La Cour suprême du Brésil a entamé le procès de personnalités politiques accusées d’avoir commandité l’assassinat de la conseillère municipale de Rio de Janeiro, Marielle Franco, un crime qui révèle les liens étroits entre la politique et le crime organisé dans la ville. L’affaire, qui remonte à 2018, met en lumière les enjeux de pouvoir et de corruption au cœur des favelas de Rio.
L’ancien député fédéral Chiquinho Brazão et son frère Domingos, ancien député de l’État, sont jugés pour avoir ordonné l’assassinat de Marielle Franco, 38 ans, abattue avec son chauffeur, Anderson Gomes, dans le centre de Rio de Janeiro. Les deux exécutants, d’anciens policiers militaires, ont été condamnés à de lourdes peines de prison en 2024.
Selon l’accusation, la motivation du crime réside dans l’opposition de Marielle Franco à des projets visant à « légaliser » des terres illégalement saisies par les milices qui contrôlent de vastes portions de la ville. Ces milices, composées d’anciens policiers et agents de sécurité, se sont transformées en puissantes organisations criminelles, exerçant un contrôle sur les communautés, pratiquant l’extorsion et bénéficiant d’un soutien politique de haut niveau.
Anielle Franco, sœur de la victime et actuelle ministre brésilienne de l’égalité raciale, était présente au tribunal lors de l’ouverture du procès. Elle a déclaré : « Il est inacceptable qu’un parlementaire soit assassiné », ajoutant que les responsables de ce crime devaient être punis.
Monica Benicio, la veuve de Marielle Franco, a souligné dans le journal O Globo que « l’écosystème criminel qui a tué Marielle continue de fonctionner et d’étendre ses tentacules ». L’enquête a également mis en cause Rivaldo Barbosa, un ancien commissaire de police accusé d’avoir œuvré à garantir l’impunité des commanditaires du meurtre.
Les frères Brazão nient toute implication et contestent l’accord de plaidoyer conclu avec Ronnie Lessa, un ancien officier de la police militaire qui a avoué son rôle dans l’assassinat. Lessa a affirmé avoir été « aveuglé » et « rendu fou » par la perspective d’une récompense d’un million de dollars pour le meurtre.
Le procès est présidé par le juge Alexandre de Moraes, connu pour avoir supervisé la condamnation de l’ancien président Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État en 2022. Le juge a précisé que la thèse de l’accusation ne reposait pas uniquement sur la coopération de Lessa, mais également sur « divers éléments de preuve, dépositions et documents » étayant ses aveux.