Publié le 20 février 2026. Un alpiniste autrichien a été condamné à une peine de prison avec sursis et à une amende pour avoir laissé sa compagne mourir de froid sur le Grossglockner, la plus haute montagne d’Autriche, en janvier de l’année dernière.
Thomas P., 37 ans, a été reconnu coupable d’homicide involontaire par le tribunal d’Innsbruck. Il a écopé de cinq mois de prison avec sursis et d’une amende de 9 400 euros. L’homme a laissé sa petite amie, Kerstin G., 33 ans, épuisée par le froid et le vent, sur le flanc du Grossglockner, alors qu’il était parti chercher de l’aide.
Les secours, alertés trop tardivement, n’ont pu que constater le décès de la jeune femme, décédée d’hypothermie dans des conditions climatiques extrêmes : moins huit degrés Celsius et des rafales de vent dépassant les 70 kilomètres par heure. L’audience, qui a duré quatorze heures, a révélé des circonstances troublantes quant à la préparation et au déroulement de l’ascension.
Selon ses propres déclarations, Thomas P. a justifié son abandon de sa compagne par un « stress exceptionnel ». Il n’a pas non plus informé les services de secours de la gravité de l’état de Kerstin G. lors d’un appel téléphonique, retardant ainsi l’intervention. De plus, il a mis son téléphone en mode avion pour éviter qu’il ne se décharge, rendant toute communication ultérieure impossible. La police avait tenté de le joindre par téléphone et via WhatsApp sans succès.
La défense a plaidé pour un « accident malheureux » et a demandé l’acquittement, tandis que l’accusation a souligné le rôle de Thomas P. en tant qu’alpiniste expérimenté et donc responsable de la sécurité du groupe. Selon le principe juridique autrichien du « Führungspflicht » (devoir de direction), la personne la plus expérimentée d’un groupe en montagne est responsable de la sécurité des autres membres, notamment en vérifiant leur équipement et en évitant les prises de risques inutiles.
« Je suis terriblement désolé, je l’aimais »,
Thomas P., selon le journal Kronen Zeitung
Le témoignage d’une ancienne petite amie de Thomas P., également alpiniste, a corroboré l’idée qu’il avait l’habitude de prendre les décisions et de mener les ascensions. Elle a raconté une expérience où elle avait dû « crier et pleurer » car la montée était trop difficile pour elle, mais qu’il avait continué à avancer sans se soucier de son état.
Un expert en alpinisme a souligné que Kerstin G. avait un niveau d’expérience et un équipement inférieurs à ceux de Thomas P. Elle avait déjà pratiqué l’alpinisme, mais sur des itinéraires moins exigeants et en dehors de la saison hivernale. Elle portait notamment des crampons fixés sur des bottes de snowboard souples, ce qui la fatiguait plus rapidement.
L’expert a également critiqué l’heure prévue pour atteindre le sommet – 21 heures – la jugeant « totalement inappropriée » en raison de l’obscurité et du froid croissants. Le couple avait emporté des bonbons en forme d’oursons comme seule provision, un détail qui a suscité l’incompréhension dans la salle d’audience, selon le Kronen Zeitung.
L’analyse des montres connectées et des téléphones des deux alpinistes a révélé un ralentissement progressif de leur progression, avec des périodes où ils mettaient six heures pour gagner seulement 91 mètres d’altitude. Le juge, lui-même secouriste en montagne, a estimé que Thomas P. aurait dû faire demi-tour bien plus tôt.
« Si vous aviez agi différemment, je suis convaincu que votre partenaire aurait survécu. »
Le juge d’Innsbruck