Des analyses génétiques récentes révèlent un schéma de reproduction étonnamment asymétrique entre les Néandertaliens et les premiers Homo sapiens : les rencontres amoureuses étaient principalement initiées par les hommes néandertaliens et les femmes humaines modernes. Cette découverte, qui éclaire un mystère persistant de l’évolution humaine, pourrait expliquer pourquoi l’empreinte génétique néandertalienne est si faible sur le chromosome X.
Les Néandertaliens et les humains modernes ont partagé un ancêtre commun il y a environ 600 000 ans. Après s’être séparés, les humains modernes ont évolué en Afrique tandis que les Néandertaliens se sont adaptés à l’Eurasie. Leurs chemins se sont de nouveau croisés lorsque les humains modernes ont migré hors d’Afrique, il y a environ 60 000 ans, rencontrant les Néandertaliens à travers l’Europe et l’Asie. Ces rencontres ont donné lieu à des croisements, laissant une trace génétique néandertalienne dans l’ADN des populations non africaines actuelles – environ 2 % de leur génome.
Cependant, cette héritage n’est pas réparti uniformément dans le génome humain. Les scientifiques ont identifié une zone, surnommée le « désert néandertalien », où les séquences d’ADN néandertalien sont rares ou absentes. Ce désert est particulièrement marqué sur le chromosome X, qui détermine le sexe.
Deux hypothèses ont été avancées pour expliquer cette anomalie. La première suggérait que les gènes néandertaliens présents sur le chromosome X étaient défavorables aux humains modernes et ont donc été éliminés par la sélection naturelle. Cependant, cette théorie a été remise en question par la découverte que le chromosome X néandertalien contenait en réalité des gènes similaires à ceux des humains modernes.
Une autre explication, privilégiée par une nouvelle étude de l’Université de Pennsylvanie publiée dans la revue Science, est que les croisements étaient biaisés. Les chercheurs ont analysé les schémas de mouvement de l’ADN humain moderne dans la population néandertalienne et l’ont comparé aux génomes d’Africains, qui n’ont pas eu de contact historique avec les Néandertaliens. Ils ont constaté que le chromosome X néandertalien contenait 62 %, soit 1,62 fois plus, d’ADN humain moderne que les autres chromosomes.
« Cela suggère que les croisements se sont principalement produits entre des hommes néandertaliens et des femmes humaines modernes », expliquent les chercheurs. Selon leurs modèles mathématiques, ce biais dans les accouplements peut expliquer le « désert néandertalien » observé aujourd’hui. En effet, si un homme néandertalien s’accouple avec une femme humaine moderne, seule leur fille héritera du chromosome X néandertalien, réduisant ainsi la transmission de cet ADN à la génération suivante.
Les raisons de ce biais dans les accouplements restent à déterminer. José Iravedra Saines, de l’Université Complutense de Madrid, suggère que le nombre limité de femmes dans les populations néandertaliennes tardives pourrait avoir conduit à une plus grande mobilité et donc à davantage de contacts avec les femmes Homo sapiens. D’autres hypothèses évoquent des dynamiques sociales liées à la mobilité, à la structure des groupes ou à des déséquilibres démographiques.
Des recherches futures tenteront de mieux comprendre les facteurs qui ont influencé ces interactions entre les deux espèces.