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Les groupes communautaires WhatsApp pourraient amplifier la peur, sans prévenir le crime – The Mail & Guardian

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Publié le 24 février 2026 12:45:00. Alors que de nombreux Sud-Africains se tournent vers les groupes WhatsApp pour renforcer leur sécurité, des experts mettent en garde contre le risque de propagation de fausses informations et de tensions sociales au sein de ces communautés virtuelles.

Les groupes communautaires WhatsApp, initialement conçus pour améliorer la sécurité des quartiers, se transforment de plus en plus en vecteurs de désinformation, d’alarmisme et de tensions sociales, en particulier en cas de modération insuffisante, avertit l’entreprise de sécurité Services de surveillance communautaire (CMS).

Selon une étude citée par CMS, ces communautés informelles brouillent souvent la frontière entre les menaces avérées et les simples suppositions, créant un environnement où les soupçons sont pris pour des preuves et les rumeurs se propagent plus vite que les faits. Alicia Olivier, spécialiste des médias sociaux chez CMS, souligne que WhatsApp n’a jamais été conçu pour servir de plateforme de renseignement sur la criminalité, mais qu’il est souvent utilisé à cette fin sans les garde-fous nécessaires.

« Les groupes communautaires WhatsApp sont de puissants outils de communication, mais le pouvoir sans structure devient rapidement un risque. Lorsque les gens commencent à publier des hypothèses au lieu d’informations vérifiées, le groupe cesse d’améliorer la sécurité et commence à amplifier la peur. »

Alicia Olivier, spécialiste des médias sociaux chez CMS

Un problème récurrent est la transformation rapide de comportements ordinaires en alertes criminelles. Des individus qui marchent, attendent ou ne sont pas familiers sont souvent qualifiés de suspects sans preuve d’actes répréhensibles. Un simple moment de malaise peut être interprété comme une menace et rapidement amplifié par d’autres membres du groupe, acquérant ainsi une crédibilité injustifiée. La conception même de WhatsApp, qui favorise le partage rapide d’informations tout en limitant la vérification et le contexte, contribue à cette dynamique.

La propagation d’allégations fausses ou exagérées peut engendrer la panique, détourner les ressources de sécurité et exercer une pression inutile sur les forces de l’ordre. « La panique n’est pas une prévention », insiste Alicia Olivier. « Lorsque les communautés réagissent sur la base d’informations non vérifiées, l’attention est détournée des véritables schémas de criminalité et des stratégies de prévention efficaces. »

Certains groupes renforcent involontairement les préjugés par l’utilisation de descripteurs vagues ou d’un langage codé, encourageant ainsi les biais et transformant la prévention de la criminalité en division sociale. Dans certains cas, cela peut même ouvrir la voie au vigilantisme.

Le manque de modération et de règles de publication claires constitue un autre problème majeur. De nombreux groupes fonctionnent sans administrateurs pour vérifier les informations ou intervenir lorsque les publications deviennent spéculatives ou incendiaires. Sans règles, les groupes WhatsApp s’éloignent de leur objectif initial et deviennent bruyants, émotionnels et peu fiables. Les informations importantes sur la sécurité se perdent au profit des rumeurs et de la peur.

Lizette Lancaster, responsable du programme de justice et de prévention de la violence à l’Institut d’études de sécurité, précise qu’il n’existe actuellement aucune preuve permettant d’affirmer que les groupes communautaires WhatsApp ont contribué à prévenir la criminalité ou à aggraver l’insécurité. Elle souligne que les autorités, notamment la police sud-africaine, ont régulièrement mis en garde contre la diffusion d’informations non vérifiées sur les réseaux sociaux, citant notamment des cas d’anciens signalements d’enlèvements d’enfants qui ont circulé sur WhatsApp, amplifiant ainsi la panique et l’hystérie.

Bien que ces groupes puissent parfois alerter les gens et les inciter à la vigilance, ils peuvent également être utiles pour diffuser des conseils de sécurité généraux, tels que la nécessité de verrouiller les portes ou d’être attentif pendant les périodes de fêtes. Ils peuvent également faciliter la communication dans des situations spécifiques et bien gérées, par exemple en alertant les conducteurs de la présence d’enfants marchant sur une route dangereuse, créant ainsi un sentiment de communauté et de contrôle.

Compte tenu de la faible confiance dans la police – une enquête récente du Conseil de recherches en sciences humaines l’évalue à 22 % au niveau national – les groupes WhatsApp peuvent donner aux communautés l’impression d’avoir plus de contrôle sur le risque de criminalité. Cependant, Lizette Lancaster met en garde contre la diversité des points de vue, des préjugés et des informations non crédibles qui peuvent circuler au sein de ces groupes, soulignant l’importance d’une modération efficace.

« Les perceptions de race, de classe et de privilèges façonnent souvent les récits partagés dans ces espaces. Si ceux-ci ne sont pas bien gérés, cela peut conduire à des propos alarmistes et à la propagation de la désinformation », explique-t-elle. Elle souligne que les visions du monde des individus, qui ne sont pas toujours statistiquement correctes, influencent leur propension à croire certaines informations.

En fin de compte, l’efficacité des groupes communautaires WhatsApp dépend de la manière dont ils sont utilisés. Si ces groupes sont bien gérés et fondés sur des faits, ils peuvent favoriser la cohésion sociale et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté. Mais s’ils sont mal gérés, ils peuvent avoir l’effet inverse, conduisant à des conflits, fracturant les communautés et détruisant la cohésion sociale.

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