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L’évolution inverse des chiens a commencé sur le front ukrainien

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Publié le 15 février 2024 à 19h38. La guerre en Ukraine provoque des changements rapides et inattendus chez les chiens domestiques errants, les forçant à s’adapter à des conditions de survie extrêmes en un temps record, révèlent des recherches récentes.

  • Une étude scientifique menée sur 763 chiens dans neuf régions d’Ukraine montre une évolution rapide de leurs caractéristiques physiques.
  • Les chiens vivant près du front présentent des traits de plus en plus similaires à ceux d’animaux sauvages, comme des oreilles dressées et une morphologie plus élancée.
  • Ces changements sont interprétés comme une réponse à la pression sélective exercée par la guerre, favorisant les traits qui améliorent la survie.

La guerre en Ukraine, qui dure depuis près de deux ans, a des conséquences imprévues sur la faune locale, et plus particulièrement sur les chiens domestiques abandonnés ou errants. Une étude publiée en décembre dernier dans la revue Evolutionary Applications, et relayée par le New York Times, met en évidence une adaptation accélérée de ces animaux aux conditions de survie difficiles imposées par le conflit.

L’équipe de chercheurs a collecté des données sur 763 chiens provenant de neuf régions d’Ukraine, en collaboration avec des refuges pour animaux, des vétérinaires et des bénévoles. La collecte de données s’est avérée particulièrement délicate dans les zones proches du front, où les combats sont intenses. Ihoris Dykij, zoologiste à l’université Ivan Franko de Lviv et ancien volontaire dans les forces armées ukrainiennes, a joué un rôle crucial dans cette phase de l’étude. Il a notamment travaillé près de Liman, dans la région de Donetsk, puis près de Kharkiv, à la frontière avec la Russie.

« Beaucoup de chiens sans abri vivaient avec nous dans le village de Zarične. Ils étaient terrifiés par les actions militaires, certains d’entre eux souffraient de contusions. La patte d’un petit chien était cassée et n’était pas guérie correctement, il était donc attaché pour toujours. L’autre chien avait perdu un œil dans l’explosion. »

Ihoris Dykij, zoologiste à l’université Ivan Franko de Lviv

Les soldats ukrainiens ont fait de leur mieux pour nourrir, abriter et soigner ces animaux, mais les conditions de vie restaient précaires. L’étude s’est concentrée sur les chiens domestiques, considérés comme des sujets de recherche plus accessibles que les animaux sauvages, car leur observation ne nécessitait pas d’équipement spécifique ni de compétences particulières.

Les résultats de l’étude sont frappants. Les chiens vivant près du front présentent des caractéristiques physiques de plus en plus proches de celles des animaux sauvages, comme les loups, les coyotes ou les dingos. Les chiens au museau court, typiques de certaines races comme les bouledogues français ou les boxers, ont quasiment disparu des zones de combat. De nombreux chiens présentent également un indice de masse corporelle (IMC) plus faible et des oreilles dressées plutôt que tombantes.

Mariia Marciv, zoologiste à l’Université de Lviv et auteure principale de l’article, explique que les animaux présentant des caractéristiques favorisant la survie dans des conditions extrêmes ont plus de chances de prospérer.

« En fait, les chiens présentant des signes d’un phénotype « sauvage » : oreilles dressées, queue droite, robe moins blanche ont en réalité plus de chances de survivre à l’avant. »

Mariia Marciv, zoologiste à l’Université de Lviv

Malgorzata Witek, doctorante à l’Université de Gdansk en Pologne, ajoute que la guerre agit comme un filtre puissant, ne laissant survivre que les individus les mieux adaptés.

Les chercheurs ont également observé une diminution du nombre de chiens âgés, malades ou blessés, ainsi qu’une augmentation des animaux vivant en meute. Ces changements se produisent à une vitesse étonnante, soulignent-ils.

« Ce qui nous a le plus surpris, c’est la rapidité avec laquelle ces changements se sont produits. La guerre dure relativement peu de temps, mais les différences entre les chiens de première ligne et les autres populations sont déjà très claires. »

Malgorzata Witek, doctorante à l’Université de Gdansk

Cependant, les chercheurs précisent que ces changements ne doivent pas être interprétés comme une évolution au sens strict du terme. Il s’agit plutôt d’une sélection naturelle rapide, où seuls les individus présentant des caractéristiques favorables parviennent à survivre. Un chien plus léger, par exemple, est moins susceptible de déclencher une mine antipersonnel, plus facile à dissimuler et moins vulnérable aux éclats d’obus.

Malgré leur adaptation, la plupart des chiens restent dépendants de l’homme pour leur alimentation, complétant leurs repas avec des plantes et une chasse occasionnelle. Dans certains cas, les chercheurs ont même observé des chiens se nourrissant de cadavres de soldats, un comportement rare qui témoigne de la gravité de la situation.

Certains chiens ont été recueillis par l’armée ukrainienne, mais d’autres ont réussi à survivre de manière autonome, marquant un retour à un mode de vie sauvage.

Cette étude, bien que centrée sur les chiens, soulève des questions plus larges sur l’impact de la guerre sur l’ensemble de l’écosystème. Euan Ritchie, écologiste de la faune à l’Université Deakin en Australie, estime que les conséquences observées chez les chiens sont un signal d’alarme pour d’autres espèces moins mobiles et plus vulnérables.

Un refuge pour chiens a récemment été la cible d’une attaque, blessant un employé et détruisant une partie des infrastructures. Cet incident souligne la fragilité de ces lieux d’accueil et la nécessité de protéger les animaux en temps de guerre.

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