Bani Walid, en Libye, a été le théâtre vendredi de funérailles massives pour Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, assassiné mardi dernier. Cet événement souligne les profondes divisions qui continuent de déchirer le pays, plus de 12 ans après la chute du régime Kadhafi.
Des milliers de personnes, fidèles au régime déchu, ont participé aux obsèques dans cette ville située à environ 175 kilomètres au sud de Tripoli. Les participants ont brandi des portraits de l’ancien dirigeant et le drapeau vert de la Libye d’avant le Printemps arabe, scandant des slogans en faveur de Kadhafi et affirmant que « le sang des martyrs ne sera pas versé en vain ».
Saïf al-Islam Kadhafi, 49 ans, a été abattu par un « commando de quatre hommes » dans sa résidence de Zintan, selon son avocat français, Marcel Ceccaldi, qui a fait cette déclaration à l’AFP. Les autorités libyennes ont ouvert une enquête, mais les assaillants restent pour l’instant en fuite.
Autrefois considéré comme l’héritier présumé de son père, Saïf al-Islam Kadhafi avait cultivé une image de modérateur et de réformateur durant les 40 années de règne de Mouammar Kadhafi, sans pour autant occuper de poste officiel. Cependant, cette réputation a été ternie par ses menaces de représailles violentes lors du soulèvement de 2011, où il avait promis des « rivières de sang ».
Arrêté en 2011 sur la base d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité présumés, il avait été condamné à mort par un tribunal de Tripoli, peine qui a ensuite été annulée grâce à une amnistie. En 2021, il avait annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle, mais le scrutin a été indéfiniment reporté.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi intervient dans un contexte de profonde instabilité politique en Libye. Le pays reste divisé entre le gouvernement d’unité nationale, basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et une administration de l’Est soutenue par le général Khalifa Haftar. Abdelhamid Dbeibah a fermement condamné cet assassinat, déclarant : « Les assassinats n’apportent jamais la stabilité… mais approfondissent plutôt la division ». Son ministère de l’Intérieur avait assuré la sécurité des funérailles à Bani Walid, une ville de quelque 100 000 habitants qui commémore chaque année l’anniversaire du coup d’État de 1969 qui a porté Kadhafi au pouvoir.
Saadi Kadhafi, le frère cadet de Saïf al-Islam, a annoncé que son frère serait inhumé « à côté de son frère Khamis Kadhafi », tué lors des combats de 2011.