Publié le 2026-02-19 01:39:00. Un alpiniste autrichien est jugé pour la mort de sa compagne survenue en janvier 2025 lors d’une ascension du Grossglockner, la plus haute montagne d’Autriche. L’affaire soulève des questions sur la responsabilité des grimpeurs expérimentés envers leurs partenaires moins aguerris.
- Thomas P., 37 ans, est accusé de ne pas avoir suffisamment protégé Kerstin G., 33 ans, après qu’elle a été épuisée à quelques dizaines de mètres du sommet.
- Les secours ont été alertés tardivement, et Kerstin est décédée d’hypothermie dans la nuit.
- Le procès, qui débutera jeudi, pourrait établir un précédent en matière de responsabilité en alpinisme.
Le drame s’est déroulé le 18 janvier 2025 sur le Grossglockner (3 798 mètres). Thomas P. et Kerstin G., sa petite amie, avaient entamé leur ascension vers 6h40 du matin. Si Thomas était un alpiniste expérimenté, ayant déjà gravi cette montagne à plusieurs reprises, Kerstin débutait tout juste dans ce sport, ayant commencé à grimper pendant la pandémie de coronavirus.
Initialement, le couple avait prévu d’emprunter l’arête sud, mais des difficultés physiques et techniques les ont contraints à modifier leur itinéraire. Après plus de 17 heures d’efforts, les conditions météorologiques se sont dégradées, la température chutant à -8 degrés Celsius, avec une sensation de froid estimée à -20 degrés Celsius, aggravée par de fortes rafales de vent. À quelques mètres seulement du sommet, Kerstin a succombé à l’épuisement.
Signaux d’aide
Les circonstances exactes de ce qui s’est passé ensuite restent floues. Selon le procureur, Thomas P. n’a pas alerté les secours et n’a pas réagi lorsqu’un hélicoptère a survolé la zone. La police de montagne aurait tenté de le contacter à plusieurs reprises, en vain, l’homme ayant apparemment mis son téléphone en mode silencieux.
Thomas a finalement quitté Kerstin, l’abandonnant seule sur la montagne, pour aller chercher de l’aide vers 2 heures du matin. Il n’a alerté les secours qu’à 3h30 du matin, mais l’intervention est arrivée trop tard. Kerstin est décédée dans la nuit. Le parquet reproche à Thomas P. de ne pas avoir installé Kerstin dans un abri et de ne pas l’avoir protégée du froid avec son sac de bivouac ou une couverture de survie.
L’affaire a suscité de vives réactions dans le milieu de l’alpinisme, soulevant des interrogations sur la responsabilité de Thomas P. envers sa compagne. Était-il le guide de cette ascension ? Avait-il pris les bonnes décisions concernant l’itinéraire, la météo et les dangers potentiels ? Avait-il le pouvoir d’annuler l’ascension ?
L’avocat de Thomas P., Kurt Jelinek, affirme que son client plaide non coupable. « Tous deux se considéraient comme suffisamment expérimentés, suffisamment préparés et bien équipés », a-t-il déclaré. Il souligne que le couple avait une « expérience alpine pertinente » et était en « très bonne condition physique ». Selon l’avocat, Kerstin se sentait capable de continuer jusqu’au moment où il est devenu trop tard pour faire demi-tour.
« Je ne veux pas blâmer le petit ami de ma fille pour ça. »
Mère de Kerstin G. dans ‘Die Zeit’
Cependant, la situation a basculé rapidement, selon l’avocat. Thomas a été « très surpris » de voir Kerstin montrer des signes d’épuisement croissants, alors qu’il était déjà trop tard pour redescendre. Il exprime sa « profonde tristesse » face au décès de Kerstin et présente ses sincères condoléances à sa famille.
Un concours de circonstances ?
La mère de Kerstin estime également que Thomas P. n’est pas seul responsable de la tragédie. Elle considère que la mort de sa fille est le résultat d’un concours de circonstances malheureuses. « Si Kerstin n’était pas d’accord, ils n’auraient pas fait l’ascension. Ou son petit ami y serait allé seul. Il ne peut donc pas être tenu responsable en tant que guide », a-t-elle déclaré au magazine allemand Die Zeit.
Le procès débutera jeudi et devrait réunir quinze témoins, dont des membres des services de secours et des experts. Si Thomas P. est reconnu coupable, il risque une peine de prison allant jusqu’à trois ans. L’issue de cette affaire pourrait avoir des conséquences importantes sur la pratique de l’alpinisme, en redéfinissant les responsabilités des grimpeurs envers leurs partenaires.