Publié le 24 octobre 2025 13:20:00. Une équipe nord-américaine a découvert, sous le glacier du Dôme A en Antarctique de l’Est, une épaisse couche de sédiments anciens. Cette découverte pourrait bouleverser notre compréhension de la préservation des archives climatiques de la Terre.
- Une équipe dirigée par le Centre scientifique et technologique COLDEX de la Fondation Nationale des Sciences (NSF) a identifié une couche de sédiments profonde sous le glacier du Dôme A, en Antarctique de l’Est.
- Cette découverte, publiée dans la revue Geophysical Research Letters, révèle comment les processus à la base du glacier peuvent à la fois préserver et détruire des informations cruciales sur l’histoire climatique de notre planète.
- La présence de cette « unité basale » suggère que ces sédiments ont été transportés sur des dizaines de millions d’années et sont le résultat d’une forte activité géologique et d’une fonte basale prolongée.
L’objectif principal des chercheurs est de retrouver des carottes de glace continues capables de remonter des millions d’années dans le passé climatique de la Terre. Jusqu’à présent, les plus anciennes carottes découvertes atteignent environ 800 000 ans. La nouvelle formation identifiée, surnommée « unité basale », est une couche de glace mêlée à des sédiments fins, située près du « bassin du Pôle Sud ». Elle proviendrait des montagnes sous-glaciaires de Gamburtsev et se serait accumulée sur une période s’étendant sur des dizaines de millions d’années. Selon l’étude, les indices disponibles concordent avec une sédimentation sous-glaciaire due à un flux de chaleur important et à une fonte basale survenue sur 34 millions d’années.
Pour explorer cette région reculée, l’équipe a eu recours à des avions équipés de radars à pénétration de glace. Ces appareils ont permis de mesurer la gravité, le magnétisme et le relief sous l’épaisse couverture de glace. La cartographie a mis en évidence une division nette : d’un côté, une zone caractérisée par une glace épaisse et des sédiments irréguliers ; de l’autre, une région nommée « Elbow Complex », où la couche basale s’amincit et le relief sous-glaciaire est plus lisse. Les relevés, couvrant environ 650 kilomètres, ont révélé que, dans la zone du Dôme A, cette couche basale peut représenter jusqu’à un quart de l’épaisseur totale du glacier, avant de diminuer rapidement vers le centre du bassin.
Les implications de cette découverte pour la science du climat sont considérables. D’une part, elle démontre que la géologie du socle rocheux – la topographie des roches et la présence de sédiments – influence directement la préservation des glaces anciennes, qui sont essentielles pour reconstruire le climat des époques révolues. D’autre part, elle souligne que l’accumulation de sédiments et la fonte basale peuvent détruire ces archives précieuses, rendant difficile l’obtention de carottes de glace très anciennes. Par conséquent, il est crucial de bien comprendre la relation entre le substrat et la dynamique de la glace pour sélectionner avec précision les futurs sites de forage.
Les auteurs suggèrent que « l’unité basale » située en amont du bassin du Pôle Sud pourrait offrir de meilleures conditions de conservation, c’est-à-dire une exposition moindre à la fonte basale. Cette hypothèse sera mise à l’épreuve lors des prochaines campagnes du NSF COLDEX. Ces futures expéditions se concentreront sur des zones telles que les Collines Allan (où des échantillons de glace de plus de cinq millions d’années ont déjà été identifiés) et intégreront leurs découvertes dans des projets européens, comme le forage à Little Dome C.
Cette recherche confirme l’importance d’une analyse géophysique détaillée de la structure interne et de la température de la glace avant d’entreprendre de nouveaux forages. L’hétérogénéité du substrat et l’interaction complexe entre la glace, les sédiments et le flux de chaleur peuvent modifier radicalement les chances de trouver des carottes dont les archives climatiques sont préservées sur des millions d’années. Comme le concluent les chercheurs, « Comprendre comment le flux de chaleur varie à la base de la calotte glaciaire et quelle est la température à cet endroit est essentiel pour trouver des sites où la glace continue la plus ancienne peut être préservée. »