Publié le 8 février 2024. La demande croissante de terres rares, combinée aux restrictions d’exportation chinoises, fait grimper les prix de ces minéraux stratégiques à des niveaux inédits, suscitant des inquiétudes au Japon et stimulant la recherche de sources alternatives.
- Les prix du dysprosium et de l’indium ont atteint respectivement 960 dollars le kilogramme (environ 885 €) et 4 000 dollars le kilogramme (environ 3 680 €) sur le marché européen.
- Les aimants fabriqués à partir de dysprosium et d’indium, essentiels pour les véhicules électriques et hybrides, ont enregistré des prix records pendant deux semaines consécutives.
- Le Japon, fortement dépendant de la Chine pour ses approvisionnements en terres rares, intensifie ses efforts pour diversifier ses sources, notamment par l’exploration des fonds marins.
La tension monte sur le marché des terres rares. La demande mondiale, tirée par les secteurs de l’électronique, des énergies nouvelles, de la défense et de l’aérospatiale, ne cesse d’augmenter. Cette pression est exacerbée par les contrôles renforcés à l’exportation imposés par la Chine, principal producteur mondial de ces minéraux essentiels, souvent surnommés les « vitamines de l’industrie moderne » en raison de leurs propriétés uniques.
Selon les données d’Argus, une agence internationale d’évaluation des prix de l’énergie et des matières premières, le dysprosium s’échangeait à 960 dollars le kilogramme sur le marché européen, tandis que l’indium atteignait 4 000 dollars le kilogramme. Ces hausses spectaculaires se traduisent également par des prix records pour les aimants qui utilisent ces éléments, cruciaux pour la fabrication des moteurs des véhicules électriques et hybrides. Le Nikkei a rapporté que les prix de ces aimants ont atteint des sommets historiques pendant deux semaines consécutives depuis 2015.
L’yttrium, un autre élément clé, voit également son prix s’envoler. Au 5 février, il s’échangeait à 425 dollars le kilogramme (environ 390 €), contre 260 dollars (environ 240 €) fin décembre dernier. Cet élément est indispensable à la fabrication de supraconducteurs à haute température, ainsi que dans les équipements médicaux et les diodes électroluminescentes.
Le gallium, un métal essentiel pour les équipements de défense tels que les radars et les systèmes de guidage de missiles, n’est pas épargné. Son prix de transaction, au 5 février, s’élevait à 1 600 dollars le kilogramme (environ 1 475 €), un nouveau record depuis début janvier.
Les entreprises japonaises semblent anticiper une aggravation de la situation. Une source au sein d’une société de commerce, citée par le Nikkei, a déclaré :
« Après que la Chine a récemment renforcé les contrôles sur le Japon, certaines entreprises semblent intensifier leurs préparatifs et bloquer leurs stocks.
Source anonyme, société de commerce
La conjoncture géopolitique actuelle contribue également à la hausse des prix. La croissance des dépenses mondiales en matière de défense stimule la demande, en particulier pour l’yttrium, utilisé dans les industries de la défense et de l’électronique. Maeve Flaherty, journaliste principale chez Argus spécialisée dans les terres rares, souligne que l’offre limitée continue de faire grimper les prix.
Les experts prévoient que cette situation ne va pas s’améliorer de sitôt. Yoshikiyo Shimamine, chercheur principal à l’Institut japonais de recherche économique Dai-ichi Life, estime que
« Les prix des terres rares resteront probablement volatils à des niveaux élevés à court terme. »
Yoshikiyo Shimamine, chercheur principal, Institut Dai-ichi Life
Les 17 éléments regroupés sous le terme de « terres rares » sont indispensables à de nombreuses industries de pointe. La Chine domine largement la production mondiale. Le Japon, quant à lui, dépend à plus de 70 % de la Chine pour son approvisionnement en terres rares. L’annonce récente par Pékin d’une interdiction d’exportation vers le Japon d’articles à double usage, susceptibles d’être utilisés à des fins militaires, a accru les inquiétudes de Tokyo.
Face à cette dépendance, le Japon explore activement des alternatives. L’Agence japonaise de recherche et de développement marins a annoncé le 2 février avoir extrait du limon contenant des terres rares d’un fond marin situé à environ 5 600 mètres de profondeur, au large de Minamitorishima. Cette initiative est perçue comme une tentative de réduire la dépendance du pays vis-à-vis de la Chine, mais l’industrialisation et la production à grande échelle de terres rares provenant de cette source restent un défi de taille.