Publié le 13 février 2026. L’opéra Le Songe d’une nuit d’été de Benjamin Britten, œuvre majeure du XXe siècle, a fait ses débuts à la Maestranza de Séville, salué pour sa richesse musicale et une mise en scène inventive de Laurent Pelly.
- Pour la première fois, la Maestranza accueille cette œuvre de Britten, inspirée d’une comédie de Shakespeare.
- La production se distingue par une direction musicale précise de Corrado Rovaris et une interprétation remarquable des solistes.
- La mise en scène de Laurent Pelly, fidèle à l’esprit de l’opéra, explore la frontière entre rêve et réalité avec une esthétique soignée.
L’opéra Le Songe d’une nuit d’été, composé en 1960 par Benjamin Britten d’après la pièce de William Shakespeare, a été présenté pour la première fois au public sévillan. Britten, connu pour son respect du texte original, a réduit la pièce en cinq actes à trois, tout en conservant la complexité des relations amoureuses et l’intervention magique des fées.
La production a mis en lumière la capacité de Britten à combiner des techniques d’avant-garde du XXe siècle avec une tradition musicale ancrée, notamment son affection pour l’œuvre de Henry Purcell. L’orchestration, riche et variée, distingue les différents mondes de l’opéra : le royaume féérique (harpes, célesta, violoncelles, clavecin et percussions), le monde des amants (bois et cordes) et le monde artisanal (cuivres et basson). L’utilisation de la technique dodécaphonique, avec des passages à douze sons, témoigne de l’expérimentation musicale de Britten.
La mise en scène de Laurent Pelly a été particulièrement saluée pour sa sensibilité et son respect de l’œuvre. Pelly, reconnu pour ses productions spectaculaires comme La Fille du régiment de Donizetti, a créé un univers onirique où la fantaisie et la réalité se confondent. L’utilisation de lits, évoquant une soirée pyjama, souligne la naïveté et l’innocence, thèmes centraux de l’œuvre de Britten.
La scénographie, inventive et poétique, a fait appel à des grues rappelant celles de La Fura dels Baus pour donner l’impression de vol aux rois des fées. L’éclairage, subtil et mystérieux, a créé une atmosphère propice à la rêverie, tandis qu’un gigantesque miroir reflétait à la fin les acteurs et le public, brouillant les frontières entre la scène et la salle.
Le casting a été unanimement salué, avec une mention particulière pour Sabata dans le rôle d’Obéron, le roi des fées. Sa voix calme et détendue, ainsi que son interprétation imposante, ont captivé le public. Rocío Pérez a également impressionné dans le rôle de Titania, la reine des fées, démontrant une agilité vocale remarquable. Les amants, interprétés par Michael Porter (Lysandre), Heather Lowe (Hermia) et Joan Martín-Royo (Démétrius), ont su rendre la complexité de leurs émotions.
David Ireland, dans le rôle de Bottom, a apporté une touche de comédie et de fantaisie à la production. L’Escolania de Los Palacios, la chorale d’enfants, a livré une performance impressionnante, maîtrisant des harmonies complexes et des mélodies dissonantes. L’orchestre de chambre (ROSS), sous la direction de Corrado Rovaris, a offert une interprétation musicale de grande qualité, mettant en valeur la richesse de l’orchestration de Britten.
La direction précise de Corrado Rovaris a permis d’équilibrer la fosse et de souligner les nuances de la partition, tout en respectant les voix des chanteurs. Cette production, saluée pour sa beauté et sa précision, s’inscrit déjà comme l’une des réalisations marquantes de ce Théâtre.