Publié le 2024-02-29 10:32:00. La génération Z, née entre 1997 et 2012, semble privilégier des relations ambiguës et superficielles, un phénomène que les experts attribuent à une dépendance à la dopamine alimentée par l’omniprésence des réseaux sociaux et une quête incessante de validation.
- La génération Z est de plus en plus encline à entretenir des relations dites « situations », évitant l’engagement formel.
- Cette tendance est liée à une recherche constante de nouveauté et de stimulation, exacerbée par l’accès précoce aux smartphones et à Internet.
- Les experts soulignent le rôle des entreprises qui profitent de ce sentiment d’insatisfaction chronique en proposant des produits et services promettant le bonheur ou l’amélioration de soi.
La génération Z, communément définie comme les individus nés entre 1997 et 2012, semble s’être appropriée une nouvelle forme de sociabilité, caractérisée par la fluidité et l’absence d’engagement durable. Loin des relations amoureuses traditionnelles, les jeunes adultes d’aujourd’hui semblent de plus en plus attirés par les « situations », des relations intimes sans le statut officiel de couple.
Ce phénomène, qui consiste à naviguer entre des rencontres occasionnelles et des liens affectifs ambigus, interroge sur les aspirations relationnelles de cette génération. Pourquoi préférer cette forme de relation éphémère et parfois chaotique plutôt que de rechercher une relation stable et profonde ?
David Kavanagh, consultant en relations, estime que ce comportement est enraciné dans une dépendance à la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la récompense. Selon lui, l’accès précoce et constant aux smartphones et à Internet a reprogrammé le cerveau des jeunes, les rendant insatiables et en quête permanente de nouvelles stimulations.
« La génération Z apprend à être insatisfaite de ce qu’elle a », explique-t-il. Cette insatisfaction est habilement exploitée par les entreprises, qui vendent sans cesse des produits et des services promettant de combler un manque, qu’il s’agisse de montres connectées pour surveiller le sommeil, de compléments alimentaires anti-âge ou de l’illusion de trouver « la bonne personne ».
« C’est l’idée que lorsque vous faites glisser votre doigt vers la droite sur Tinder, Bumble ou Hinge, une fois que vous avez trouvé une correspondance, vous vous demandez immédiatement : ‘Qui est le prochain ?’ »
David Kavanagh, consultant en relations
Cette logique de l’offre infinie, où l’herbe est toujours plus verte ailleurs, empêche les jeunes de s’investir pleinement dans une relation existante. Ils craignent de passer à côté d’une opportunité meilleure, d’une personne plus compatible, d’une expérience plus enrichissante.
« Et ce n’est pas nécessairement vrai », nuance Kavanagh. « Oui, certaines personnes vous conviennent, et d’autres non. Mais si vous partez du principe qu’il y a toujours quelqu’un de mieux, vous ne serez jamais satisfait. » Il dénonce une forme de manipulation commerciale qui alimente ce sentiment d’insatisfaction chronique et profite de la vulnérabilité des jeunes.
« On nous vend l’idée qu’il faut toujours aller plus loin : un diplôme, puis un master, puis un doctorat. Cela ne finit jamais, et c’est évidemment au service des entreprises, qui en tirent des profits considérables », déplore-t-il. Il estime que la génération Z est devenue une sorte de pion dans un jeu d’échecs géant, où les valeurs sont déformées et les intérêts économiques priment sur le bien-être individuel.
Rompre avec le cycle
Pour Kavanagh, la solution réside dans un changement de perspective. La génération Z doit apprendre à apprécier ce qu’elle a, à se contenter de l’instant présent et à se déconnecter de la frénésie des réseaux sociaux.
« J’ai peur pour les jeunes, car ils ne trouveront probablement jamais le bonheur s’ils ne sont jamais satisfaits d’eux-mêmes ou de la personne qu’ils ont choisie », avertit-il. Il recommande de limiter l’utilisation des médias sociaux, de se concentrer sur les expériences réelles et de cultiver la présence à soi et aux autres.
« Si vous passez votre temps à scroller sans fin, arrêtez. Si vous scrutez constamment les réseaux sociaux pour voir ce que font les autres, pour essayer de vous conformer, vous ne trouverez pas le bonheur », conseille-t-il. « Déconnectez-vous, sortez, profitez de la vie, et vous découvrirez la valeur de la connexion humaine authentique, loin des distractions numériques. »
Il encourage les jeunes à s’éloigner de la « cyber-réalité » et à s’immerger dans le monde réel, avec ses joies et ses difficultés. « Éloignez-vous des réseaux sociaux aussi longtemps que possible, et allez découvrir le monde et tout ce qu’il a à offrir. Soyez dans la réalité plutôt que dans la cyber-réalité. »