Home Divertissement Le roman « Uppercut » de Maja Iskra : avoir grandi à Belgrade dans les années 90

Le roman « Uppercut » de Maja Iskra : avoir grandi à Belgrade dans les années 90

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Publié le 19 février 2026 à 05h33. L’architecte paysagiste et artiste multidisciplinaire Maja Iskra plonge dans les souvenirs douloureux de son enfance à Belgrade dans les années 1990 avec son premier roman, « Uppercut », qu’elle présentera le 24 février au Musée de Vienne.

  • Le roman explore la violence quotidienne et la nécessité de s’affirmer dans une Belgrade en proie à la crise.
  • Maja Iskra souligne l’impact de la période sociopolitique sur le développement précoce des enfants et la formation de leur sens moral.
  • L’auteure déplore la transformation de Belgrade et la perte des espaces publics au profit d’intérêts privés.

« Uppercut » n’est pas une simple chronique de l’enfance, mais une exploration des mécanismes de survie et de la construction identitaire dans un contexte de chaos et d’incertitude. Maja Iskra, née en 1981, y dépeint une jeunesse marquée par le harcèlement, le vol et la violence, où l’amitié se forge dans une intensité presque désespérée. L’œuvre, largement autobiographique selon ses propres dires, offre un regard cru et sans concession sur la réalité vécue par les enfants dans une ville en pleine tourmente.

L’auteure insiste sur la précocité de la maturité imposée par les circonstances.

« En période de crise sociopolitique, les enfants mûrissent très différemment et beaucoup plus vite. Les piliers de l’humanité se forment très tôt lorsqu’il faut prendre soi-même de nombreuses décisions et passer de nombreux petits tests de courage et d’humanité dans la vie quotidienne, ou alors ils ne se forment jamais. »

Maja Iskra, interview à l’APA

Elle observe que cette épreuve révèle rapidement qui incarne les valeurs morales et qui les ignore.

Au-delà de la violence physique, le roman met en lumière la disparition progressive des espaces publics et des pratiques sociales qui les animaient.

« Les rues se sont transformées en lieux de transit et les pratiques sociales dans les espaces publics sont en déclin. »

Maja Iskra

Cette observation, formulée avec la précision d’une architecte paysagiste, témoigne de son engagement envers la revitalisation des espaces urbains et la participation citoyenne, qu’elle met en œuvre à Vienne.

Si Belgrade a considérablement changé, avec une urbanisation guidée par des intérêts économiques plutôt que par les besoins de la population, l’auteure reste profondément attachée à sa ville natale et à l’évolution de la société civile serbe. Les récentes manifestations massives suite à l’effondrement de la verrière de la gare de Novi Sad en novembre 2024, les plus importantes de l’histoire de la Serbie, témoignent d’une prise de conscience et d’une volonté de changement.

« Ce qui m’a le plus impressionné, c’est leur force et leur diversité. Il ne s’agit plus d’un milieu unique. Dans les rues, il n’y a pas seulement des étudiants, mais aussi des initiatives, des familles, des travailleurs, des artistes, des gens d’horizons complètement différents qui ne sont plus prêts à se taire. »

Maja Iskra, interview à l’APA

L’écriture de « Uppercut » est le fruit d’un long processus. Maja Iskra, qui a commencé à écrire dès l’âge de neuf ans sur la machine à écrire de son père, a mis plusieurs années à donner forme à ce récit. Le livre, initialement publié en serbe sous le titre « Aperkat » en 2023 par une maison d’édition de Belgrade, a été traduit en allemand par Mascha Dabić et Maja Iskra elle-même, et publié par Zsolnay Verlag. La publication en allemand est une reconnaissance importante pour l’auteure, qui a insisté pour que la traduction capture fidèlement l’atmosphère brute et authentique de son œuvre.

Le roman aborde également la question de la violence à travers le récit de l’amie de la narratrice, Faris, qui se souvient de la guerre en Bosnie.

« Ce qui se serait terminé autrefois par une malédiction ou peut-être par un coup de poing s’est soudainement soldé par des balles. »

La violence est présentée comme un élément omniprésent de la vie quotidienne, mais la guerre prend une dimension plus tragique à travers les souvenirs de Faris.

Maja Iskra se défend de tout jugement moral et refuse les simplifications.

« Je me défends contre les récits monochromes. »

Elle exprime sa fierté pour la Yougoslavie antifasciste et anti-impérialiste de son enfance, tout en reconnaissant que les événements qui ont suivi lui sont étrangers.

Le roman se termine sur une note amère, avec la maladie et la mort du père de la narratrice, et le diagnostic de tuberculose de la narratrice elle-même. La question de la transmission de la maladie, potentiellement par son père, ajoute une couche de complexité à leur relation déjà tumultueuse.

Maja Iskra travaille déjà sur son prochain roman, qu’elle écrit simultanément en allemand et en serbe. Elle garde le silence sur le sujet, mais envisage de soumettre un extrait au 50e Prix Ingeborg Bachmann, dont la date limite de soumission est le 21 février.

(Entretien réalisé par Wolfgang Huber-Lang/APA)

(SERVICE – Maja Iskra : « Uppercut », traduction allemande de Mascha Dabić et Maja Iskra, Zsolnay Verlag, 156 pages, 23,70 euros, présentation du livre le 24 février à 18h30 au Musée de Vienne, animation : Wolfgang Popp)

(Source : APA)

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