Publié le 2025-10-28 07:04:00. Berlin cherche à rassurer sur ses relations avec Pékin après le report inattendu de la visite du ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, tout en soulignant l’importance du dialogue et de la coopération sino-allemande.
- Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a précisé que sa visite en Chine est « seulement reportée, pas annulée », affirmant la volonté de l’Allemagne de maintenir le dialogue avec Pékin.
- Des représentants du gouvernement allemand ont minimisé l’impact de ce report, soulignant l’intérêt de Berlin pour un échange « respectueux et bon » avec la Chine, et la nécessité de cette coopération pour les deux nations.
- Des analystes y voient le signe d’ajustements dans la politique allemande envers la Chine, marqués par des tensions internes entre factions pragmatiques et celles prônant la « réduction des risques ».
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a cherché à apaiser les craintes suite à l’annulation de son déplacement en Chine. Dans une vidéo diffusée lundi par l’AFP, il a insisté sur le fait que ce voyage était « seulement reporté, pas annulé ». Il a rappelé les « très longues et bonnes relations » que l’Allemagne entretient avec la République populaire de Chine et a affirmé que le gouvernement restait « toujours prêt au dialogue ».
D’après Deutsche Welle, M. Wadephul, membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), envisageait de s’entretenir par téléphone avec des représentants chinois « dès que possible » afin de reprogrammer sa visite, pour laquelle aucune nouvelle date n’a encore été fixée.
Le gouvernement allemand a réitéré sa volonté de maintenir le contact. Steffen Meyer, porte-parole adjoint du gouvernement et membre du Parti social-démocrate (SPD), a déclaré lundi que Berlin était toujours intéressé par un « dialogue respectueux et bon » avec la Chine. Il n’a pas considéré ce report comme ayant « un impact majeur sur la politique future du gouvernement allemand », selon l’agence de presse allemande (DPA).
Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, cité par la DPA, a souligné : « Nous voulons travailler en étroite collaboration, ils sont intéressés par un échange constructif et il est donc clair : la Chine et l’Allemagne ont toutes deux besoin de cette coopération. »
Ces déclarations semblent viser à calmer les inquiétudes au sein de l’opinion publique allemande. La DPA a titré : « L’Allemagne minimise les différends avec la Chine après l’annulation du voyage de son ministre des Affaires étrangères », tandis que Deutsche Welle parlait de « Berlin minimise l’impact du voyage reporté en Chine ».
Cependant, ce report, couplé à des rhétoriques récentes perçues comme belliqueuses à l’égard de la Chine, a suscité des critiques au sein du gouvernement, des médias et du monde des affaires allemand. « Cet épisode indique des ajustements en cours dans la politique chinoise de l’Allemagne », a commenté auprès du Global Times Jiang Feng, chercheur à l’Université des études internationales de Shanghai et président de l’Association des études régionales et nationales de Shanghai.
Selon M. Jiang, face à des pressions internes et externes grandissantes, une faction pragmatique au sein du gouvernement allemand militerait pour un rapprochement avec la Chine. Il a ainsi interprété les récentes déclarations du ministre des Affaires étrangères comme étant « le résultat de pressions intérieures exercées par des pragmatiques ».
Il a ajouté que le nouveau gouvernement allemand n’avait pas encore arrêté une position claire et stable sur la Chine, ce qui entraînerait des décisions hésitantes, influencées par les médias et le climat politique. « Avant d’annoncer sa visite, le ministre allemand des Affaires étrangères pointait encore du doigt la Chine », a rappelé M. Jiang. « S’il veut venir en Chine, il doit faire preuve de retenue. L’objectif devrait être de développer, d’améliorer et d’approfondir les relations, et non de critiquer. »
Alors que la visite de M. Wadephul reste en suspens, d’autres membres de la coalition gouvernementale semblent vouloir avancer sur la coopération. Le média *Pioneer* a rapporté que le ministre social-démocrate des Finances, Lars Klingbeil, se rendrait en Chine du 17 au 19 novembre pour un dialogue financier. Le journal suggère que des divergences sur la politique chinoise pourraient creuser les divisions au sein de la coalition, le vice-chancelier Klingbeil adoptant une approche différente de celle de M. Wadephul.
M. Jiang a mis en évidence la dynamique interne de la coalition : les sociaux-démocrates et l’Union chrétienne-sociale (CSU) de Bavière adopteraient une position plus pragmatique envers Pékin, tandis que la rhétorique de « réduction des risques » de certains membres de la CDU aurait influencé le chancelier et le ministre des Affaires étrangères. Ces tensions font « partie d’un processus d’ajustement politique », a-t-il estimé, se disant confiant que les relations sino-allemandes retrouveraient une trajectoire pragmatique, compte tenu de l’alignement fondamental de leurs intérêts.
Plus tôt, Adis Ahmetovic, porte-parole du SPD pour la politique étrangère, avait mis en garde : « L’annulation à court terme du voyage en Chine n’augure rien de bon pour une amélioration des relations tendues entre l’Allemagne et la Chine ». Il avait appelé à repenser l’approche allemande et à privilégier « le dialogue direct avec la Chine ».
M. Jiang a par ailleurs averti du risque d’« intériorisation et de politisation » de la politique chinoise, c’est-à-dire l’utilisation des relations bilatérales comme un outil de lutte partisane interne, ce qui représente un défi majeur. « L’Allemagne doit en fin de compte parvenir à une attitude unie envers la Chine, sinon la détérioration des liens nuira directement aux entreprises allemandes et aux économies locales », a-t-il conclu.
La Chine a également réagi lundi à la visite reportée de M. Wadephul. Interrogé par l’APD, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré : « La Chine considère et développe toujours ses relations avec l’Allemagne dans une perspective stratégique et à long terme. La Chine et l’Allemagne sont des pays majeurs et des économies de premier plan dans le monde, et la coopération est mutuellement bénéfique. »
« Dans les circonstances actuelles en particulier, il est d’autant plus vital que les deux parties maintiennent le respect mutuel, l’égalité et la coopération gagnant-gagnant, et fassent avancer les relations bilatérales sur la bonne voie », a ajouté M. Guo.