Publié le 2025-11-08 16:12:00. À l’occasion du centenaire de sa naissance en juin 2026, un nouveau coffret de onze CD célèbre l’héritage du chef d’orchestre Klaus Tennstedt, mettant en lumière des enregistrements inédits réalisés entre 1974 et 1980, principalement consacrés aux œuvres de Mahler, Beethoven, Haydn et Mozart.
- Le coffret réunit des enregistrements live de symphonies de Mahler, incluant la 4ème et la 5ème, ainsi que des « Kindertotenlieder ».
- Des pièces de Mozart, Haydn et Beethoven, parmi lesquelles la « Sinfonia Concertante » de Mozart et la Symphonie « Héroïque » de Beethoven, complètent cette rétrospective.
- Des artistes tels que Brigitte Fassbaender et Gerti Zeumer-Peer figurent aux côtés de l’Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg et de l’Orchestre symphonique du NDR.
Né en 1926 à Mersebourg, Klaus Tennstedt a d’abord embrassé une carrière de violoniste avant qu’un problème à la main gauche ne le pousse vers la direction d’orchestre dans les années 1950. Ses premières expériences sur le podium, notamment à Karl-Marx-Stadt (aujourd’hui Chemnitz) et Schwerin, furent marquées par une approche rebelle et un répertoire lyrique varié, incluant des créations d’œuvres contemporaines en République Démocratique Allemande.
Son désir d’échapper au régime l’a conduit à des tentatives d’évasion audacieuses. Après une première apparition remarquée en tant qu’invité avec l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg en 1968, Tennstedt saisit l’opportunité d’un séjour artistique à Göteborg en 1971 pour quitter définitivement la RDA, laissant derrière lui sa femme Inge. Il s’établit ensuite à l’Opéra de Kiel de 1972 à 1979, une période durant laquelle le New York Times le qualifiait de « chef invité le plus recherché au monde », ouvrant les portes des plus grandes institutions musicales américaines et japonaises.
Sa carrière internationale prit un tournant décisif avec ses débuts au London Symphony Orchestra en 1976. De 1979 à 1983, il fut chef invité principal de l’Orchestre du Minnesota. Une brève période en tant que chef principal de l’Orchestre Symphonique du NDR (1979) fut marquée par des tensions avec certains musiciens, conduisant à un départ prématuré en 1981. Il faudra attendre 1991 pour un retour ponctuel au NDR. Parallèlement, sa relation avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin, initiée en 1977 et saluée par Herbert von Karajan, donnera lieu à 25 concerts mémorables, dont plusieurs enregistrements précieux.
Pour ceux désireux d’approfondir la connaissance de la vie de Tennstedt, souvent décrite comme intense et marquée par des habitudes de vie exigeantes, le livre « Obsédé par la musique » (2023) de Georg Wübbolt offre un éclairage sans concession.
La collaboration la plus significative de Klaus Tennstedt fut sans doute avec le London Philharmonic Orchestra (LPO). Après y avoir occupé les postes de chef invité et chef invité principal, il succéda à Sir Georg Solti en 1983 en tant que directeur musical. Des pauses dues à des problèmes de santé émaillèrent les années 1980, avant qu’il ne mette un terme à sa carrière en 1994. Le chef d’orchestre s’est éteint quatre ans plus tard, emporté par un cancer.
Le cycle Mahler enregistré avec le LPO entre 1977 et 1986, édité par EMI, est reconnu pour son intensité dramatique et son approche émotionnellement déchirée, malgré une qualité sonore des cordes parfois jugée perfectible.
Ce nouveau coffret Hänssler propose des enregistrements live particulièrement marquants : la Symphonie n°4 de Mahler (avec la soprano Eva Csapó) et des extraits des « Wunderhorn Lieder » enregistrés le 4 septembre 1976 avec l’Orchestre Symphonique SWR de Baden-Baden et Fribourg. La Cinquième Symphonie de Mahler, captée le 19 mai 1980 à la Laeiszhalle de Hambourg avec l’Orchestre Symphonique du NDR, et des « Kindertotenlieder » avec Brigitte Fassbaender (enregistrés le 11 novembre 1980 au château de Kiel avec le même orchestre), figurent également au programme. Hänssler avait déjà rendu accessibles la plupart de ces enregistrements dans son « Édition Gustav Mahler » en 2015.
Les grands maîtres viennois sont dignement représentés. On retrouve ainsi la « Sinfonia Concertante » de Mozart, KV 320e (1974), interprétée aux côtés du Trio à cordes Pro Arte et de Dieter Klöcker à la clarinette. La Symphonie n°64 en la majeur de Haydn, « Tempora mutantur », datant de 1976, côtoie la Symphonie n°3 en mi bémol majeur, « Héroïque », de Beethoven (1979), ainsi que l’Ouverture « Coriolan », op. 62.
Une rencontre particulièrement précieuse attend les auditeurs avec deux airs de concert de Mozart : « Ma che vi miro, o stelle – Ah! mi tradisce quel raggio d’amarore », KV 528, et « Non più tutto ascolterò – Misera, oh, cara! », KV 505. La soprano Gerti Zeumer-Peer, qui a célébré son 90ème anniversaire en octobre dernier, y déploie un timbre somptueux, une musicalité ciselée, un legato admirable et une précision vocale saisissante dans ces pièces exigeantes. Ces interprétations constituent un témoignage précieux pour les amateurs de belles voix.
Le style orchestral de Klaus Tennstedt, loin de toute facilité ou recherche de compromis, se caractérisait par une intensité brute et un conflit faustien, toujours maîtrisés par une profonde conscience formelle. Loin de l’image d’une star superficielle, cet homme passionné, marin et titulaire d’une licence de pilote, dégageait une authenticité profonde. Une redécouverte approfondie de son héritage acoustique s’impose, et ce coffret constitue un outil indispensable pour affiner notre jugement sur son œuvre. Une véritable plongée dans une histoire musicale vibrante.