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Why the World Cup Can Feel Like War

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Le football, bien plus qu’un simple sport, peut parfois réveiller des passions nationalistes profondes, voire des rancœurs historiques. De l’Europe à l’Amérique latine, les compétitions internationales sont souvent le théâtre d’exaltations patriotiques qui rappellent, pour certains, les tensions d’une époque révolue.

Simon Kuper, né en Ouganda de parents juifs sud-africains, élevé aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, et désormais citoyen français, est un observateur attentif de ces phénomènes. Il est, comme Arthur Koestler, un « cosmopolite déraciné », une expression que Staline aurait pu lui appliquer. Pourtant, Kuper reste un fervent supporter de l’équipe nationale néerlandaise, dont il admire le style de jeu offensif.

Il se souvient de la défaite de son équipe en 1974 face à l’Allemagne, mais estime que les Néerlandais n’y ont pas trop mal pris, considérant leur jeu spectaculaire comme une victoire morale. Cette perception est toutefois nuancée : « En réalité, la défaite face aux Allemands a été vécue comme une résurgence de la Seconde Guerre mondiale », souligne l’auteur.

À l’époque, l’entraîneur néerlandais Rinus Michels affirmait que « le football est une sorte de guerre ». Une hyperbole, certes, mais qui témoigne de la capacité du football à exacerber des instincts tribaux primitifs : drapeaux, maquillages, chants belliqueux, provocations envers les adversaires… autant d’éléments qui créent un esprit collectif parfois violent.

Cette dimension quasi-religieuse du football est frappante. L’auteur relate avoir vu, après une grande victoire internationale, des supporters se mettre à genoux sur le drapeau de leur équipe, bras tendus, la tête frappant le sol, dans une attitude d’adoration fanatique.

Si le baseball et le football américain suscitent également des passions intenses, c’est le football qui a parfois conduit à de véritables conflits armés. L’exemple le plus frappant est celui de la « Guerre du Football » de 1969, qui opposa le Salvador et le Honduras. Des tensions préexistantes, liées aux questions territoriales, furent exacerbées par un match de qualification pour la Coupe du Monde, remporté par le Salvador, précipitant les deux nations dans la guerre.

Aux États-Unis, un parallèle peut être établi avec le match revanche entre Joe Louis et Max Schmeling en 1938. Ce combat fut instrumentalisé par les nazis comme une tentative de prouver la supériorité raciale « aryenne ». Louis, surnommé « le Brown Bomber », avait perdu le premier affrontement en 1936, mais il battit Schmeling en un seul round deux ans plus tard. « Je savais que je devais vaincre Schmeling », écrivit Louis plus tard. « J’avais mes propres raisons personnelles, et tout le pays en dépendait. » (Schmeling, bien que considéré comme un espoir par les nazis, n’était pas un homme mauvais. Il refusa d’adhérer au parti nazi et devint ami avec Louis.)

Cependant, les Américains n’ont pas de souvenirs d’invasions étrangères qu’ils pourraient projeter sur des compétitions sportives. Pour comprendre l’ampleur des ressentiments en jeu, il faut se souvenir du match de hockey sur glace à Stockholm entre la Tchécoslovaquie et l’Union soviétique en mars 1969, sept mois après l’écrasement du Printemps de Prague par les chars soviétiques. Les joueurs tchécoslovaques refusèrent de serrer la main à leurs adversaires. Leur victoire déclencha des célébrations tumultueuses à Prague, une douce vengeance.

Il existe une autre différence notable. Aux États-Unis, le patriotisme affiché, le soutien aux vétérans et le brandissement du drapeau sont généralement considérés comme légitimes, voire louables. En Europe, en revanche, le chauvinisme qui a alimenté deux guerres mondiales dévastatrices a rendu ces démonstrations largement taboues après la défaite d’Hitler. Seuls les Britanniques, à l’abri de l’occupation allemande, pouvaient encore se permettre un certain faste militaire. Ailleurs en Europe occidentale, la fierté martiale et le patriotisme ostentatoire étaient des rappels désagréables d’un passé sombre.

L’unification européenne visait principalement à mettre fin à cela, en privilégiant la paix et la prospérité. Cette volonté fut particulièrement forte en République fédérale d’Allemagne. Pourtant, le nationalisme footballistique ne put être totalement réprimé, même là. Kuper évoque « le miracle de Berne », lorsque l’équipe d’Allemagne de l’Ouest battit la formidable équipe hongroise en finale de la Coupe du Monde 1954 en Suisse. La défaite de la guerre put être oubliée, l’espace d’un instant, grâce à cette victoire sur le terrain. Le sentiment populaire s’exprima alors par la phrase : « Wir sind wieder wer ! » – « Nous sommes redevenus quelqu’un ! ». Peco Bauwens, le président de la Fédération allemande de football, célébra la victoire dans une brasserie munichoise, louant les joueurs allemands pour avoir montré ce qu’un « Allemand sain, fidèle à son pays » pouvait accomplir, et allant jusqu’à faire l’éloge du « principe du Führer ».

Selon Kuper, Bauwens, dans son emportement, avait « compris une nouvelle vérité : après 1945, le football avait commencé à remplacer la guerre en Europe comme source de fierté nationale ». Ce qui était proscrit dans d’autres lieux publics trouvait une expression dans les stades de football, où les rancœurs historiques pouvaient être vengées et le nationalisme célébré, parfois dans un esprit carnavalesque – supporters néerlandais en orange portant des modèles de fromages jaunes, supporters français brandissant des coqs vivants, Écossais en kilt, Anglais déguisés en chevaliers de la table ronde – et parfois de manière plus brutale.

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