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« LES MAÎTRES CHANTEURS DE NUREMBERG » – un savoir-faire inutilement surchargé. Marqueur PremiereOnline

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Stuttgart, le 8 février 2026. La nouvelle production des Maîtres chanteurs de Nuremberg à l’Opéra national de Stuttgart, attendue depuis trente ans, a suscité des réactions contrastées, notamment en raison d’une interprétation qui ose des parallèles avec l’histoire allemande du XXe siècle.

  • La mise en scène d’Elisabeth Stöppler propose une lecture contemporaine de l’œuvre de Wagner, avec des références à l’époque nazie qui ont divisé le public.
  • La direction musicale de Cornelius Meister a été unanimement saluée pour sa puissance et sa finesse.
  • Les débuts de Martin Gantner dans le rôle de Hans Sachs et de Björn Bürger en tant que Beckmesser ont été particulièrement remarqués.

Après trois décennies d’attente, l’Opéra national de Stuttgart a présenté une nouvelle production des Maîtres chanteurs de Nuremberg, seule œuvre scénique de Richard Wagner ancrée dans la culture populaire allemande. La précédente mise en scène, datant d’une époque où la réunification allemande était encore récente, avait été critiquée pour son approche délicate de cette période historique. La nouvelle production, signée Elisabeth Stöppler, ambitionnait de se démarquer de cette interprétation tout en évitant les écueils d’une appropriation abusive de l’œuvre par le régime nazi.

La scénographie de Valentin Kohler situe l’action dans un espace artistique intemporel, dominé par une structure d’escalier et une coque en bois et béton. Les costumes de Gesine Völlm évoquent un passé récent et une palette de couleurs plus vives pour les deux premiers actes, contrastant avec l’ambiance en noir et blanc de l’atelier du cordonnier. La scène de prairie du festival se déroule devant un monument qui rappelle étrangement le bâtiment de conférence du parti national-socialiste à Nuremberg, une allusion assumée par la réalisatrice.

La mise en scène se distingue par son attention aux détails et sa capacité à rendre justice au riche dialogue de l’œuvre. La scène du concours de chant est particulièrement réussie, évitant l’absurde et l’exagération. Des références subtiles parsèment la représentation, comme l’enfant baptisé par un prêtre qui deviendra plus tard veilleur de nuit, une allusion possible à Jean-Baptiste et à Hans an der Pegnitz. Les oiseaux, symboles de la nature, sont également présents, perchés sur les têtes masquées des juges lors du concours.

C’est au troisième acte que la mise en scène prend une tournure plus controversée. Motivée par une relation complexe avec Wagner, Elisabeth Stöppler introduit des références explicites à la Seconde Guerre mondiale, notamment en présentant Stolzing comme un épigone d’Hitler et en le faisant s’envoler dans un panier suspendu. Sachs, célébré comme un roi, apparaît alors comme un populiste dangereux. Tout au long de la représentation, Sachs et Eva restent à la table de l’atelier, où des messages tels que « Commencez » sont projetés sur un écran.

La direction musicale de Cornelius Meister a été unanimement saluée. Le chef d’orchestre a su insuffler à l’œuvre un élan puissant, tout en évitant la lourdeur et l’exagération. L’Orchestre d’État de Stuttgart a brillé par son équilibre et sa précision, notamment dans les passages délicats. Manuel Pujol, responsable des répétitions, a également été salué pour son travail.

Les débuts de Martin Gantner dans le rôle de Hans Sachs ont été particulièrement remarqués. Le baryton a su donner au personnage une complexité et une humanité surprenantes, tout en soulignant ses aspects les plus ambigus. Björn Bürger, en Beckmesser, a également impressionné par sa performance vocale et son interprétation nuancée. Daniel Behle, dans le rôle de Stolzing, a quant à lui été éclipsé par ses partenaires, malgré une prestation vocale solide. Esther Dierkes, en Eva, a apporté une touche de fraîcheur et de lyrisme au rôle.

Parmi les autres interprètes, on peut citer Quand à Kluge, David Steffens, Pawel Konik, Heinz Gohrig, Dominique Grand, Sam Harris, Stéphane Bootz, Torben Jürgens et Franz Hawlata. Michael Nagl a incarné le mystérieux veilleur de nuit avec une stature impressionnante.

Malgré les vives réactions suscitées par certains aspects de la mise en scène, notamment la lecture d’un poème de Paul Celan au début du troisième acte, la représentation a été accueillie avec enthousiasme par le public, qui a récompensé les artistes d’une ovation chaleureuse.

Udo Klébes

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