Publié le 6 février 2026 22:16:00. L’Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par le chavisme, s’apprête à approuver une loi d’amnistie pour les prisonniers politiques, suscitant l’espoir de libérations massives tout en ravivant les débats sur les crimes graves et les droits de l’homme.
- Le président de l’Assemblée, Jorge Rodríguez, a promis la libération de nombreux prisonniers politiques dès la semaine prochaine.
- Au moins 383 prisonniers politiques ont déjà été libérés depuis le 8 janvier, selon l’ONG Foro Penal, qui en dénombre encore 687.
- Le projet de loi exclut les crimes graves tels que les violations des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre.
Une loi d’amnistie pour les prisonniers politiques au Venezuela est sur le point d’être adoptée, après un premier vote unanime jeudi au Parlement. Cette initiative intervient dans un contexte de négociations et de tentatives de dialogue entre le gouvernement et l’opposition, et s’accompagne d’un discours nouveau de la part des autorités, évoquant la nécessité de « guérir les blessures » et de « pardonner ». Jorge Rodríguez a même présenté des excuses aux familles des détenus.
Selon le président de l’Assemblée, Jorge Rodríguez, l’approbation définitive de la loi est attendue la semaine prochaine. « Nous avons déjà approuvé la loi hier, puis mardi nous devons lui donner la deuxième discussion et elle est approuvée définitivement, puisque cette loi est approuvée le même jour, tout le monde part (…) Nous réparerons toutes les erreurs qui ont été commises », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec les familles des prisonniers, diffusée à la télévision nationale. Il a également ajouté : « Nous espérons que d’ici mardi prochain et vendredi au plus tard, tous (les prisonniers politiques) seront libres ».
Le projet de loi, intitulé « Loi d’amnistie pour la coexistence démocratique », comprend 13 articles et vise à établir un cadre juridique pour la libération des personnes emprisonnées pour des motifs politiques au cours des 27 dernières années de gouvernement chaviste. Cependant, il exclut explicitement les auteurs de crimes graves, tels que les violations des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, les homicides intentionnels, la corruption et le trafic de drogue.
Cette annonce intervient après le début d’un processus de libération annoncé le 8 janvier par Jorge Rodríguez. L’ONG Foro Penal a recensé au moins 383 libérations depuis cette date, mais estime que 687 personnes sont encore détenues pour des raisons politiques au 2 février. Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Diosdado Cabello, a quant à lui affirmé lundi que 895 personnes avaient été libérées depuis novembre, niant l’existence de prisonniers politiques dans le pays.
Le fils du président Nicolás Maduro, Nicolás Maduro Guerra, a également pris position en faveur de la loi d’amnistie, appelant à « ramer vers » l’unification du pays, sans « violence, sans haine, sans missiles, sans invasion militaire, sans enlèvements de présidents ». Il a soutenu une déclaration du député d’opposition Luis Augusto Romero : « Le Venezuela ne peut pas tolérer une vengeance de plus ».
Les députés de l’opposition ont souligné la nécessité d’inclure des garanties dans la loi pour assurer la réintégration des prisonniers politiques libérés dans la vie publique, sans crainte de représailles. Tomás Guanipa, dont les frères Pedro et Juan Pablo sont également détenus, a insisté sur l’importance de respecter les normes internationales et d’assurer une application équitable de la loi.
David Uzcátegui, un autre parlementaire, a plaidé pour que la loi prévoie des « espaces de vérité » permettant aux victimes de témoigner et d’obtenir réparation.
Des proches de prisonniers politiques participent à une manifestation devant le Palais de Justice, à Caracas. Photo:EFE
Jorge Rodríguez était aussi le fils d’un véritable prisonnier politique, je pense qu’il comprend mieux que quiconque ce que vit une mère avec une personne détenue. Aujourd’hui, il lui incombe, en tant que président du Parlement, de présenter la loi d’amnistie au pays.
C’est un moment et une accolade historiques. https://twitter.com/fq1zi7y1JA
— laChiqui (@Chiqui_new) 6 février 2026
Des proches de prisonniers politiques participent à une manifestation devant le Palais de Justice, à Caracas. Photo:EFE