Publié le 2025-11-05 11:21:00. Les Vingt-Sept sont parvenus à un accord sur les objectifs climatiques de l’UE jusqu’en 2040, mais avec des concessions notables sur la flexibilité et le recours aux crédits carbone. Ce compromis, âprement négocié, tempère l’ambition affichée initialement et suscite déjà des critiques.
- L’Union européenne maintient un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040 par rapport à 1990, malgré l’opposition de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Pologne.
- Les États membres pourront recourir à des crédits carbone internationaux pour financer des projets hors d’Europe, une mesure controversée.
- Le marché du carbone sera étendu au transport routier et au chauffage des bâtiments avec un an de retard, passant de 2027 à 2028.
Après près de 24 heures de négociations intenses à Bruxelles, les ministres de l’Environnement de l’UE ont finalement trouvé un accord sur les objectifs climatiques pour 2040. L’ambition initiale de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 % par rapport aux niveaux de 1990 a été confirmée, bien que l’Union ait déjà atteint une réduction de 37 % d’ici 2023. Cependant, cet objectif ambitieux a été atteint à la majorité, la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne ayant voté contre.
Pour arracher le consensus, notamment celui de l’Italie, considérée comme l’un des pays les plus réticents, les Vingt-Sept ont accordé une flexibilité bien plus grande que celle proposée par la Commission européenne. Ainsi, les Européens auront la possibilité d’acheter jusqu’à 5 % de crédits carbone auprès de sources internationales. Ces crédits serviront à financer des projets de réduction d’émissions réalisés hors d’Europe, une disposition vivement critiquée par les organisations environnementales. De plus, une marge supplémentaire de 5 % pourra être envisagée lors d’une future révision de la législation climatique. Initialement, la Commission européenne avait proposé en juillet une contribution limitée à 3 % de crédits carbone internationaux de haute qualité à partir de 2036. Cette mesure aurait pu, en théorie, réduire la pression sur les industries européennes, ramenant l’effort requis à 85 %, tout en incitant d’autres pays à réduire leurs émissions en leur nom.
Cet accord politique ouvre également la voie à la mise à jour des plans climatiques de l’UE en prévision de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) qui se tiendra à Belém, au Brésil. Par ailleurs, les 27 ministres ont consenti au report d’un an – de 2027 à 2028 – de l’extension du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments. Cette demande, formulée par la Hongrie et la Pologne, risque toutefois de fragiliser les objectifs climatiques.
Dans ce contexte, les ministres présents aux négociations ont convenu d’un objectif de réduction des émissions pour 2035 compris entre 66,25 % et 72,5 %. L’accord inclut également une clause de révision de la législation climatique tous les deux ans, permettant ainsi d’ajuster les objectifs à atteindre.
« Fixer un objectif climatique ne consiste pas seulement à choisir un chiffre ; c’est une décision politique aux conséquences considérables pour le continent. C’est pourquoi nous travaillons également pour garantir que cet objectif puisse être atteint d’une manière qui préserve la compétitivité, l’équilibre social et la sécurité. »
Lars Aagaard, ministre danois du Climat, cité par Reuters
La réunion extraordinaire des ministres, débutée lundi matin à Bruxelles, s’est prolongée une grande partie de la nuit. L’objectif était de parvenir à un consensus avant la tenue de la COP30, lors de laquelle l’UE souhaitait se présenter avec un accord sur les Contributions Déterminées au Niveau National (CDN) exigées par l’Accord de Paris. Le texte final devra encore être négocié avec le Parlement européen, l’idéal étant de parvenir à un accord définitif avant la fin de l’année.