Publié le 28.10.2025 à 05:42. À l’approche de la rencontre entre Donald Trump et la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi, Tokyo déploie des trésors de diplomatie, entre gestes symboliques et fermeté sur les tarifs douaniers. L’enjeu : préserver les intérêts japonais face à une administration américaine aux priorités fluctuantes.
- Le Japon mise sur des marques d’attention spécifiques pour le président américain, notamment l’acquisition de camionnettes Ford F-150.
- La visite vise à aplanir les tensions liées aux droits de douane imposés par les États-Unis, malgré une alliance stratégique forte.
- Des signes de dégel sont attendus, à l’image des interactions passées entre Donald Trump et l’ancien Premier ministre Shinzō Abe.
La question qui préoccupe le plus est de savoir si la visite d’État de Donald Trump à Tokyo se soldera par une simple formalité ou par des avancées concrètes. La nouvelle Première ministre, Sanae Takaichi, met tout en œuvre pour obtenir l’aval du président américain et ainsi éviter au Japon des préjudices économiques. L’issue de ces négociations, qui se dérouleront le mardi suivant la date de publication de cet article, reste incertaine, le slogan « L’Amérique d’abord » pouvant entrer en conflit avec les impératifs japonais.
Pour marquer les esprits, le Japon a prévu une mise en scène soignée. Outre le déploiement de 18 000 policiers et un décorum de drapeaux américains, le gouvernement a fait l’acquisition d’une centaine de camionnettes Ford F-150. Ces véhicules, dont la largeur dépasse les deux mètres, sont destinés à impressionner Donald Trump, bien que leur utilité sur les routes étroites des villes japonaises soit sujette à caution. Leur choix suscite d’autant plus de critiques que Ford a quitté le marché japonais en 2016, rendant la maintenance et l’approvisionnement en pièces détachées complexes, nécessitant potentiellement un acheminement par avion depuis les États-Unis.
Ces concessions matérielles visent à améliorer l’humeur du président américain, qui s’est déjà montré réceptif, anticipant à bord d’Air Force One : « C’est bien. Elle a bon goût. C’est un camion vraiment canon ! ». Donald Trump a fréquemment déploré le faible volume d’achat de voitures américaines par le Japon, un sujet qui promet d’être au cœur des discussions, malgré l’importance stratégique mutuelle des deux pays sur les plans militaire, géopolitique et économique.
Les tensions actuelles découlent des droits de douane imposés par l’administration Trump, qui avaient initialement atteint 25 % sur les exportations japonaises. Sous cette pression, Tokyo avait accepté un investissement de 550 milliards de dollars aux États-Unis, dont les modalités de financement et les bénéficiaires restent flous, alors que le Japon aurait lui-même besoin de ces fonds. Cette annonce avait permis à Donald Trump de ramener le taux de douane à 15 %.
La diplomatie japonaise sait également que les gestes symboliques ont leur importance. C’est pourquoi des balles de golf dorées seront offertes en cadeau. La rencontre avec l’empereur Naruhito, prévue dans le cadre de cette visite, devrait également contribuer à détendre l’atmosphère. Les deux dirigeants se connaissent depuis la visite de Donald Trump en 2019, lors de laquelle un banquet d’État avait été organisé en son honneur par le couple impérial.
Il y a six ans, l’ancien Premier ministre Shinzō Abe, décédé en 2022, avait marqué les esprits par son approche plus personnelle, partageant une partie de golf et assistant à un tournoi de sumo avec Donald Trump. Sanae Takaichi entend s’inspirer de ces interactions pour réaffirmer la place du Japon sur la scène mondiale. Elle souhaite « communiquer clairement ce que le Japon veut réaliser », se présentant comme une interlocutrice déterminée.
Au-delà des différends commerciaux, les deux dirigeants partagent des agendas communs, notamment en matière de lutte contre l’immigration clandestine et d’adoption d’une position ferme face à la Chine, ainsi que concernant la souveraineté de Taïwan. Ces convergences pourraient servir de base à une collaboration renforcée, malgré les défis à venir.