Publié le 12 février 2024 07:27:00. Alors que les conflits armés ravagent le continent africain, laissant des millions de victimes et de déplacés, l’absence de représentation permanente de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité de l’ONU est de plus en plus dénoncée. Oxfam appelle les dirigeants africains à exiger une réforme profonde de cet organe mondial.
- Depuis 2016, les conflits en Afrique ont causé la mort de millions de personnes et forcé près de 46 millions de personnes à quitter leur foyer.
- 120 millions de personnes dans 26 pays africains sont confrontées à la faim.
- 80 % des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU au cours de la dernière décennie ont concerné l’Afrique, sans qu’aucun pays africain n’y ait de siège permanent.
Les conséquences des conflits en Afrique sont dramatiques, tant sur le plan humanitaire qu’économique. Selon une nouvelle étude d’Oxfam, le continent paie un lourd tribut, avec un coût annuel estimé à environ 18 milliards de dollars (environ 16,6 milliards d’euros). Ces conflits entravent le développement, perturbent le commerce et détournent des ressources essentielles vers des priorités urgentes.
L’organisation non gouvernementale Oxfam souligne que le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) se concentre de manière disproportionnée sur les crises africaines. L’année dernière, près de 45 % des résolutions adoptées par le CSNU – soit 20 sur 44 – concernaient directement un pays africain ou une situation sur le continent. Sur ces 20 résolutions, 18 autorisaient des sanctions, des opérations de maintien de la paix ou des interventions militaires.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’Afrique n’est pas représentée de manière permanente au sein du Conseil de sécurité, un déséquilibre qui remet en question la légitimité des décisions prises. Fati N’zi-Hassane, directrice d’Oxfam en Afrique, dénonce cette exclusion :
« Bon nombre des conflits les plus meurtriers et les plus prolongés au monde se déroulent en Afrique, et pourtant le continent continue de se voir refuser un siège permanent à la table des négociations, soulignant un déséquilibre de longue date dans la prise de décision mondiale en matière de paix et de sécurité. »
Fati N’zi-Hassane, directrice d’Oxfam en Afrique
Oxfam met en évidence le cas de cinq pays particulièrement touchés par les conflits – la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Nigeria, le Soudan et le Soudan du Sud – qui représentent près des deux tiers de l’insécurité alimentaire aiguë sur le continent. Au Soudan, le conflit qui a éclaté en avril 2023 a déjà fait plus de 150 000 morts et plongé des millions de personnes dans la misère.
Dans son rapport Le siège légitime de l’Afrique : du veto à l’humanité à un ordre multilatéral juste, Oxfam appelle à une réforme multilatérale urgente du Conseil de sécurité, afin de garantir une représentation africaine permanente. L’organisation souligne que les résolutions actuelles sont souvent inefficaces et déconnectées des réalités sur le terrain.
Selon un rapport d’Oxfam publié en 2024, intitulé Veto sur l’humanité, les résolutions du Conseil de sécurité échouent trop souvent à instaurer une paix durable ou à s’attaquer aux causes profondes des conflits, laissant les populations locales subir les conséquences économiques et humaines de crises qu’elles n’ont pas provoquées.
« Alors que les conflits à travers le continent continuent de s’intensifier, les décisions pilotées en grande partie par les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne parviennent pas à atténuer le coût humain pour des millions de personnes. Depuis bien trop longtemps, l’Afrique est confrontée à des défis injustes et disproportionnés découlant du paysage géopolitique actuel et les décisions clés affectant la paix et la sécurité doivent être prises avec une représentation africaine appropriée. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit évoluer pour avoir les bonnes personnes à la table. »
Fati N’zi-Hassane, directrice d’Oxfam en Afrique
À l’occasion du 39e sommet de l’Union africaine (UA), Oxfam exhorte les dirigeants africains à réaffirmer leur position commune, issue du Consensus d’Ezulwini, qui exige une représentation africaine permanente au Conseil de sécurité. Le renforcement de l’unité politique africaine est considéré comme essentiel pour faire avancer cette réforme.