Publié le 2025-10-06 11:09:00. Alors que la course à la mairie de New York bat son plein, Zohran Mamdani s’est imposé comme le favori grâce à un programme ambitieux axé sur l’accessibilité financière de la ville. Mais ces propositions, bien que séduisantes pour les New-Yorkais confrontés à la hausse du coût de la vie, soulèvent d’importantes questions quant à leur faisabilité et leur financement.
- Zohran Mamdani propose quatre mesures phares : garderies universelles gratuites, gratuité des bus, épiceries municipales et gel des loyers des appartements à loyer plafonné.
- L’ensemble de ces politiques pourrait coûter près de 7 milliards de dollars par an, un montant supérieur au budget du NYPD.
- La mise en œuvre nécessiterait des soutiens politiques cruciaux, un financement conséquent et une gestion rigoureuse.
Zohran Mamdani, dont l’ascension politique a été fulgurante, a fait de la lutte contre la cherté de la vie le cœur de sa campagne pour la mairie de New York. Parmi ses propositions les plus audacieuses figurent la gratuité des garderies pour tous les enfants de moins de 5 ans, un projet qui s’annonce comme le plus coûteux, estimé à 6 milliards de dollars annuels. S’y ajoutent la gratuité des bus municipaux (estimée à moins de 800 millions de dollars par an), la création d’épiceries appartenant à la ville (environ 60 millions de dollars par an pour un programme pilote) et un gel des loyers pour les quelque un million d’appartements bénéficiant d’une stabilisation des loyers.
Si l’ensemble de ces mesures voyait le jour, la facture annuelle pourrait atteindre près de 7 milliards de dollars, dépassant ainsi le budget alloué au département de police de la ville. Le candidat avance toutefois que le budget colossal de New York, s’élevant à près de 116 milliards de dollars, offre une marge de manœuvre suffisante pour financer ses priorités. Des affirmations qui contrastent avec les mises en garde de ses adversaires, Andrew Cuomo et Curtis Sliwa, qui critiquent son manque d’expérience gouvernementale et s’interrogent sur la viabilité financière de ses plans.
Pour financer ces propositions, Zohran Mamdani envisage une augmentation des impôts sur le revenu pour les résidents les plus fortunés et des impôts sur les sociétés. Il projette de collecter 9 milliards de dollars supplémentaires via une hausse de l’impôt sur le revenu des personnes gagnant plus d’un million de dollars par an (une augmentation de deux points de pourcentage) et une hausse du taux d’imposition des sociétés, le portant de 7,25% à 11,5% pour égaler celui du New Jersey. Ces mesures fiscales, potentiellement controversées, nécessiteraient l’aval des législateurs de l’État. Il prévoit également de générer un milliard de dollars supplémentaires par an en rationalisant les contrats municipaux, en recrutant davantage d’auditeurs pour assurer le respect du code fiscal et en percevant davantage d’amendes, des changements qui impliqueraient probablement l’approbation du Conseil municipal dans le cadre du processus budgétaire.
Cependant, même avec ces nouvelles recettes, l’estimation haute des coûts des programmes pourrait ne pas être entièrement couverte. La gouverneure Kathy Hochul, bien qu’ayant récemment apporté son soutien à Mamdani, s’oppose à une augmentation des impôts. Les dirigeants démocrates de l’Assemblée et du Sénat de l’État, Carl Heastie et Andrea Stewart-Cousins, également soutiens du candidat, ont par le passé approuvé des hausses d’impôts pour les plus riches. Les critiques craignent que ces augmentations ne conduisent les résidents et les entreprises aisés à quitter la ville, qui possède déjà des taux d’imposition élevés.
La garderie universelle, un pari ambitieux
La proposition la plus colossale est sans conteste la gratuité universelle des garderies. La ville offre déjà la gratuité de la maternelle pour les enfants de 4 ans et une partie des 3 ans. Étendre ce service aux nourrissons et aux tout-petits de moins de 3 ans représente un défi majeur. L’administration Mamdani devrait alors créer de nouvelles structures d’accueil et recruter de nombreux professionnels de la petite enfance. Le coût annuel estimé par la campagne s’élèverait à 6 milliards de dollars. Cette mesure nécessite l’approbation de l’État de New York, car elle impliquerait des hausses d’impôts au niveau de l’État et de la ville. Les estimations de coût varient considérablement, allant de 2,5 milliards de dollars par an selon le Fiscal Policy Institute à 12,7 milliards de dollars pour l’ensemble de l’État, selon New Yorkers United for Child Care. Certains experts suggèrent une mise en œuvre progressive, débutant par les enfants plus âgés ou les familles à faible revenu.
Le salaire moyen d’un professionnel de la petite enfance à New York est de 38 000 dollars par an, alors que les défenseurs de la profession estiment qu’il devrait avoisiner les 85 000 dollars, soit le salaire moyen d’un enseignant de maternelle. La mise en place d’un tel système serait une tâche monumentale, selon Lauren Melodia du Center for New York City Affairs, qui souligne le besoin de main-d’œuvre et la nécessité d’améliorer la rémunération. Cependant, des bénéfices économiques sont attendus, notamment pour les mères, avec une augmentation estimée de 14 000 femmes sur le marché du travail, générant 900 millions de dollars de revenus.
Des bus gratuits pour fluidifier le trafic
Zohran Mamdani s’est engagé à rendre les bus municipaux rapides et gratuits. Chaque jour, plus d’un million de New-Yorkais, majoritairement issus des classes populaires, utilisent ce mode de transport, malheureusement connu pour sa lenteur, avec une vitesse moyenne de 13 km/h. Le coût annuel de cette gratuité est estimé à moins de 800 millions de dollars. En 2024, avec près de 410 millions de trajets enregistrés et un taux d’évasion tarifaire de 48% chez les usagers des bus, le coût pour couvrir les tarifs serait supérieur à 600 millions de dollars. Ce montant pourrait fluctuer, atteignant 900 millions de dollars si le niveau de fréquentation de 2019, avant la pandémie, était retrouvé. La proposition inclut également l’aménagement de voies dédiées et de busways pour améliorer la vitesse des bus. L’approbation de l’État est nécessaire, car l’agence de transport de la région métropolitaine de New York (MTA) opère le réseau de bus.
Une étude a montré que la gratuité des bus pourrait accélérer la cadence de 12% grâce à des embarquements plus rapides. Le Independent Budget Office estime le coût annuel à 652 millions de dollars. Un programme pilote de bus gratuits sur cinq lignes avait déjà été lancé par Mamdani lorsqu’il était membre de l’Assemblée de l’État, entraînant une augmentation de la fréquentation, mais sans amélioration de la vitesse.
Des épiceries municipales pour faire baisser les prix
L’idée de créer des supermarchés appartenant à la ville vise à rendre les produits alimentaires plus abordables. Le projet pilote prévoit l’ouverture d’une épicerie dans chaque arrondissement, avec une possible extension si le programme s’avère concluant. Le coût annuel estimé pour cinq magasins s’élèverait à environ 60 millions de dollars, couvrant les loyers, les charges et les taxes foncières. Les magasins pourraient acheter en gros et utiliser des entrepôts centraux. Une étude menée à Chicago sur un projet similaire a estimé les coûts initiaux pour trois magasins à environ 26 millions de dollars. Une alternative proposée par le site Civil Eats suggère un réseau de 20 magasins pour un coût annuel de 400 millions de dollars.
Ce projet, moins coûteux que les autres propositions, pourrait être intégré au budget de la ville, négocié entre le maire et le Conseil municipal. Les experts de Civil Eats estiment que le coût pourrait atteindre 100 millions de dollars, en tenant compte des salaires syndicaux et de la gratuité des loyers. Si le programme pilote réussit, il pourrait être étendu, le coût annuel d’un réseau de 20 magasins étant estimé à 400 millions de dollars. Les marges bénéficiaires des épiceries sont généralement faibles, mais un modèle optimisé pourrait réduire significativement les coûts opérationnels.
Gel des loyers : une mesure plus accessible
La proposition de gel des loyers pour les appartements à loyer stabilisé semble être la plus facile à mettre en œuvre. Elle ne générerait pas de coûts directs pour le budget de la ville. La décision relève du Rent Guidelines Board, un conseil de neuf membres nommés par le maire. Ce conseil a déjà approuvé des gels de loyers pendant trois ans sous le mandat de l’ancien maire Bill de Blasio. Zohran Mamdani pourrait nommer des membres alignés avec ses idées, bien que les mandats échelonnés puissent limiter sa capacité à modifier rapidement la composition du conseil.
Si les loyers sont maintenus à leur niveau actuel, les propriétaires devraient assumer des coûts accrus, tels que l’entretien des bâtiments anciens et les taxes foncières. Les détracteurs soulignent qu’un gel des loyers seul ne répondrait pas à la hausse des loyers des unités au prix du marché ni au besoin urgent de construire davantage de logements abordables. Mamdani a par ailleurs présenté un plan distinct visant à construire 200 000 unités de logement abordable sur la prochaine décennie.
Depuis sa victoire à la primaire démocrate en juin, Zohran Mamdani s’efforce d’élargir sa coalition et de tisser des liens pour concrétiser ses idées. En cas de victoire, de nombreux New-Yorkais suivront attentivement pour voir s’il tiendra ses promesses.