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La tâche de reconstruction de Gaza est-elle ardue ?

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Publié le 2025-10-17 03:34:12 UTC. Des milliers de Gazaouis rentrent chez eux pour trouver des ruines, le coût de la reconstruction étant estimé à 70 milliards de dollars. Le chemin vers le rétablissement s’annonce long et semé d’embûches, partant des décombres, pas du sable.

  • L’ampleur de la destruction à Gaza, estimée à 84% et atteignant 92% dans certaines zones, représente un défi colossal.
  • Plus de 60 millions de tonnes de débris, incluant des restes humains et des munitions non explosées, doivent être déblayés avant toute reconstruction.
  • Les infrastructures essentielles, telles que l’eau potable, l’assainissement, l’électricité, le logement, l’agriculture et l’éducation, ont subi des dommages massifs, rendant la situation humanitaire critique.

Le retour des populations dans leurs quartiers à Gaza après l’annonce du cessez-le-feu a révélé l’étendue des destructions. Les maisons ne sont plus que des décombres, et la tâche de reconstruction s’annonce plus ardue que jamais. Andreas Krieg, expert en sécurité au Moyen-Orient au King’s College de Londres, qualifie la situation de « pire que de repartir de zéro », soulignant que le point de départ n’est pas le sable, mais les ruines elles-mêmes. Selon le représentant spécial du PNUD pour la Palestine, Jaco Cilliers, le niveau de destruction atteint 84% dans la bande de Gaza, et jusqu’à 92% dans des zones comme la ville de Gaza.

L’évaluation des dégâts dépasse l’entendement : la BBC Verify estime à plus de 60 millions de tonnes les décombres à déblayer à travers Gaza. La priorité absolue pour toute initiative de reconstruction est le nettoyage méticuleux des restes de la guerre, une étape qui inclut la gestion de dangers tels que les restes humains et les munitions non explosées.

Le colossal défi du déblaiement

Philip Bouverat, ancien cadre de JCB, insiste sur la nécessité de sécuriser d’abord les zones dévastées. Cette première phase sera suivie d’un long processus de tri, de séparation et de destruction des débris. Les matériaux valorisables comme le plastique et l’acier seront récupérés, tandis que le béton sera broyé pour être potentiellement réutilisé. Cependant, l’ampleur des besoins en matériaux de construction pour les nouvelles constructions imposera des importations massives. Bouverat souligne l’impossibilité de dépendre uniquement du passage des camions à la frontière, préconisant la construction rapide d’un port en eaux profondes pour acheminer des milliers de conteneurs.

La survie mise à mal : eau et assainissement

L’accès à l’eau potable est devenu une urgence vitale. L’UNICEF rapporte que 70% des 600 installations d’eau et d’assainissement ont été endommagées ou détruites depuis le 7 octobre 2023. Des images satellite montrent les dégâts sur la tour biologique Sheikh Ejleen, un élément clé du traitement des eaux usées à Gaza, et sur des usines de dessalement. Maher Najjar, directeur adjoint du service des eaux des municipalités côtières (CMWU), indique que les six usines de traitement des eaux usées sont actuellement hors service, et que la réparation des infrastructures d’eau potable – puits, réseaux, réservoirs, conduites – nécessitera au moins 50 millions de dollars pour restaurer 20% des services, une facture qui pourrait atteindre un milliard de dollars, voire plus.

Le traitement des déchets, essentiel pour prévenir la propagation des maladies, est également compromis. L’armée israélienne a déclaré que ses actions étaient « fondées sur la nécessité militaire et conformément au droit international ». Cependant, les médecins signalent une augmentation des maladies diarrhéiques mortelles chez les enfants et un risque accru de choléra.

Logement : des décennies de reconstruction ?

Les images satellite révèlent des scènes dévastatrices, notamment dans le quartier de Sheikh Radwan, où des blocs d’habitations entiers ont été rasés. L’UNOSAT estime que 282 904 maisons et appartements ont été endommagés ou détruits, un chiffre qui ne prend pas en compte les récentes opérations militaires. La chercheuse Shelly Culbertson, de la RAND Corporation, estime que la reconstruction des logements pourrait prendre jusqu’à 80 ans si le schéma des restrictions d’importation de matériaux de construction, déjà observé en 2014 et 2021, se répète. Une planification minutieuse et la conception de camps de réfugiés évolutifs pourraient raccourcir ce délai.

Électricité : un réseau anéanti

Avant même le conflit, le système électrique de Gaza était précaire. La guerre a mis fin à tout approvisionnement, à l’exception de rares exceptions. Plus de 80% des actifs de production et de distribution d’électricité ont été détruits, engendrant des pertes estimées à plus de 494 millions de dollars. La société de distribution d’électricité Gedco a vu 70% de ses infrastructures anéanties, perturbant gravement ses opérations.

Agriculture : la terre dévastée

Les terres agricoles, y compris les oliveraies et les orangeraies, ont été ravagées. Jusqu’à 82,4% des cultures annuelles et plus de 97% des cultures arboricoles ont été endommagées. Ce déclin agricole, conjugué aux restrictions d’aide, a engendré une crise alimentaire aiguë. Le rétablissement de l’agriculture passe par le déminage des terres et leur nettoyage des munitions non explosées.

Éducation : des écoles en ruines

Avec une population majoritairement jeune, la reconstruction des écoles est fondamentale pour un retour à la normale. L’UNRWA, qui gérait 288 écoles, indique que 91,8% de ces bâtiments nécessitent une reconstruction totale ou des réparations majeures. Les universités, telles qu’al-Azhar et Israa, n’ont pas non plus été épargnées par la destruction, leurs sites ayant été intégrés à des zones militaires.

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