vétéran.

Plus d’un an après sa blessure, le capitaine Shitrit suit toujours des soins médicaux, souffrant non seulement de ses blessures physiques mais aussi du SSPT. « Quand quelqu’un est blessé, cela affecte aussi son entourage : sa famille, ses enfants. Nos enfants voient tout, ressentent tout », conclut-il.

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