Alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas offre un répit fragile à Gaza, des milliers de familles palestiniennes regagnent leurs foyers dévastés. Cependant, malgré les signes timides de retour à la normale, les défis humanitaires restent immenses, les agences des Nations Unies intensifiant leurs efforts pour acheminer une aide cruciale dans un environnement toujours périlleux.
Un Exode Prudent au Cœur de la Destruction
Depuis le 10 octobre 2025, date de l’instauration d’un cessez-le-feu, une lente reprise des déplacements s’observe dans la bande de Gaza. Des milliers de familles, poussées par l’espoir de retrouver leurs foyers, se sont engagées sur la route côtière en direction du nord de Gaza, traversant des paysages marqués par une destruction quasi totale des infrastructures. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), ce mouvement a entraîné le déplacement d’environ 13 800 personnes vers la ville de Gaza et le nord, et près de 4 100 vers la région orientale de l’enclave.
Cette reprise des déplacements survient dans un contexte où les abris d’urgence, déjà saturés et épuisés après deux ans de conflit, peinent à répondre aux besoins croissants. L’approche de la saison hivernale ajoute une urgence supplémentaire, poussant les Nations Unies (ONU) et leurs partenaires à accélérer la distribution d’aides spécifiques pour affronter le froid : tentes de fortune, vêtements chauds, kits d’hygiène et couvertures sont devenus des nécessités vitales.
L’Aide Humanitaire, un Défi Logistique et Bureaucratique
L’acheminement de ces secours est cependant entravé par des restrictions d’accès. « Nous avons besoin que des milliers de camions arrivent chaque jour, que tous les passages soient ouverts et que les obstacles bureaucratiques soient levés », a souligné Tom Fletcher, sous-secrétaire général de l’ONU aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence. Il a fermement rappelé que « l’aide ne doit jamais être une monnaie d’échange ».
Malgré ces contraintes, des livraisons ont eu lieu. Entre le 17 et le 19 octobre, plus de 6 455 palettes d’aide humanitaire, composées majoritairement de nourriture (les deux tiers) et de produits d’hygiène et d’eau (un cinquième), ont été déchargées aux points de passage de Kerem Shalom et Kissufim. L’ONU et ses partenaires ont également distribué des colis alimentaires, contenant des produits de première nécessité tels que riz, lentilles, haricots, concentré de tomate et huile de tournesol, à plus de 15 000 familles dans les régions de Deir al-Balah et Khan Younès. Parallèlement, 178 cuisines communautaires ont préparé et distribué plus de 944 000 repas, une augmentation significative par rapport aux semaines précédentes. L’objectif est désormais d’élargir les points de distribution pour faciliter l’accès des familles à la nourriture.
La Santé, un Secteur Critique sous Tension
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réussi à acheminer quatre palettes de fournitures médicales essentielles, incluant des médicaments pour le diabète, les maladies chroniques, les infections, la malnutrition et la gestion de la douleur. Des kits de santé reproductive ont également été distribués à plus de 8 300 personnes dans le sud de Gaza, complétés par 1 500 kits post-partum destinés à l’hôpital Al Awda Nuseirat pour soutenir les services de santé maternelle.
La situation de la santé maternelle et néonatale est particulièrement préoccupante, avec 11 500 femmes enceintes confrontées à des conditions de famine. Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a acheminé, via le passage de Kerem Shalom, des incubateurs et des appareils de surveillance fœtale, mais souligne la nécessité d’un flux d’aide plus important pour les fournitures d’accouchement sans risque et les articles d’hygiène. « Dans la perspective de la reprise, nous devons restaurer les services de santé et de protection des femmes et des filles à Gaza. Cela signifie reconstruire les maternités pour les 130 naissances qui ont lieu chaque jour », a déclaré Andrew Saberton, directeur exécutif adjoint du FNUAP, le 22 octobre.
Un Soutien Financier Bienvenu et un Appel à l’Action
Face à l’ampleur des besoins, la fondation philanthropique australienne Minderoo a annoncé une promesse de don de 10 millions de dollars australiens (AUD) pour les efforts humanitaires à Gaza. Le Dr Andrew Forrest, fondateur de Minderoo, a précisé que cet engagement visait à « répondre d’urgence aux environnements de prise en charge des enfants palestiniens et aux énormes besoins psychosociaux causés par la guerre ». Tom Fletcher a salué cet engagement comme « un vote de confiance dans le travail vital des Nations Unies et de nos partenaires », assurant que l’ONU égalerait cet effort pour fournir dignité et secours aux familles gazaouies.
La Menace Latente des Munitions Non Explosées
Parallèlement à la crise humanitaire, la question de la sécurité reste une préoccupation majeure. La présence de munitions non explosées constitue un danger quotidien pour les civils. Le Service de lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) a identifié plus de 560 restes explosifs de guerre dans les zones désormais accessibles. Luke David Irving, chef de l’UNMAS pour le territoire palestinien occupé, a averti que « l’étendue complète de la contamination à Gaza ne sera pas connue tant qu’une enquête approfondie n’aura pas lieu ».
Au 21 octobre, l’UNMAS avait enregistré 328 décès directement liés au contact avec des munitions explosives, un chiffre qui devrait être bien plus élevé. Ces risques sont susceptibles d’augmenter avec les efforts de redressement et de reconstruction, estimant qu’entre 50 et 60 millions de tonnes de débris pourraient être contaminés. L’UNMAS a déjà dispensé des formations sur les risques à plus de 460 000 personnes et produit plus de 400 000 supports d’information. Un financement supplémentaire de 14 à 15 millions de dollars est jugé nécessaire pour poursuivre ces opérations essentielles au cours des six prochains mois.