Home Divertissement Isabel Coixet inaugure Seminci avec ‘Trois adieux’ : « Il ne faut pas trop s’inquiéter de tant de bêtises. Il y a peu de temps dans la vie » | Cinéma : premières et critiques

Isabel Coixet inaugure Seminci avec ‘Trois adieux’ : « Il ne faut pas trop s’inquiéter de tant de bêtises. Il y a peu de temps dans la vie » | Cinéma : premières et critiques

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Publié le 2025-10-25 05:30:00. À l’occasion de la 70e Seminci, le festival de cinéma de Valladolid ouvre ses portes avec « Trois adieux », le nouveau film d’Isabel Coixet. La réalisatrice, récemment arrivée de New York où elle enseigne, partage son enthousiasme pour le succès du film en Italie et sa démarche artistique singulière.

La réalisatrice catalane Isabel Coixet a fait le déplacement pour la 70e édition du festival de cinéma de Valladolid, qui débute ce vendredi. Son film, « Trois adieux » (« Tre colpi d’addio »), projeté en ouverture, connaît déjà un succès notable en Italie, atteignant la première place du box-office lors de sa deuxième semaine d’exploitation. Forte de ces excellents retours, la cinéaste, arrivée de New York après un vol retardé, s’est montrée touchée par les réactions du public.

« Les miracles existent », a-t-elle plaisanté, avant de confier avoir reçu « des milliers de messages » l’assurant de l’impact émotionnel de son œuvre. Pour Coixet, ce succès confirme le caractère universel de cette histoire, capable de rappeler aux spectateurs l’importance de chaque instant vécu. Le film, qui explore la découverte de la vie face à la fin, a touché une corde sensible, incitant à ne pas s’attarder sur les « bêtises » face à la préciosité du temps.

« Trois adieux » met en scène Alba Rohrwacher dans le rôle de Marta, une professeure d’éducation physique à Rome. La vie de Marta bascule lorsqu’elle apprend qu’elle souffre d’un cancer avancé, le mal se manifestant initialement par des nausées somatiques après la rupture avec son compagnon Antonio, interprété par Elio Germano. Dans ce contexte difficile, Marta pourrait entamer une nouvelle relation avec un ancien camarade de lycée, incarné par l’acteur espagnol Francesco Carril, qui fait ici ses débuts en langue italienne.

Le film s’inspire de deux récits tirés du recueil « Tre ciotole: Riti per un anno di crisi » (Trois bols : rituels pour une année de crise) de l’écrivaine italienne Michela Murgia, disparue en 2023. Coixet a été sollicitée par le producteur Riccardo Tozzi pour adapter cet ouvrage, initialement centré sur la pandémie de Covid-19. La réalisatrice a toutefois choisi d’écarter cette thématique pour se concentrer sur le parcours de Marta, qu’elle décrit comme une « belle histoire d’amour » et avant tout un « portrait de quelqu’un qui découvre, à l’approche de la mort, ce que c’est que d’être en vie ».

Isabel Coixet, qui avait par le passé exprimé une réticence à aborder des thèmes liés à la maladie et à la mort, notamment pour éviter les comparaisons avec son film « Ma vie sans moi », a été séduite par la singularité de ce projet. Elle souligne les différences fondamentales entre les deux œuvres, Marta n’étant pas une femme construisant un héritage, mais découvrant l’héritage qu’elle représente elle-même. La cinéaste insiste sur le désir de renouvellement artistique, déclarant : « Je m’ennuie si je me répète. C’est pourquoi je change de thème à chaque film. »

La réalisatrice a souhaité dépeindre Marta avec une profonde affection, notamment dans sa manière d’interagir avec deux adolescents qu’elle découvre en train de s’automutiler. Loin d’être simplement une personne bienveillante, la confrontation aux tragédies personnelles révèle chez Marta un intérêt insoupçonné pour les autres et une ouverture aux conversations et aux détails « banals » qui composent notre quotidien.

Deux éléments spécifiques du film ont fait l’objet d’une attention particulière de la part de Coixet. La première est la représentation de Rome, loin des clichés touristiques. La réalisatrice a opté pour une vision plus personnelle de la capitale italienne, à travers ses « madones cachées », ses murs écaillés, ses rencontres avec un maître de 83 ans ou encore un clin d’œil au restaurant où Pier Paolo Pasolini dîna pour la dernière fois.

Le second élément est la présence d’un portrait grandeur nature et en carton d’une star de K-pop, récupéré par Marta dans la rue. Cette figure énigmatique fait référence au goût de Michela Murgia pour la musique pop coréenne, un genre musical que Coixet avoue détester. La réalisatrice, connue pour son émission sur Radio 3 où elle ne diffusait que de brefs extraits de ce style musical, confirme avec humour que ce personnage est une métaphore des musiciens « en papier mâché ».

Parallèlement à ses activités cinématographiques, Isabel Coixet enseigne actuellement à l’Université de New York. Son séminaire d’études supérieures, intitulé « Paysages d’intimité », explore la manière dont le cinéma aborde les sphères intimes, la solitude et les relations de couple.

« C’est étrange de vivre à New York aujourd’hui », confie-t-elle, soulignant un fossé grandissant entre le rythme des citoyens et celui des responsables politiques. Elle observe une forme d’autocensure généralisée, une « peur de parler », inédite selon elle, même dans une ville aussi cosmopolite que New York. Cette atmosphère est accentuée par la présence visible des forces de l’ordre, notamment l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).

Dans son quotidien new-yorkais, Coixet suit avec intérêt la campagne de Zohran Mamdani, jeune démocrate progressiste en lice pour la mairie de New York. Elle salue son dynamisme, notamment sur TikTok, tout en s’interrogeant sur la faisabilité de ses promesses de baisse des prix du logement et de la nourriture dans une économie urbaine fortement dépendante de l’immobilier et de la restauration.

La réalisatrice, qui a récemment terminé la série « Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi » prévue pour mars 2026 en France, entretient des liens personnels avec Mamdani. L’actrice Sarita Choudhury, apparue dans « Trois adieux » dans le rôle d’une médecin, fut en effet la baby-sitter de Mamdani dans sa jeunesse. Choudhury s’était fait connaître en 1991 aux côtés de Denzel Washington dans « Masala du Mississippi », réalisé par Mira Nair, la mère de Zohran Mamdani. « Sarita était la baby-sitter de Zohra dans ses premières années de vie ; maintenant nous sommes tous avec lui », conclut Coixet avec une pointe d’humour.

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