Publié le 2024-10-17 00:00:00. Le groupe londonien The Last Dinner Party s’apprête à dévoiler son très attendu second album, « From the Pyre ». À cette occasion, nous avons rencontré Georgia Davies, bassiste, et Emily Roberts, guitariste principale, pour évoquer la nouvelle orientation musicale du quatuor, leur rapport à la notoriété et les inspirations derrière leurs compositions.
- Le deuxième album, « From the Pyre », sortira le 17 octobre prochain.
- Le groupe met en avant une approche musicale résolument plus « rageuse » que sur leur premier opus.
- The Last Dinner Party revendique son identité de groupe entièrement féminin, y voyant une force créative et une ambiance scénique unique.
Acclamé dès son apparition sur la scène musicale en 2024, The Last Dinner Party revient avec un nouvel opus qui promet de marquer les esprits. Souvent étiqueté comme pop baroque ou art rock, le groupe, mené par la chanteuse Abigail Morris, intègre des influences classiques à ses mélodies. Pour « From the Pyre », l’ensemble explore des sonorités plus âpres, reflet d’expériences de vie distinctes, comme l’expliquent Georgia Davies et Emily Roberts.
Lors de cet entretien, les musiciennes ont abordé la question de leur composition exclusivement féminine. Loin d’être le fruit du hasard, il s’agit d’un choix délibéré : « C’était une décision consciente, nous voulions procéder de cette façon. Aussi parce qu’il existe très peu de groupes entièrement féminins. C’était toujours génial sur scène. C’est une ambiance différente », confie Georgia Davies. Emily Roberts ajoute que si la pop des années 1970 intégrait déjà des éléments classiques, leur approche est singulière : « Nous avons un son différent en raison de nos expériences de vie en tant que femmes. Au moins, nos paroles sont définitivement différentes. »
La chanson « The Woman Is a Tree » illustre cette connexion profonde avec la nature, une thématique chère au groupe. Georgia Davies éclaire cette inspiration : « Le titre est tiré d’un poème. C’est une image puissante : dans de nombreux mythes, les femmes sont représentées comme des nourricières et des protectrices avec des métaphores de la nature. Leur relation plus profonde traverse l’histoire culturelle. Qu’il s’agisse du vent, du feu ou de l’eau : les femmes y ont un lien particulier. »
Le succès fulgurant du premier album, « Prelude to Ecstasy », a pris le groupe par surprise. Davies admet : « Certainement pas. Je ne sais même pas comment cela fonctionnerait ni qui pourrait nous donner des conseils. Le battage médiatique vous submerge. C’était écrasant. » Cette nouvelle notoriété a complexifié l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, rendant les rencontres amicales rares, d’autant plus que son cercle intime est également composé de musiciens.
Face à la pression du second album, souvent considéré comme le plus périlleux, Emily Roberts témoigne d’un processus intense : « Oui, c’est beaucoup plus stressant. Vous avez tout le temps du monde pour le premier travail, puis vous vous retrouvez sur un tapis roulant. Nous avons abordé le deuxième album avec seulement des idées vagues. Parallèlement, nous avons effectué une tournée en Allemagne. Ce fut un processus de travail assez mouvementé. » Malgré ces défis, le groupe semble y trouver une certaine satisfaction : « C’était donc beaucoup plus difficile que la première fois, mais d’une certaine manière très satisfaisant. Nous aimons le défi. »
Quant à la signification de « From the Pyre » (titre allemand : « Vom Scheiterfeuer »), Davies précise qu’il s’agit d’évoquer « l’aspect du feu dans le titre », réfutant une identification directe avec les sorcières modernes, bien que reconnaissant « des moments de sorcellerie ».
Le travail avec les producteurs a également été un point d’attention. Roberts décrit les échanges comme parfois ardus : « Il y avait déjà des disputes sur les détails, ce qui était fastidieux. La communication est difficile lorsque vous utilisez les mêmes termes mais que vous leur associez des choses différentes. Mais en principe, c’est bien s’il y a quelqu’un dans le studio qui ne pense pas que toutes vos idées sont géniales. »
La définition d’une bonne chanson reste centrée sur l’émotion et l’originalité. Pour Davies, une « mélodie attrayante » ou un « bon riff » suffisent à créer le bonheur musical, idéalement « quelque chose que vous n’avez jamais entendu auparavant ». Roberts abonde : « Il faut pouvoir accoster. La magie doit opérer dès la première écoute. »
La colère qui transparaît dans plusieurs nouveaux morceaux trouve sa source dans l’état actuel du monde. « Sur l’état du monde. Les nombreuses guerres, la crise climatique, tout cela a aussi une influence majeure sur notre inconscient. Et la nouvelle musique reflète notre mal-être. Mais il y a aussi de la catharsis et de la rêverie féminine », conclut Davies.