Publié le 15 février 2026 à 13h27 (heure de La Mecque). Des analyses récentes suggèrent que le dissident russe Alexeï Navalny pourrait avoir été empoisonné avec une toxine extrêmement puissante extraite du venin de grenouilles, une substance inhabituelle en Russie.
Selon une enquête du quotidien britannique The Guardian, cinq pays européens ont identifié la présence d’épibatidine, un poison neurotoxique cent fois plus puissant que la morphine, dans l’affaire du décès d’Alexeï Navalny. Cette substance, présente dans le venin de certaines grenouilles d’Amérique du Sud, n’est pas naturellement présente sur le territoire russe.
L’épibatidine, semblable à la nicotine dans sa structure chimique, est sécrétée par la peau de grenouilles venimeuses originaires du nord de l’Amérique du Sud, notamment la grenouille empoisonnée Anthony aux couleurs vives et la grenouille empoisonnée Phantasmal. Les chercheurs estiment que les grenouilles acquièrent ce poison par leur régime alimentaire, les niveaux de toxicité variant en fonction de leur environnement. Les spécimens élevés en captivité, privés de leur régime naturel, ne produisent pas de poison.
Si l’utilisation de l’épibatidine est confirmée, il s’agirait d’une violation flagrante des conventions internationales sur les armes biologiques et chimiques. The Guardian cite Alastair Hay, professeur honoraire de toxicologie environnementale à l’Université de Leeds, qui explique que l’épibatidine agit en inhibant l’activité nerveuse en bloquant les récepteurs nicotiniques dans les systèmes nerveux central et périphérique.
« Le blocage de ces récepteurs entraîne une paralysie des muscles, y compris ceux responsables de la respiration, conduisant à une mort par asphyxie. »
Alastair Hay, professeur honoraire de toxicologie environnementale à l’Université de Leeds
Selon le professeur Hay, la présence de cette substance dans l’organisme d’une personne indique une administration intentionnelle. Il souligne également que la toxicité de l’épibatidine pourrait être amplifiée en combinaison avec d’autres médicaments, une piste qui a déjà fait l’objet d’études.
L’Union soviétique était l’un des premiers signataires de la Convention sur les armes biologiques et toxiques (BTWC) de 1972, et la Russie a ensuite adhéré à cette convention ainsi qu’à la Convention sur les armes chimiques (CIAC) de 1993. L’utilisation de l’épibatidine pour empoisonner Alexeï Navalny constituerait donc une violation de ces traités internationaux.
La détection de l’épibatidine nécessite une analyse complexe combinant la chromatographie en phase gazeuse (une technique de séparation des composants chimiques) et la spectrométrie de masse (une méthode d’analyse de la composition chimique). La chromatographie en phase gazeuse permet de séparer les composés, tandis que la spectrométrie de masse décompose les produits chimiques en fragments pour créer une « empreinte » unique, facilitant ainsi l’identification de la substance.