Le prince Andrew pourrait bientôt se retrouver au cœur d’un débat parlementaire sur sa conduite, alors que les Libéraux-démocrates cherchent activement des moyens de soulever la question à la Chambre des communes, malgré le refus actuel du gouvernement d’y consacrer du temps.
Cette initiative intervient alors que le fils de la reine Elizabeth II serait en négociations avancées concernant son logement au Royal Lodge, une propriété de 30 pièces classée Grade II à Windsor. Le bail de ce domaine, qualifié de « fonte » (meaning perpetual), court pourtant jusqu’en 2078. Parallèlement, des voix s’élèvent pour demander la suppression officielle de son titre de duc d’York, une démarche qui nécessiterait une législation et que le prince a lui-même déclaré ne plus vouloir utiliser.
Le gouvernement a jusqu’à présent botté en touche, arguant que la famille royale souhaitait que le Parlement se concentre sur des « questions importantes ». Cependant, une source libérale-démocrate a confié au Guardian que le parti « explorait toutes les options, y compris un débat de l’opposition, pour garantir que le Parlement puisse examiner cette question correctement – depuis la résidence du prince Andrew à Royal Lodge jusqu’à son duché ».
« La première chose dont nous avons besoin est une transparence et une responsabilité adéquates – c’est pourquoi nous avons demandé que la succession de la couronne et le prince Andrew témoignent sous serment au Parlement », a précisé cette même source. Bien que le gouvernement contrôle le calendrier des débats parlementaires, les Libéraux-démocrates espèrent qu’une éventuelle décision du Parlement sera « de pair avec le palais » et conforme aux souhaits du roi. Cette position suggère une volonté de traiter les discussions autour de l’avenir du prince Andrew comme une question de responsabilité publique plutôt que comme un simple scandale personnel, reflétant une préoccupation grandissante à Westminster face au manque de transparence concernant les finances royales et les résidences de grâce et de faveur.
Des personnalités au sein du parti ont même évoqué en privé la nécessité d’appliquer des « normes modernes de contrôle public » à tous les domaines financés par l’État, y compris ceux gérés par la Couronne. Cette intervention des Libéraux-démocrates risque d’accroître la pression sur les ministres et le palais de Buckingham pour clarifier le statut du duc à Royal Lodge. D’autres partis ont souligné que tout débat à la Chambre des communes serait hautement symbolique, marquant une rupture avec des décennies de convention où les députés évitaient de critiquer directement la famille royale.
Il est à noter que les procédures des Communes limitent la capacité des députés à discuter de sujets relatifs à la famille royale. Le guide des règles, connu sous le nom d’Erskine May, stipule : « À moins que la discussion ne soit basée sur une motion de fond, rédigée en termes appropriés, aucune réflexion ne doit être émise dans le débat sur la conduite du souverain, de l’héritier du trône ou d’autres membres de la famille royale. »
Le prince Andrew, âgé de 65 ans, a annoncé la semaine dernière qu’il renonçait à ses titres et honneurs, suite aux retombées persistantes de ses liens avec le défunt financier Jeffrey Epstein, un délinquant sexuel condamné. Les conditions de son occupation du Royal Lodge ont refait surface après des révélations selon lesquelles il aurait versé 1 million de livres sterling (environ 1,1 million d’euros) au domaine de la couronne pour le bail en 2003 et aurait financé les 7,5 millions de livres sterling (environ 8,7 millions d’euros) nécessaires à la rénovation de la propriété. Pourtant, son loyer annuel n’aurait été que d’une somme symbolique, « un grain de poivre », depuis lors.
Cette annonce du prince Andrew survient quelques jours seulement avant la publication posthume des mémoires de Virginia Giuffre, son accusatrice d’agression sexuelle, décédée par suicide en avril à l’âge de 41 ans. Le prince a toujours vigoureusement nié les allégations selon lesquelles il aurait eu des relations sexuelles avec elle à trois reprises alors qu’elle était victime de traite d’Epstein.