Publié le 28 octobre 2025. La Biélorussie s’apprête à accueillir le système de missiles Oreshnik, selon des déclarations officielles, une annonce qui suscite des interrogations quant à sa portée stratégique et militaire, certains experts y voyant une manœuvre de propagande.
- Le système de missiles Oreshnik sera opérationnel en Biélorussie d’ici décembre.
- La Russie avait déjà évoqué la faisabilité de tels déploiements en Biélorussie.
- Des experts militaires doutent de la pertinence stratégique de cette installation et y voient un outil de désinformation.
Natalia Eismont, attachée de presse de la présidence biélorusse, a annoncé le 28 octobre que la Biélorussie se préparait à accueillir le système de missiles Oreshnik. « La mise en place des conditions pour le déploiement de l’Oreshnik en République de Biélorussie touche à sa fin. En décembre de cette année, il sera en état de préparation au combat », a-t-elle précisé, selon l’agence russe TASS. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a commenté cette initiative, affirmant qu’il ne s’agissait aucunement d’une menace d’agression. « Le déploiement du système de missiles à moyenne portée Oreshnik en Biélorussie est une autre question qui inquiète certains politiciens enthousiastes. Il n’est absolument pas question d’agression ici », a-t-il déclaré, cité par la même source.
Cette annonce fait écho à des déclarations antérieures de Vladimir Poutine. En décembre de l’année précédente, le président russe avait signé un accord de défense mutuelle avec Alexandre Loukachenko, affirmant alors que « le déploiement de systèmes comme l’Oreshnik sur le territoire de la République de Biélorussie est réalisable ». Il avait ajouté : « Je pense que cela deviendra possible au cours du second semestre de l’année prochaine, lorsque la production en série de ces systèmes en Russie augmentera et lorsque ces systèmes de missiles entreront en service dans les forces stratégiques russes », selon des propos rapportés par l’agence Reuters.
Cependant, des voix expertes expriment un scepticisme marqué quant à la signification militaire réelle de ce déploiement. Andrzej Kiński, rédacteur en chef du magazine « Armée et technologie », considère que ces annonces relèvent purement de la propagande. « Le déploiement de ces systèmes en Biélorussie n’a pas de sens d’un point de vue militaire, car il les expose à une attaque rapide des pays de l’OTAN. La Russie le sait très bien », a-t-il expliqué lors d’un entretien avec TVN24, relayé par l’agence PAP. Il a également souligné que si le système possède la portée annoncée par la Russie, soit environ 5 500 kilomètres, il pourrait théoriquement être déployé bien au-delà de l’Oural pour atteindre des cibles en Europe. Ce missile serait d’ailleurs capable de transporter des ogives nucléaires, selon des informations du média RBC.
Andriy Kovalenko, chef du Centre de lutte contre la désinformation au Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, a qualifié ce déploiement d’« histoire d’horreur » supplémentaire. « Le déploiement de l’Oreshnik là-bas n’augmente pas la menace contre l’Ukraine ou l’OTAN, ne serait-ce que parce que cela ne fait aucune différence qu’il vole depuis Kapoustine Iar [poligone d’entraînement russe] ou depuis la Biélorussie », a-t-il affirmé le 9 décembre dernier. Selon lui, l’objectif principal de la Russie serait de faire monter les enchères et de « répandre la peur en Occident » afin d’influencer l’opinion publique européenne. Pour plus de contexte, une analyse précédente avait déjà souligné comment l’Oreshnik « nous ramène aux années 1980, l’Europe à nouveau dans l’ombre des missiles à portée intermédiaire ».