Publié le 2025-10-05 00:10:00. Les Caraïbes suffoquent sous l’assaut des algues sargasses, un phénomène qui menace désormais l’économie locale et la santé des habitants. Une récente conférence entre l’Union européenne et les pays caribéens a souligné l’urgence d’actions concertées et d’investissements pour transformer ce fléau en une opportunité.
- Les proliférations massives de sargasses affectent gravement les écosystèmes marins et côtiers des Caraïbes depuis 2011, avec une aggravation notable en 2014.
- Les impacts économiques sont considérables, estimés à 130 millions de dollars annuellement pour le secteur hôtelier de la Riviera Maya, sans compter les dommages écologiques et sanitaires.
- Des initiatives innovantes émergent pour valoriser ces algues, mais leur échelle reste insuffisante face à l’ampleur du problème.
Brigitta Van Tussenbroek, biologiste spécialisée dans les herbiers marins à l’Université autonome du Mexique (UNAM), alerte sur les conséquences désastreuses de l’invasion des sargasses dans les Caraïbes. Ces algues, originaires de la mer des Sargasses située entre les Caraïbes et l’Afrique, envahissent les côtes depuis 2011, posant un problème majeur depuis 2014. « Les populations côtières souffrent de problèmes de santé dus à l’acide sulfhydrique, et leurs équipements électroniques sont endommagés », constate la chercheuse, soulignant également la perte de biodiversité et la désertion des touristes face à ces « tapis d’algues » malodorants.
La troisième conférence UE-Caraïbes sur les sargasses, tenue récemment, visait à trouver des solutions concrètes, notamment en matière d’investissements. Brigitta Van Tussenbroek, qui a participé à cette rencontre comme à la précédente à Grenade en octobre 2024, insiste sur la nécessité d’une coordination accrue et d’engagements financiers sérieux. « Le temps presse », martèle-t-elle, appelant à des investissements garantissant une gestion à grande échelle du problème.
Les conséquences de cette prolifération sont multiples. Sur le plan économique, l’impact est considérable. L’organisation mexicaine The Sea We Love, regroupant l’Association des hôtels de la Riviera Maya, estime que le coût annuel du nettoyage pour le secteur hôtelier atteint environ 130 millions de dollars durant les périodes d’arrivée massive des sargasses, qui s’étendent de six à neuf mois par an. « Ce calcul est réaliste, mais il ne représente qu’une fraction du coût socioéconomique et écologique global », précise Brigitta Van Tussenbroek. Il ne prend pas en compte la perte de touristes due à l’altération des paysages ni les dommages irréversibles causés à l’écosystème, et ne couvre que la Riviera Maya, ignorant de nombreuses autres zones caribéennes affectées.
Face à ce défi, l’Union européenne, via son programme Global Gateway, soutient la recherche de solutions transformant ce problème en opportunité. Des bonnes pratiques sont identifiées et encouragées pour être reproduites dans les pays touchés. La France et les Pays-Bas, dont certaines îles caribéennes sont particulièrement concernées, ont déjà initié des projets de financement et d’investissement, bien qu’à petite échelle. Des entreprises se spécialisent dans la collecte et la valorisation des sargasses, mais leur capacité reste insuffisante : « Elles n’utilisent pas le centième des sargasses qui atteignent les côtes », déplore la chercheuse.
Plusieurs initiatives prometteuses ont vu le jour. L’organisation mexicaine The Sea We Love a développé la plateforme Sargatech pour collecter les algues et les transformer en biométhane, biostimulants et biogaz. En République dominicaine, SOS Biotech travaille à la transformation des sargasses en engrais naturel. La Jamaïque a mis en place un système de surveillance et d’alerte, couplé à des programmes de préparation des populations côtières pour une collecte sécurisée. La Barbade a expérimenté la production de gaz naturel à partir des sargasses pour alimenter des véhicules, tandis que la Guadeloupe surveille les niveaux d’ammoniac et de sulfure d’hydrogène. En Martinique, une raffinerie valorise les algues en énergie, et des coopérations entre entreprises et organisations visent le compostage.
Malgré ces efforts, l’algue invasive demeure une menace. La conférence européenne vise à accélérer la mise en œuvre de solutions à plus grande échelle. Politiciens, entrepreneurs, chercheurs et représentants de la société civile se réunissent pour définir les prochaines étapes, promouvoir les collaborations public-privé et stimuler l’innovation. « Pour le récif mexicain, le temps est écoulé », insiste Brigitta Van Tussenbroek, rappelant que 80 à 90 % des coraux ont péri, en partie à cause des sargasses. Elle espère des engagements financiers concrets pour une collecte massive et adaptée.
La chercheuse souligne que si des initiatives locales sont couronnées de succès, elles restent insuffisantes. L’absence de garanties pour une valorisation des sargasses à grande échelle freine les investissements nécessaires pour pallier la dégradation des plages, la destruction des services écosystémiques et les dégâts infligés aux infrastructures côtières par les ouragans.