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Comment les Métamorphoses d’Ovide sont représentées au Rijksmuseum

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Publié le 6 février 2026. L’exposition « Métamorphoses » au Rijksmuseum d’Amsterdam explore la fascination des artistes à travers les siècles pour le récit d’Ovide, révélant comment les thèmes de la transformation et de la mythologie continuent d’inspirer la création contemporaine, tout en soulevant des questions sur la représentation de la violence et de la beauté.

Le poète romain Ovide posait déjà la question, il y a deux mille ans : comment imaginer un paon, un aigle ou une colombe naissant d’un œuf sans en connaître l’origine ? Cette interrogation sur la métamorphose, au cœur de son œuvre éponyme, résonne aujourd’hui à travers l’exposition « Métamorphoses » présentée au Rijksmuseum d’Amsterdam, une plongée dans l’imaginaire des artistes confrontés à la transmutation des formes.

L’exposition, dernière curation de l’expert en sculpture Frits Scholten, met en lumière l’influence durable du texte d’Ovide sur des siècles de création artistique. Des sculpteurs antiques aux photographes contemporains, tous ont été captivés par ces mythes de transformation, de la création de la Terre aux récits de dieux et de mortels. Karel van Mander qualifiait déjà, au début du XVIIe siècle, le Métamorphoses d’Ovide de « Bible pour les artistes », une source d’inspiration rivalisant avec les textes sacrés.

L’exposition présente un éventail impressionnant d’œuvres, de Bernin à Rodin, en passant par Titien et Arcimboldo. On y découvre notamment l’impact de la sculpture, avec des pièces comme l’Hermaphrodite endormi, une œuvre antique complétée par le génie de Bernin, où le marbre semble se métamorphoser en chair et en écorce. L’exposition ne se limite pas à la sculpture, intégrant également des tapisseries, des objets d’art et même des curiosités, comme un morceau de corail rouge sculpté en forme de bois de cerf, témoignant de la fascination pour la nature transformée.

Mais l’exposition ne se contente pas de célébrer la beauté de ces métamorphoses. Elle interroge également les thèmes sombres qui sous-tendent de nombreux mythes d’Ovide, notamment la violence sexuelle. Une analyse révélée par le classiciste Leo Curran en 1978, qui comptait une cinquantaine d’histoires sur les quelque 250 récits d’Ovide, traitant du viol ou de tentatives de viol. Cette prévalence soulève des questions troublantes sur la culture qui a produit ces mythes et sur la manière dont ils ont été interprétés par les artistes à travers les âges.

L’exposition ne manque pas de susciter la réflexion sur la représentation de ces scènes violentes et sur la fascination qu’elles peuvent exercer. Louise Glück, dans son recueil Le triomphe d’Achille, écrivait : « La beauté meurt. C’est la source de la création. » Une phrase qui résonne particulièrement face à ces œuvres, où la beauté et la souffrance sont souvent inextricablement liées.

Les œuvres contemporaines, comme la performance photographique de Ulay, « S’he » (1973-1974), ou les créations de Femmy Otten, offrent une perspective nouvelle sur ces mythes anciens, explorant des approches moins fatalistes et plus conscientes des enjeux contemporains. L’exposition se termine sur une note ambiguë, avec des œuvres qui interrogent la notion même de transformation et de permanence, invitant le spectateur à réfléchir sur sa propre identité et sur sa place dans le monde.

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