Les nouvelles mesures prises par le gouvernement israélien en Cisjordanie occupée, qui renforcent le contrôle sur les terres et la planification, sont perçues comme une tentative d’établir une « souveraineté de facto » sur le territoire palestinien, avertissent des responsables et des observateurs internationaux. Ces décisions suscitent de vives inquiétudes quant à l’avenir d’un éventuel État palestinien et pourraient exacerber les tensions dans la région.
Le ministre de l’Énergie, Eli Cohen, a déclaré à la radio militaire israélienne que ces mesures « établissent en réalité un fait sur le terrain selon lequel il n’y aura pas d’État palestinien ». Ses propos font écho aux critiques qui dénoncent une volonté d’annexion du territoire, où vivent environ 3,4 millions de Palestiniens aspirant à un État indépendant.
Annoncées dimanche, ces mesures permettent à Israël d’étendre son autorité en matière d’utilisation des terres et de planification dans les zones administrées par l’Autorité palestinienne. Elles facilitent également l’acquisition de terres par des colons juifs, notamment en levant les restrictions sur la vente de terrains et en transférant un certain contrôle sur des lieux saints sensibles, comme la mosquée Ibrahimi à Hébron (également connue sous le nom de Tombeau des Patriarches). De plus, les registres fonciers seront déclassifiés pour simplifier les acquisitions de propriétés.
L’Autorité palestinienne a fermement condamné ces mesures. Son vice-président, Hussein Al Sheikh, a appelé mardi « toutes les institutions civiles et sécuritaires de l’État de Palestine » à les rejeter, les qualifiant de contraires au droit international et aux accords signés avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Le cabinet du président Mahmoud Abbas a également demandé à toutes les institutions palestiniennes de ne pas s’y conformer.
Huit pays à majorité arabe et musulmane ont exprimé leur « rejet absolu » de ces mesures, les jugeant illégales et prévenant qu’elles « alimenteraient la violence et les conflits dans la région ». Israël s’est engagé par le passé à ne pas annexer la Cisjordanie dans ses accords diplomatiques avec certains de ces pays, et des avertissements récents des Émirats arabes unis ont conduit Israël à suspendre certaines discussions de haut niveau sur la question.
Ces décisions interviennent alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, doit se rendre à Washington cette semaine pour rencontrer le président américain. L’administration Trump avait auparavant déclaré qu’elle ne permettrait pas à Israël d’annexer la Cisjordanie, et le cessez-le-feu négocié entre Israël et le Hamas reconnaissait les aspirations palestiniennes à un État.
Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s’est dit « gravement préoccupé » par ces mesures, soulignant qu’elles « nous éloignent de plus en plus d’une solution à deux États et de la capacité de l’autorité palestinienne et du peuple palestinien à contrôler leur propre destin », a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric.
Par ailleurs, l’organisation de surveillance anti-implantations Peace Now a dénoncé une « violation directe des accords internationaux » et une étape vers l’annexion des zones A et B de la Cisjordanie, où l’Autorité palestinienne exerce une certaine autonomie. Israël légalise de plus en plus les avant-postes de colons, souvent construits sur des terres palestiniennes, et reclassifie des zones comme « parcs nationaux » ou « zones militaires » pour justifier l’expulsion de communautés palestiniennes.
Plus de 700 000 Israéliens vivent actuellement en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, des territoires conquis en 1967 et revendiqués par les Palestiniens pour un futur État. Les Palestiniens ne sont pas autorisés à vendre des terres à titre privé à des Israéliens, tandis que les colons peuvent acquérir des biens immobiliers sur des terres contrôlées par le gouvernement israélien. La communauté internationale considère largement que la construction de colonies israéliennes est illégale et constitue un obstacle à la paix.