Publié le 2025-10-04 11:30:00. Des millions de jeunes filles à travers le monde sont mariées avant leur majorité, une réalité souvent dictée par la pauvreté et le manque d’opportunités. Trois d’entre elles, originaires du Bangladesh, de Zambie et d’Équateur, témoignent des défis et des illusions qui ont mené à leur union précoce.
- Environ 650 millions de filles ont été mariées avant l’âge de 18 ans dans le monde.
- Les témoignages de Diana, Jen et Rehana révèlent des contextes de précarité et une perception du mariage comme seule voie d’avenir.
- Les mariages informels, contournant la loi, compliquent la lutte contre cette pratique dans plusieurs pays.
L’âge légal du mariage est souvent bafoué, les unions précoces se déroulant sous le voile de la clandestinité ou des traditions locales acceptées. Les histoires de Diana, 19 ans, Zambienne, Jen, 18 ans, Équatorienne, et d’une troisième jeune femme du Bangladesh (dont le nom a été modifié pour sa sécurité) dressent un portrait alarmant de cette réalité. Toutes trois étaient âgées de 14 à 16 ans au moment de leur union, souvent avec des hommes nettement plus âgés.
Diana, issue d’une famille d’agriculteurs en Zambie, a connu une vie de privations, où un seul repas par jour était une norme. La rencontre avec Jacob, un homme plus âgé qui lui offrait des attentions et parfois de l’argent, a suscité chez elle un espoir de jours meilleurs. Tombée enceinte quelques mois plus tard, elle a fui son foyer familial, craignant la colère de ses parents. Cette union informelle, assimilée à un mariage dans sa communauté, l’a isolée de ses amis et a mis fin à sa scolarité. Jacob, lui, s’est désinvesti, sombrant dans l’alcool et la violence physique, rendant le quotidien de Diana insoutenable. Sa fuite, à six mois de grossesse, pour retourner chez ses parents, a marqué le début d’un retour à la réalité, avec le soutien inattendu de sa famille malgré leur colère initiale. Le rêve d’être ingénieure s’est évanoui, remplacé par la détermination de trouver un emploi.
En Équateur, Jen, aujourd’hui âgée de 18 ans, a rencontré Yan à l’âge de 13 ans. Leur relation, considérée comme un mariage informel dans leur milieu rural, a été acceptée par Jen en raison de la bienveillance et du soutien de Yan. Ses parents, en revanche, s’opposaient à cette union en raison de l’écart d’âge, malgré un âge légal du consentement sexuel de 14 ans. Jen s’est engagée à poursuivre ses études, une condition posée par ses parents. La vie commune a vite été marquée par une charge domestique écrasante pour Jen, qui jonglait entre les tâches ménagères et l’école. La responsabilité précoce a fortement marqué son regard rétrospectif : « J’étais enfant à l’époque et j’ai pris une décision instantanée. Je n’avais aucune idée de la vie. » Une grossesse inattendue à 17 ans, compliquée par des problèmes de santé, a contraint le couple à chercher le soutien de la mère de Jen. Malgré les difficultés, Jen a obtenu son diplôme et espère poursuivre ses études universitaires, forte du soutien de sa mère.
Selon les chiffres de l’UNICEF, 12 millions de filles sont mariées chaque année avant leur majorité, incluant les unions informelles. L’Afrique subsaharienne enregistre les taux les plus élevés. Si des progrès notables ont été réalisés ces dernières décennies, notamment en Asie du Sud grâce à des efforts d’éducation et de sensibilisation, les troubles économiques et le manque d’opportunités demeurent les principaux moteurs du mariage des enfants à l’échelle mondiale. L’application des lois protectrices reste lacunaire, laissant de nombreuses jeunes filles sans défense.
« Il existe diverses voies vers le mariage des enfants et le mariage informel », explique Zoé Birchal, responsable des campagnes mondiales chez Plan International. « Du point de vue des filles, elles peuvent penser que c’est une situation qui s’accompagne de peu d’options. Mais au final, de notre point de vue, ces filles se dirigent toujours vers le mariage des enfants parce qu’elles estiment elles-mêmes qu’il n’y a pas de meilleures options. » Les difficultés financières, les normes culturelles et la pression familiale sont les raisons les plus fréquemment invoquées. Près de la moitié des filles interrogées ont épousé un homme de plus de cinq ans leur aîné. Les difficultés liées à l’accès à la contraception et la violence conjugale, qui touche une fille sur dix, sont également des préoccupations majeures, souvent sous-estimées.
Zaki Wahage, professeur à King’s College London, souligne que les situations décrites impliquent des risques graves pour la sécurité et le bien-être des jeunes filles, malgré les lois en vigueur. Les mariages informels et les documents falsifiés sapent l’efficacité des mesures de protection. Si le soutien familial peut jouer un rôle crucial dans l’amélioration de la situation, il n’est pas toujours garanti.
L’application des lois anti-mariage des enfants se heurte à des obstacles importants, qu’il s’agisse de lacunes législatives, d’exceptions à l’âge minimum ou de réticences communautaires. « Les lois ne suffisent pas », insiste Veronica Kamanga Nziko, conseillère principale à la protection de l’enfance à l’UNICEF. « Sans application, responsabilité et transformation sociale plus large, le mariage des enfants ne disparaîtra pas de sitôt. » L’UNICEF continuera d’investir dans l’éducation des filles, le soutien aux familles, l’application des lois et la lutte contre les normes sociales néfastes.