Publié le 14 février 2026. Le nouveau film d’İlker Çatak, Lettres jaunes, explore les conséquences du fascisme grandissant à travers le destin d’une famille d’artistes turcs et allemands, confrontée à la censure et à la répression pour leurs opinions.
- Le film suit Derya et Aziz, un couple d’artistes à Ankara, dont la vie bascule après un incident lors d’une représentation théâtrale et des prises de position politiques.
- Lettres jaunes dépeint une atmosphère de peur et de suspicion où toute forme de critique envers le pouvoir est sévèrement punie.
- La critique souligne un manque de subtilité dans la mise en scène et un développement des personnages jugé unidimensionnel, malgré la puissance du message sous-jacent.
Après le succès de Le salon des professeurs (2023), qui avait été présenté aux Oscars, le réalisateur turco-allemand İlker Çatak revient avec Lettres jaunes, un film à la portée politique plus explicite. L’intrigue se déroule principalement à Ankara et Istanbul, mais inclut également des scènes tournées à Berlin et Hambourg, en Allemagne. Le film met en scène une famille aisée, issue du milieu artistique, qui se retrouve soudainement calomniée par l’État dans un contexte de montée du fascisme.
Derya (Özgü Namal) et Aziz (Tansu Biçer) forment un couple influent à Ankara. Derya est une actrice reconnue, récemment auréolée de succès grâce à son rôle dans la dernière pièce mise en scène par son mari. Aziz, bien que professeur, s’est également distingué par ses productions théâtrales engagées. Ils mènent une vie confortable avec leur fille adolescente, Ezgi (Leyla Smyrna Cabas). Cependant, un incident lors de la première de la pièce, où Derya ne salue pas le gouverneur présent dans la salle, marque le début de leurs ennuis. Le lendemain, Aziz encourage ses étudiants à participer à des manifestations contre le gouvernement. Rapidement, le couple reçoit une nouvelle dévastatrice : la pièce est annulée et Aziz, ainsi que d’autres membres du personnel partageant ses idées, sont licenciés. Pire encore, Aziz est accusé d’un crime passible de quatre ans de prison.
Harcelés par la police, ils sont contraints de déménager à Istanbul, chez la mère d’Aziz. Cette épreuve met à rude épreuve leur unité familiale. Le film explore les difficultés rencontrées par le couple pour préserver leur intégrité et leur mode de vie face à la répression. La pièce, intitulée Lettres jaunes, devient un symbole de leur lutte et de leur résistance, mais sa répétition constante finit par alourdir le récit, selon la critique.
Le film souffre d’une certaine répétitivité dans son ton et dans le développement de ses personnages. Derya et Aziz apparaissent parfois comme des figures caricaturales, et l’insistance sur les répétitions de la pièce à Istanbul donne l’impression d’un sermon moralisateur plutôt que d’une critique artistique subversive. Les enjeux dramatiques semblent également atténués. Aziz risque une peine de prison pour des accusations d’activités terroristes, mais le couple semble désemparé face à cette menace. Le film se concentre davantage sur les détails du quotidien – Aziz fermant son ordinateur portable, la famille s’entassant dans un petit appartement avec la mère d’Aziz – que sur les conséquences réelles de la situation.
Un moment particulièrement maladroit survient avec l’adolescente Ezgi, qui commence à fumer et à s’enfuir chez son petit ami de vingt-trois ans. La confrontation qui s’ensuit au poste de police, après sa disparition pendant deux heures, souligne le décalage entre le message fort du film et sa mise en scène parfois excessive. Derya et Aziz sont confrontés à des choix difficiles, comme Derya qui supprime des publications politiques sur Instagram pour obtenir un rôle dans une série télévisée de qualité douteuse, mais ils ne parviennent jamais à envisager des solutions réalistes à leur situation.
Le personnage de Derya, dont le refus de saluer le gouverneur a déclenché la cascade d’événements, aurait probablement été tout aussi choquée d’être obligée d’apparaître dans une production qu’elle juge indigne. Le film, bien que porteur d’un message important, manque de la finesse et de la subtilité qui avaient caractérisé le travail précédent d’İlker Çatak dans Le salon des professeurs. Avec une durée de 128 minutes, il aurait pu être plus percutant et susciter une plus grande empathie chez le spectateur.
Critique présentée le 13 février 2026 au 76e Festival international du film de Berlin, dans la section Compétition principale.
★★/☆☆☆☆☆