Home International « Fausses » photos et vidéos d’El Fasher… Comment ont-ils trompé des millions de personnes ?

« Fausses » photos et vidéos d’El Fasher… Comment ont-ils trompé des millions de personnes ?

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Publié le 09/11/2025. Des images choquantes, prétendument satellites, montrant des « taches de sang » sur le sol soudanais ont envahi les réseaux sociaux. Une enquête approfondie révèle cependant qu’il s’agit de manipulations complexes, souvent réalisées par intelligence artificielle, soulevant des questions sur les motivations derrière cette désinformation.

  • Des images de « taches de sang » vues de l’espace, largement diffusées, ont été démenties comme étant des fabrications ou de vieilles images, souvent générées par IA.
  • Cette campagne de désinformation intervient dans le contexte de la guerre au Soudan, marquée par des exactions et des massacres de civils depuis avril 2023.
  • Des médias et des influenceurs internationaux ont été dupés, amplifiant la portée de ces fausses informations qui visent à manipuler l’opinion publique.

Alors que le conflit au Soudan, qui a éclaté à la mi-avril 2023, est tristement marqué par des massacres et des violations de droits humains, la guerre de l’information fait rage parallèlement sur les plateformes numériques. Des contenus censés prouver les atrocités commises, parfois véridiques, sont souvent relayés de manière trompeuse et orchestrée.

Volker Peretz, ancien représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Soudan, souligne la violence de la désinformation dans ce conflit : « Cette guerre se déroule à grande échelle sur les plateformes de médias sociaux, où la désinformation se propage sous ses formes les plus brutales. » Il ajoute que les militants, quel que soit leur camp, s’accusent mutuellement, alimentant un discours haineux qui vise également des acteurs externes comme les États-Unis ou l’ONU.

Des chaînes télévisées majeures et des sites d’information renommés sont tombés dans le piège, relayant des images falsifiées. Des influenceurs internationaux ont également partagé ces contenus trompeurs sur des plateformes comme X, Instagram et Facebook, contribuant à influencer l’opinion publique, tant locale qu’internationale.

Gerrit Kurz, chercheur sur les conflits à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, note que la désinformation émanant du Soudan cible principalement l’étranger, en raison des intérêts stratégiques de diverses puissances étrangères dans le pays. Cette analyse renforce l’idée d’une campagne délibérée visant à façonner la perception internationale du conflit.

Les investigations menées par des équipes spécialisées dans la vérification des faits et des images, notamment pour Deutsche Welle, l’Agence France-Presse et la plateforme Eurasia, ont révélé la nature fabriquée ou générée par IA des images clés. Celles qui prétendaient montrer des atrocités commises par les Forces de soutien rapide, y compris les fameuses « taches de sang » vues de l’espace, se sont avérées être de simples flaques d’eau asséchée.

Bien que l’origine exacte de ces manipulations à grande échelle reste floue, un rapport d’Eurasia suggère que l’armée et ses alliés auraient cherché à masquer leur défaite à El Fasher par un écran de tromperie et de désinformation. Mohammed Al-Mukhtar Mohammed, expert en lutte contre la désinformation, confirme que, malgré les violations avérées contre les civils, de nombreux contenus diffusés étaient systématiquement falsifiés dans un but précis de manipulation. Il estime que ces opérations, notamment après la défaite de l’armée à El Fasher, visent à « créer des faits alternatifs en injectant massivement des images et vidéos générées par intelligence artificielle pour attiser la colère ». Les « guerres de propagande » et les réseaux de désinformation seraient ainsi employés pour déformer la réalité, diaboliser les adversaires et redéfinir la nature du conflit, passant d’une guerre interne à une agression extérieure.

Les scènes de l’effondrement d’El Fasher il y a deux semaines, bien que véritablement tragiques, ont été accompagnées par une vaste production de fausses images et vidéos. Ces éléments, destinés à accréditer des atrocités commises par les Forces de soutien rapide, soulèvent des questions sur l’implication de l’armée et de ses alliés dans cette campagne de désinformation. James Wilson, analyste pour la plateforme Eurasia, s’interroge sur le rôle des forces armées dans la diffusion immédiate de ces contenus falsifiés, désormais reconnus comme tels par plusieurs agences de presse européennes.

La prise de contrôle d’El Fasher par les Forces de soutien rapide, après plus de 18 mois de siège, suggère que l’issue était anticipée par le commandement militaire, comme le rapporte Le Monde citant un diplomate occidental : « La tragédie d’El Fasher n’a pas été une surprise. Nous savions depuis longtemps qu’elle pouvait arriver. » Selon les observateurs, la symbolique de la ville et son impact moral sur les troupes expliquent la nécessité pour l’armée d’accompagner sa défaite d’une riposte médiatique proportionnelle au choc subi. Pravin Ondeti, du Horn Institute for Strategic Studies, qualifie la chute d’El Fasher de « défaite militaire, politique et symbolique catastrophique pour les forces armées soudanaises ».

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