Mexique : Les pluies diluviennes sèment la dévastation, le pétrole complique le retour à la normale à Poza Rica
Des pluies torrentielles ont frappé le Mexique, provoquant des inondations meurtrières et d’importants dégâts matériels dans plusieurs États. La ville de Poza Rica, épicentre de cette catastrophe, fait face à un défi supplémentaire : la contamination par le pétrole, rendant le nettoyage des habitations particulièrement ardu pour les sinistrés.
À Poza Rica, dans l’État de Veracruz, le retour au domicile ressemble à une épreuve cauchemardesque pour de nombreux habitants. Lilia Ramírez, comme des milliers d’autres, a fui sa maison juste avant que les eaux d’un ruisseau en crue ne déferlent. À son retour, elle a découvert son rez-de-chaussée entièrement inondé, l’eau atteignant le plafond. Mais le véritable choc fut de constater que l’huile, issue des installations pétrolières qui caractérisent cette ville portuaire située non loin du golfe du Mexique, avait maculé les murs de sa maison. « Jamais auparavant cela n’avait été goudronné comme ça », a témoigné, lundi, Mme Ramírez, debout dans son logement dévasté où les murs autrefois roses portaient désormais des traînées verticales noires.
Cette catastrophe naturelle, attribuée à la formation de deux systèmes tropicaux au large des côtes du Pacifique – l’ouragan Pricilla et la tempête tropicale Raymond –, a causé la mort de 64 personnes dans cinq États mexicains et laissé 65 disparus. Selon les autorités, près de 100 000 maisons auraient été endommagées dans l’ensemble de la région touchée par ces pluies diluviennes. Dans certaines parties de l’État de Veracruz, la pluviométrie a atteint environ 62,7 centimètres entre le 6 et le 9 octobre.
Face à l’ampleur des dégâts, le gouvernement mexicain a mobilisé près de 10 000 soldats en renfort des équipes de secours civiles. Des hélicoptères sont employés pour acheminer vivres et eau potable dans les 200 communautés isolées par les routes rendues impraticables, ainsi que pour évacuer les personnes malades ou blessées. « Il y a suffisamment de ressources, elles ne seront pas lésinées (…) car nous sommes toujours en période d’urgence », a assuré la présidente Claudia Sheinbaum lors de son point de presse quotidien, lundi.
Cependant, dans les rues de Poza Rica, située à 275 kilomètres au nord-est de Mexico, le nettoyage de la boue et des débris est considérablement compliqué par la présence d’épais résidus de pétrole sur les arbres, les toits et les véhicules emportés par les courants dès vendredi. Lilia Ramírez a précisé qu’en d’autres occasions de fortes pluies, la compagnie pétrolière nationale Pemex avait déjà évacué du pétrole des zones avoisinantes pour éviter sa dispersion. Un de ses voisins, Roberto Olvera, a raconté qu’une sirène d’une installation Pemex voisine avait alerté les habitants du danger. « C’était un moment vraiment angoissant car beaucoup de gens du quartier sont restés sur place et certains ont péri », a-t-il confié. Interrogée par l’Associated Press, Pemex a indiqué n’avoir reçu, à ce jour, aucun rapport faisant état d’une marée noire dans la région.
La présidente Sheinbaum a reconnu qu’il pourrait encore s’écouler plusieurs jours avant que certaines zones ne soient accessibles. « De nombreux vols sont nécessaires pour transporter suffisamment de nourriture et d’eau » vers ces localités isolées, a-t-elle expliqué. Elle a par ailleurs réfuté l’idée d’un manque d’alerte de la part des systèmes gouvernementaux, affirmant qu’« il aurait été difficile d’avoir une connaissance très avancée de cette situation, (c’est) différent de celle des ouragans ».
Les bilans des intempéries font état de 29 morts dans l’État de Veracruz, 21 dans l’État d’Hidalgo, 13 à Puebla, et le décès d’un enfant dans un glissement de terrain dans l’État de Querétaro.