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Le sort des bélugas de Marineland révèle les failles éthiques de la loi canadienne sur les animaux

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Publié le 26 octobre 2025 13:31:00. La controverse autour du sort des 30 bélugas restants à Marineland s’intensifie, le parc menaçant de les euthanasier faute de financement, soulevant une fois de plus la question du statut juridique des animaux au Canada.

  • Marineland fait face à une crise financière et menace d’euthanasier ses 30 bélugas restants si le gouvernement n’apporte pas une aide financière d’urgence.
  • Cette décision intervient après le refus fédéral d’autoriser l’exportation des cétacés vers un parc en Chine, invoquant des préoccupations éthiques.
  • La législation canadienne, bien qu’interdisant la capture de nouveaux cétacés, reconnaît toujours les animaux comme une propriété, permettant légalement leur euthanasie.

La survie des 30 bélugas restants à Marineland est devenue une affaire critique. Face à une situation économique précaire et à une opinion publique de plus en plus hostile à la captivité des cétacés, le parc de Niagara Falls, en Ontario, a lancé un ultimatum : obtenir un financement d’urgence pour les soins de ses animaux ou procéder à leur euthanasie. Cette menace fait suite au récent refus du gouvernement fédéral d’accorder un permis d’exportation pour transférer les bélugas vers un parc à thème en Chine. La ministre des Pêches, Joanne Thompson, a justifié cette décision par la crainte que les cétacés ne soient utilisés à des fins de divertissement, une pratique désormais illégale au Canada depuis 2019.

La législation fédérale de 2019, ainsi qu’une loi provinciale de l’Ontario datant de 2015, interdisent la mise en captivité de nouveaux cétacés. Cependant, ces lois n’ont pas été rétroactives, laissant Marineland conserver ses droits de propriété sur les animaux déjà détenus. Cette faille juridique est au cœur du dilemme actuel. Avec des installations vieillissantes et des coûts de maintenance élevés, Marineland se retrouve dans une impasse financière. La menace d’euthanasie des bélugas, bien que choquante, met en lumière les lacunes du cadre légal canadien concernant la protection animale, où les animaux sont encore considérés comme une « propriété » au regard de la loi, autorisant de fait leur mise à mort par leurs propriétaires.

Les lois canadiennes anti-cruauté, jugées peu contraignantes et mal appliquées selon les défenseurs des animaux, semblent insuffisantes pour prévenir une telle issue. Des décennies durant, des organisations comme Animal Justice ont alerté sur les conditions de vie difficiles des animaux captifs à Marineland. Une enquête du Toronto Star en 2012 avait déjà attiré l’attention des autorités, entraînant plus de 200 visites d’inspecteurs provinciaux depuis 2000. Malgré cela, le bilan est lourd : 20 cétacés sont morts sous la garde de Marineland depuis 2019. Les rares accusations de cruauté envers les animaux portées contre le parc, portant par exemple sur la qualité de l’eau des cétacés en 2021 ou le traitement des ours noirs en 2024, ont été soit abandonnées, soit se sont soldées par des amendes mineures, témoignant d’une application laxiste de la loi.

Un béluga sort la tête d’un réservoir d’eau extérieur
Un béluga fait surface d’un réservoir pour être nourri par un employé du parc d’attractions Marineland à Niagara Falls, en Ontario, en juin 2023.
LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young

Au-delà du cas des bélugas, cette situation souligne la nécessité d’un changement de paradigme juridique. La professeure Maneesha Deckha, dans son ouvrage « Les animaux en tant qu’êtres juridiques », plaide pour l’abandon de « l’exception humaine » qui sous-tend nos lois et nos interactions avec les animaux. Cette conception, qui postule une supériorité humaine et réduit les animaux à de simples biens, doit être remise en question. Il s’agit de reconnaître et de respecter les animaux comme des êtres sentients, dont les souffrances dans les industries de captivité doivent cesser. Un tel changement impliquerait des transformations profondes de nos sociétés, de nos économies et de nos pratiques quotidiennes, mais bénéficierait à l’ensemble de la communauté.

L’« exception humaine » est intrinsèquement liée à d’autres formes d’injustice, telles que le sexisme et le racisme, car tous ces systèmes reposent sur la dévalorisation de certains êtres. De plus, elle s’oppose aux principes de réconciliation et de décolonisation, qui exigent le respect des savoirs autochtones. De nombreuses nations autochtones considèrent les animaux comme des égaux, des parents dotés de leurs propres intentions, familles et projets de vie. La captivité des animaux, en niant leur autonomie et en détruisant leurs liens familiaux, s’inscrit dans cette logique d’exploitation.

Couverture du livre « Les animaux en tant qu'êtres juridiques » de Maneesha Deckha. Il y a une peinture d'un singe sur la couverture
« Les animaux en tant qu’êtres juridiques » par Maneesha Deckha.
(Presses de l’Université de Toronto)

La logique extractive qui motive la pollution industrielle, la déforestation et la destruction du climat, et qui est au cœur des crises environnementales mondiales comme le changement climatique et la perte de biodiversité, est la même qui régit notre traitement des animaux. Même si les baleines sauvages peuvent sembler mieux loties que les bélugas en captivité, tous les animaux subissent les conséquences d’un système juridique et social qui privilégie les intérêts humains et corporatifs au détriment des leurs.

Les bélugas et les autres animaux de Marineland méritent de vivre. Le système juridique actuel, qui permet leur euthanasie pour des raisons économiques, doit être réformé. Ce n’est pas la vie des bélugas qui devrait être sacrifiée, mais plutôt l’« exception humaine » qui continue d’influencer les lois et les politiques canadiennes. Il est temps d’adopter une vision du monde plus juste et compatissante, interspécifique, qui élèvera l’ensemble de la société.




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