Une bactérie redoutable, Pseudomonas aeruginosa, se révèle être une menace grandissante pour la santé humaine, notamment une souche particulièrement virulente produisant une enzyme capable de neutraliser les antibiotiques les plus puissants. L’Organisation Mondiale de la Santé l’a d’ailleurs classée parmi les plus grands dangers sanitaires actuels.
Pseudomonas aeruginosa : un adversaire tenace
Cette bactérie, omniprésente dans l’environnement (sol, eau, plantes, animaux et même sur les humains), possède des caractéristiques qui la rendent difficile à combattre. Son enveloppe polysaccharidique, une capsule, lui permet d’échapper aux défenses immunitaires de notre corps. De plus, sa paroi externe, dite « Gram négatif », limite l’absorption des substances extérieures, y compris les antibiotiques. Ces deux atouts confèrent à P. aeruginosa une résistance intrinsèque à nos principales armes de défense : le système immunitaire et les médicaments.
La clé de la résistance : l’enzyme VIM
Au cœur de la menace se trouve une souche spécifique, surnommée « VIM Pseudomonas aeruginosa ». L’acronyme VIM signifie « Véronèse Integron-Mediated metallo-beta-lactamase ». Décortiquons cette appellation.
Un « intégron » est un segment d’ADN capable d’acquérir de nouveaux éléments génétiques, souvent sous forme de « cassettes » d’ADN. Ces cassettes, une fois intégrées à l’intégron, peuvent alors être utilisées pour fabriquer des protéines, notamment des enzymes. Les enzymes, véritables catalyseurs biologiques, accélèrent les réactions chimiques, dont la dégradation de structures biologiques.
Dans le cas de P. aeruginosa, ces segments d’ADN mobiles proviennent de l’environnement. La bactérie peut capter de l’ADN d’autres bactéries vivantes ou même de bactéries mortes, un phénomène appelé transfert horizontal de gènes. L’intégron spécifique identifié comme VIM, découvert pour la première fois dans un échantillon patient de l’Hôpital Universitaire de Vérone, en Italie, a la particularité d’intégrer l’ADN responsable de la production d’une enzyme capable de dégrader les carbapénèmes.
Les carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours, mis à mal
Les métallo-β-lactamases (MBL) sont des enzymes produites par certaines bactéries qui détruisent les antibiotiques. Elles utilisent du zinc pour briser le cycle bêta-lactame présent dans des classes d’antibiotiques comme la pénicilline, les céphalosporines et, point crucial, les carbapénèmes. Les carbapénèmes sont considérés comme des antibiotiques de dernier recours, utilisés lorsque toutes les autres options ont échoué. La souche VIM de P. aeruginosa étant capable de les dégrader, elle rend les traitements extrêmement difficiles.
Un bilan alarmant
Les infections nosocomiales (contractées à l’hôpital) sont un enjeu majeur de santé publique. Pseudomonas aeruginosa est responsable de 13 à 19% de ces infections. Si la plupart des souches de P. aeruginosa sont résistantes mais curables avec des antibiotiques appropriés, celles produisant l’enzyme VIM sont particulièrement létales. Le taux de mortalité associé à ces souches VIM-PA s’élève à environ 30%, une augmentation significative par rapport au taux de mortalité général de 18% pour les infections à P. aeruginosa.
La contamination, principal vecteur
Une étude récente révèle que près de 90% des transmissions de P. aeruginosa et de ses souches VIM sont dues à un environnement contaminé. Seuls 13,7% des cas sont imputables à une transmission interhumaine directe (par les mains). P. aeruginosa excelle dans la formation de biofilms, des communautés bactériennes protectrices qui lui permettent de résister aux protocoles de désinfection standards. Cela en fait une menace particulièrement redoutable dans les environnements hospitaliers, notamment en soins intensifs, où les patients sont déjà vulnérables.
Des réservoirs de contamination à traquer
Dans les unités de soins intensifs, malgré des protocoles de nettoyage renforcés, certaines surfaces restent des nids à bactéries. Les barrières de lit, par exemple, ainsi que les commandes des respirateurs, sont souvent négligées. Seules, ces bactéries peuvent proliférer et attendre le moment propice pour se propager.
Les lavabos et les systèmes d’approvisionnement en eau constituent d’autres foyers de prolifération et de transfert horizontal de gènes. L’humidité des lavabos favorise la survie bactérienne et le contact avec d’autres micro-organismes, renforçant ainsi la résistance. Chaque éclaboussure peut propager la bactérie sur une distance de près d’un mètre. Une fois qu’elle a colonisé un évier ou un réseau d’eau, son éradication peut s’avérer complexe, allant parfois jusqu’à nécessiter le remplacement complet des installations. P. aeruginosa peut également coloniser le corps humain, augmentant par six le risque d’infections récurrentes chez les patients déjà infectés.
Prévenir et contrer la menace
En résumé, P. aeruginosa parvient non seulement à déjouer notre système immunitaire, mais aussi à détruire les antibiotiques. La souche VIM aggrave ce danger en neutralisant nos traitements les plus puissants. Bien que moins commune que d’autres formes de P. aeruginosa, sa létalité en fait une préoccupation majeure dans les établissements de santé.
La lutte contre P. aeruginosa passe avant tout par le respect rigoureux des protocoles de nettoyage et d’hygiène des mains. Cependant, pour endiguer la prolifération des souches dangereuses, il est essentiel d’empêcher les bactéries de trouver des surfaces propices à leur survie prolongée et à l’échange de gènes de résistance. L’intégration de matériaux biocides dans les environnements à risque s’avère donc indispensable. Des surfaces traitées avec des matériaux imprégnés de cuivre, par exemple, permettent de neutraliser la contamination bactérienne, y compris celle de P. aeruginosa et des bactéries dont elle pourrait acquérir des gènes, en moins de deux heures. Ces surfaces offrent une couche de sécurité supplémentaire, cruciale dans les zones les plus critiques des hôpitaux, comme les unités de soins intensifs.